Désillusions et espérance
Petrus -  2005-01-05 01:34:19

Désillusions et espérance

Merci, chère La Sapinière, pour votre message très aimable. Peut-être aurais-je un jour la chance de goûter votre pétoulade. Que faire actuellement? C'est bien la question. Après avoir été chez les conciliaires, depuis l'âge de dix-huit ans, j'ai fréquenté successivement les différents courants de Tradiland cherchant la vérité, croyant à chaque fois l'avoir enfin trouvée et me retrouvant à chaque fois désabusé: FSSP, FSSPX, guérardisme, sédévacantisme, j'ai tout fait, tout essayé et je reviens complètement désabusé. Non, je vous prie de le croire, que je voulusse faire du tourisme spirituel mais simplement parce que j'avais, je crois, l'amour de la vérité. Bien sûr, comme nos intentions ne sont jamais totalement pures, il y avait aussi chez moi une certaine curiosité intellectuelle et sans doute une forme d'instabilité lié à l'exubérance de la jeunesse et à son caractère entier. J'en suis arrivé à la conclusion que l'éclipse de l'Eglise était totale et qu'il était vain de chercher à s'appuyer sur une quelconque structure de secours car il n'y a pas de structure de secours, pas de canot de sauvetage. La barque de Pierre semble, apparemment au moins, s'être évaporée et nous nous retrouvons tous dans une mer déchaînée où nous risquons à tout moment de périr. Il nous faut pourtant arriver sain et sauf au rivage qui est le Ciel. Je crois que cette éclipse est due au fait que l'Eglise depuis plusieurs décennies ne produit plus de saints. Or, comme le disait magnifiquement Bernanos dans son opuscule sur Jeanne d'Arc, "notre Eglise est l'Eglise des saints". La sainteté est une des quatre notes de l'Eglise. Et le catéchisme de saint Pie X enseigne que "l'Eglise catholique est sainte parce que son fondateur Jésus-Christ est saint, que sa doctrine et ses sacrements sont saints et que beaucoup de ses membres sont saints". Et une Eglise qui ne produit plus de saints n'est plus l'Eglise militante. Elle a beau avoir un pape, des cardinaux, des evêques et des prêtres, peut-on dire qu'elle est encore l'Eglise de Jésus-Christ? Je sais bien que beaucoup de sympathisants de la FSSPX croient dur comme fer que Mgr Lefebvre était un saint. Au risque de me faire encore beaucoup d'ennemis, cette opinion me paraît profondément erronée. Que Mgr Lefebvre ait eu d'incontestables mérites et notamment celui de résister, fût-ce tardivement et incomplètement, à Vatican II et qu'il fut le seul évêque courageux et lucide à le faire avec Mgr de Castro Mayer, qui songerait à le nier? Pour cela, on lui doit une certaine reconnaissance. Mais de là à le canoniser, il y a loin. Mgr Lefevre était un évêque conservateur, diplomate, très politique, par certains côtés un peu politicien, mais sûrement pas un nouveau saint Pie X comme le disent beaucoup de ses partisans. Non seulement il a signé tous les textes de Vatican II, y compris celui sur la liberté religieuse, ce qu'il a refusé de reconnaître par la suite (mais Mgr Tissier de Mallerais, honneur à lui, a rétabli la vérité dans sa biographie du prélat d'Ecône sur ce point essentiel) mais on sent qu'il y a toujours eu une oscillation chez Mgr Lefebvre entre l'arrangement avec Rome (d'où l'érection canonique de la FSSPX le 1er novembre 1970, la signature du protocole d'accord du 5 mai 1988 qu'il rejette le lendemain après une mauvaise nuit!, les visites à Paul VI en 1976 et à Jean-Paul II en 1988, les négociations avec le cardinal Ratzinger en 1987 et 1988) et la tentation du sédévacantisme (d'où des déclarations dans ce sens le 4 août 1976 au Figaro et peu avant Assise à Pâques 1986, c'est aussi sans doute l'une des raisons