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A Reginald, sur les lectures en français... Imprimer
Auteur : Justin Petipeu
Sujet : A Reginald, sur les lectures en français...
Date : 2005-05-27 22:30:15

La langue de l'Eglise romaine, une, sainte, catholique et apostolique est le latin. Et vous n'êtes pas sans savoir que la plupart des hérétiques qui en ont voulu à l'unique Eglise du Christ se sont d'abord attaqués à ce trésor. Je cite Dom Guéranger dans les institutions liturgiques :

« La réforme liturgique ayant pour une de ses fins principales l'abolition des actes et des formules mystiques, il s'ensuit nécessairement que ses auteurs devaient revendiquer l'usage de la langue vulgaire dans le service divin. Aussi est-ce là un des points les plus importants aux yeux des sectaires. Le culte n'est pas une chose secrète, disent-ils. Il faut que le peuple entende ce qu'il chante. La haine de la langue latine est innée au coeur de tous les ennemis de Rome. Ils voient en elle le bien des catholiques dans tout l'univers, l’arsenal de l'orthodoxie contre toutes les subtilités de l'esprit de secte, l'arme la plus puissante de la papauté. L'esprit de révolte qui les pousse à confier à l'idiome de chaque peuple, de chaque province, de chaque siècle, la prière universelle, a, du reste, produit ses fruits, et les réformés sont à même tous les jours de s'apercevoir que les peuples catholiques, en dépit de leurs prières latines, goûtent mieux et accomplissent avec plus de zèle les devoirs du culte que les peuples protestants. A chaque heure du jour, le service divin a lieu dans les églises catholiques; le fidèle qui y assiste laisse sa langue maternelle sur le seuil; hors les heures de la prédication, il n'entend que des accents mystérieux qui même cessent de retentir dans le moment le plus solennel, au canon de la messe; et cependant ce mystère le charme tellement, qu'il n'envie pas le sort du protestant, quoique l'oreille de celui-ci n'entende jamais que des sons dont elle perçoit la signification. Tandis que le temple réformé réunit, à grand'peine, une fois la semaine, les chrétiens puristes, l'Église papiste voit sans cesse ses nombreux autels assiégés par ses religieux enfants; chaque jour, ils s'arrachent à leurs travaux pour venir entendre ces paroles mystérieuses qui doivent être de Dieu, car elles nourrissent la foi et charment les douleurs. Avouons-le, c'est un coup de maître du protestantisme d'avoir déclaré la guerre à la langue sainte; s'il pouvait réussir à la détruire, son triomphe serait bien avancé. Offerte aux regards profanes, comme une vierge déshonorée, la Liturgie, dès ce moment, a perdu son caractère sacré, et le peuple trouvera bientôt que ce n'est pas trop la peine qu'il se dérange de ses travaux ou de ses plaisirs pour aller entendre parler comme on parle sur la place publique. Otez à l'Église française ses déclamations radicales et ses diatribes contre la prétendue vénalité du clergé, et allez voir si le peuple ira longtemps écouter le soi-disant primat des Gaules crier: Le Seigneur soit avec vous; et d'autres lui répondre : Et avec votre esprit. Nous traiterons ailleurs, d'une manière spéciale, de la langue liturgique.
(Dom Guéranger, Institutions liturgiques, au Vol. I chap. 14)



Il est tout de même très fort de prétendre que le latin, ayant soutenu la Chrétienté à une époque où le grand nombre était analphabète, ne saurait la soutenir dans notre temps, où tous ont accès aux traductions et ne sont nullement gênés pour lire et comprendre ce qui est dit à l'autel...
Il y a donc une autre intention derrière ce mauvais procès contre le latin pour les lectures...cette intention est connue et Madiran, par exemple, a lutté contre elle depuis les années 60 avec ce mot ; "Rendez-nous les Ecritures". Chacun connaît toutes les approximations, déformations et malhonnêtetés qui ont présidé à la traduction en langue vernaculaire. Et ce serait une erreur de croire que ce temps est révolu.


Sur le plan strictement liturgique, la lecture de l'Evangile en langue vernaculaire est une erreur très grave et je vais le montrer.
Comme chacun sait, à la messe solennelle, l'Evangile est chanté par le diacre perpendiculairement aux fidèles, vers le nord. Non pas que le clergé se désintéresse de l'assemblée, mais tout simplement parce que le chant de l'Evangile est d'abord une Annonce. C'est l'Annonce de la Bonne nouvelle...Et que cette annonce se fait d'abord et prioritairement à ceux qui sont ignorants de cet Evangile. Contrairement à ce qui a été prétendu sur ce forum, le chant de l'Evangile ne concerne pas au premier chef les fidèles. L'Evangile est chanté "ad gentes", c'est-à-dire (je raccourcis)...aux barbares. Et les barbares, à Rome, c'est le nord ! Certes les fidèles entendent et écoutent le chant de l'Evangile que l'Eglise leur propose, mais en plus d'être auditeurs, ils peuvent s'associer et s'unir au chant du diacre en direction des incroyants.
Cette dimension spirituellement et pastoralement sublime est complètement pervertie par une lecture en vernaculaire.
Je me rappelle avoir été fort choqué, à St-Georges de Lyon, par le célébrant, qui, après avoir récité pieusement son "Munda cor", descend subitement à l'ambon pour lire sèchement le texte en français aux fidèles, et face à eux...ou comment transformer le service divin en une catéchèse de supermarché.

La lecture en vernaculaire de l'Epître et de l'Evangile marque une double rupture :

- rutpure de la messe latine.
- rupture de la messe chantée.

Pour quel avantage ? donner aux fidèles, qui peuvent lire la traduction dans leurs missels, ce qu'ils ne demandaient pas ? Ce dont ils n'ont jamais eu besoin pour connaître le nouveau Testament ,qui n'a jamais été si méconnu que depuis la réforme ?

Si vous y ajoutez le sens foncièrement anti-liturgique de cette lecture, vous conviendrez que les arguments pour la traduction sont quasi-nuls.


Enfin, comment ne pas souligner l'aspect le plus grave de cette révolution vernaculaire : l'invasion nauséabonde et inconvenante de la pastorale. Certes, la liturgie de la sainte Eglise est pastorale en elle-même...Mais elle est d'abord cultuelle ! Voilà le péché du dernier Concile : tourner tout en pastorale, à défaut de doctrine. Il est profondément anormal que l'intérêt pastoral prime sur le cultuel en matière de liturgie. Et c'est bien là que le problème se pose, concernant le vernaculaire. Comme vous le savez, la messe romaine est latine et, dès le début, chantée ; les réformateurs y ont introduits de préférence le parler et le vernaculaire.
Quel bénéfice en ont-ils tiré ? aucun, évidemment....Il est aussi absurde de lire la Passion en français que de lire l'Exsultet du Samedi saint en français ! Vous savez quel crime serait l'ablation pure et simple du chant de l'Exsultet pour le remplacer par un récit en français. A ce titre, votre argument sur "la principale fonction liturgique à solenniser" est nul et irrecevable...Je ne connais rien en liturgie qui soit important, principal, ou moins important et moins principal...Excusez-moi, mais ce sont là les arguments d'un protestant.


La discussion

 A Reginald, sur les lectures en français..., de Justin Petipeu [2005-05-27 22:30:15]