secrètes qui expliquent les quatre sacres d'évêques). Mais comme il n'a jamais voulu aller au bout de ses choix pour des raisons mystérieuses (prudence? crainte de la division de la FSSPX? vertige du vide? manque de courage, pressions de son entourage, que sais-je?), il a fini par excommunier successivement (et même simultanément)ceux qui se réclamaient d'un pan de sa pensée et de son action, _ à sa gauche les "ralliés" traités de tous les noms et considérés comme des traîtres dont il ne voulait plus entendre parler (alors que pourtant lui-même avait longtemps été contre le fait de sacrer des évêques sans l'accord de Rome comme il le dit en 1984 dans son livre Lettre aux catholiques perplexes (même si ce n'est pas lui qui l'a écrit) et encore le 4 mai 1987 dans un entretien avec Michèle Reboul dans Monde et Vie: "Si je sacrais un évêque, tout en reconnaissant Jean-Paul II comme pape, je serais schismatique", ce qui rend d'autant plus odieuses les accusations envers ceux qui n'ont pas approuvé ses sacres du 30 juin 1988; _ à sa droite les guérardiens et les sédévacantistes, ignominieusement chassés, traités de fous et d'ultras (demandez à l'abbé Guépin, vous verrez) alors que pourtant ils ne faisaient que tirer les conséquences logiques de la position de Mgr Lefevre qui faisait du sédévacantisme pratique car qu'est-ce qu'ouvrir des prieurés, des chapelles, des séminaires, des écoles confessionnelles, ordonner des prêtres et sacrer des évêques en se passant de l'accord de Rome sinon faire comme si le pape et les évêques n'existaient pas? Je précise à l'intention des esprits malveillants que je ne fais pas la promotion du sédévacantisme; c'est ici interdit (je respecte les règles du forum, c'est bien le moins), j'explique simplement l'illogisme de Mgr Lefebvre. Très vite la FSSPX a été entourée d'une gangue sectaire. Comme elle était persuadée d'avoir raison seule contre tous, contre le pape et les évêques, contre tous les prêtres qui l'avaient quitté tant sur sa gauche que sur sa droite, la dérive était inévitable. D'où les déclarations ahurissantes de Mgr Lefebvre se faisant applaudir à tout rompre le jour des sacres en laissant ses partisans conclure qu'il est l'évêque qui va sauver l'Eglise prédit par la Sainte Vierge à Quito, capitale de l'Equateur. (voir Fideliter spécial sacres été 1988 et cassette vendue à France Livre) Manque de chance: dans le message il est question d'un évêque équatorien! Et le message d'une apparition qui a simplement un imprimatur ne prouve absolument pas que l'apparition soit authentique. Cela indique simplement qu'il n'y là rien contre la foi et les moeurs. De même, quand Mgr Lefebvre dit que "le Bon Dieu va confier l'Arche d'Alliance du Nouveau testament à la Fraternité Saint-Pie X" (propos repris par l'abbé de Cacqueray dans sa courte préface à Vatican II et l'Evangile de l'abbé de Tanoüarn), comment peut-on ne pas être saisi d'effroi? Il est évident que Mgr Lefebvre, avec au départ une intention droite (je n'en veux pas en douter), a fni par confondre son oeuvre (à laquelle il était logiquement attaché) avec l'Eglise. D'où l'ubuesque création des trubunaux canoniques institués de son vivant pour défaire des voeux religieux, annuler des mariages. D'où les Ordonnances des prêtres de la FSSPX (première version: 1980, deuxième version: 1997)qui équiparent les prieurs de la FSSPX à des curés et les supérieurs de district à des évêques résidentiels. Si cela, ce n'est pas une Eglise autocéphale, une Eglise parallèle, les mots n'ont plus aucun sens. Comment croire que le Bon Dieu peut bénir cela, peut approuver cela? Au risque de me faire de nouveaux ennemis parmi les inconditionnels du petit Vatican germano-helvétique de Menzingen, je suis personnellement convaincu que la crise actuelle de la FSSPX est un châtiment divin pour tant d'orgueil, tant de mépris pour les personnes qui n'adhèrent pas inconditionnellement à la praxis lefebvriste qui, comme toute praxis, est d'ailleurs capable de varier du jour au lendemain? Savez-vous que l'abbé Aulagnier a été viré par simple fax en octobre 2003? Il était mis au piquet, en exil au Québec et un matin il reçoit un fax de Mgr Fellay lui disant de déguerpir d'ici 48 heures du prieuré québécois de la FSSPX. Lui qui avait tant fait pour la FSSPX. Quelle ignominie que n'efface pas le fait qu'on puisse être en désaccord avec les positions actuelles de l'abbé Aulagnier. Quand LPL affirme mensongèrement que Mgr Rifan a concélébré alors qu'il était seulement présent à la nouvelle messe (ce qui est certes critiquable), sert-on la vérité et la justice? Quand on accuse Campos d'avoir trahi alors que c'est Mgr Fellay en personne qui a invité la communauté du Brésil à participer avec la FSSPX aux négociations avec le cardinal Castrillon Hoyos, peut-on aller plus loin dans l'infâmie? D'autant que Mgr Fellay redit bien dans le dernier Cor unum (décembre 2004) que l'accord avec le Vatican est à terme "inéluctable". Et je pourrais multiplier à l'infini les manquements graves à la charité et à la justice commis depuis trente-quatre ans par la FSSPX. C'est bien simple: à chaque fois qu'un prêtre indépendant, fidèle à la messe de saint Pie V et hostile à Vatican II, refusait de passer sous les fourches caudines de la FSSPX, cette dernière qui a toujours été très riche (François Michelin lui versait le 1% annuel, Eric de Saventhem était aussi un généreux bienfaiteur sans parler de toutes les comtesses donnant leur château, leur domaine, etc)installait une chapelle à quelques pas de la chapelle du prêtre indépendant pour aspirer ses fidèles. Et malheureusement souvent la manoeuvre ignoble a été couronnée de succès. Et que dire des vieux prêtres qu'on allait visiter juste avant qu'ils ne meurent pour récupérer leur chapelle, leur terrain, leur maison et, comme généralement les vieillards sont faibles, ils cédaient. Le crime de la FSSPX, c'est qu'elle a voulu avoir le monopole de la résistance catholique, n'hésitant pas à calomnier, à dénoncer, à éliminer tous ceux qui à juste titre voulaient garder leur indépendance. Et le drame, c'est que, comme elle a tout aspiré, tout neutralisé, quand elle s'effondrera (ce qui est en bonne voie), il ne restera rien ou presque rien. Vous me demandiez, chère La Sapinière, ce qu'il faut faire. Je n'ai pas la prétention de donner des conseils. Je n'ai aucune autorité et aucune infaillibilité pour m'y risquer. Je n'ai pas un contact direct avec le ciel commze le sinistre et repoussant Mgr Fellay. Mais je peux simplement vous dire ce que je fais pour ma part: eh bien dans les ténèbres actuelles je vais autant que je le puis à la messe chez les rares prêtres indépendants, fidèles à la messe de Saint Pie V et opposés à Vatican II. Ils souvent pauvres et âgés mais ils existent. Ils n'ont pas la science infuse, on n'a pas à leur obéir inconditionnellemen mais souvent leur sagesse, leur expérience, leur connaissance des hommes et des situations, leur absence de sectarisme et de fanatisme me sont précieuses, je l'avoue, et me permettent de ne pas sombrer complètement dans cet océan de mensonges, d'imposture et de médiocrité. Pardonnez-moi d'avoir été un peu long comme d'habitude et merci encore pour votre message très courtois qui nous change des insultes trop souvent utilisées sur ce forum par des internautes dépourvus d'arguments sérieux et de talent. Petrus.