Homélie de Mgr Williamson : ordinations 2003
Justin Petipeu - 2003-09-18 23:23:33
Homélie de Mgr Williamson : ordinations 2003
(retranscrit tout particulièrement à l'attention d'AV, qui ne peut vivre ni écrire sans référence à Mgr Williamson).
Chers confrères, chers séminaristes, chères sœurs et chers fidèles,
Cela n’arrive pas souvent que les ordinations à Ecône coïncident avec la fête du Sacré-Cœur, mais c’est le cas aujourd’hui. Cette année, nous avons aussi vu le 25ème anniversaire de sacerdoce de plusieurs de nos prêtres. En l’occurrence, sept prêtres ordonnés en 1978, il y a un quart de siècle. Ils sont parmi nous aujourd’hui. Ils ont célébré hier l’anniversaire de leur sacerdoce ; nous les en félicitons comme d’ailleurs nous félicitons tous les prêtres qui reviennent chaque année pour assister à cette messe d’ordination. Ils doivent aimer ou leur sacerdoce, ou leur séminaire, ou les deux…très probablement les deux ! C’est certainement une grâce.
C’est toute une phalange, pas nombreuse, mais tout de même une phalange de prêtres, dont un bon nombre a été ordonné ici-même, qui s’étend dans le monde entier, et qui est là pour rendre témoignage de la Vérité. Pensons à ce sacerdoce sous forme de trois dons du Sacré-Cœur . Tout ce qui nous entoure est don du Sacré-Cœur : ces montagnes, ce beau temps, la pluie…Notre survie, notre vie. Tout est don de Dieu et don du Sacré-Cœur.
- Premièrement : la souffrance. La souffrance est don de Dieu…Chose facile à dire, loin d’être toujours facile à vivre. Depuis la chute d’Adam et Eve, nous sommes tous pécheurs, tous plus ou moins orientés vers notre propre volonté et détournés de la volonté de Dieu. Donc, détournés de la réalité et orientés vers notre fantaisie, surtout de nos jours…Le monde moderne se plonge dans la fantaisie et s’éloigne chaque jour davantage de la réalité. Avec ses portables, avec ses écrans, avec sa technologie, le monde moderne pense pouvoir faire SA réalité. Et qu’est-ce qu’il reste pour lui montrer que cela ne marche pas ? La souffrance, sous moultes formes. En vérité, toute souffrance est un rappel à la réalité ; elle nous rappelle que nous ne sommes pas les maîtres, que nous devons subir quelque chose qui ne nous plaît pas. Si nous en étions les maîtres, nous écarterions complètement la souffrance. Mais elle ne se laisse pas écarter et elle revient, parce que nous sommes pécheurs. Et s’il n’y avait pas cette souffrance, nous nous livrerions encore plus à la fantaisie, qui mène directement en enfer. Le bon Dieu nous rappelle qui est Maître.
Chers ordinands, d’une façon ou d’une autre, vous allez souffrir. Sachez y reconnaître non seulement la main de Dieu, mais le don de Dieu. Le poète grec Echille disait : « c’est en souffrant qu’on apprend ». L’homme moderne, même quand il souffre, refuse la souffrance et refuse ses leçons pour poursuivre sa fantaisie et il s’y enfonce toujours davantage. Sachons nous soumettre à cette loi de la souffrance et reconnaissons-y le don de Dieu, le don du Sacré-Cœur. Il nous a montré lui-même l’exemple par sa Croix : la souffrance des innocents a un sens. Ce sens, c’est l’expiation des péchés des autres. Si la souffrance s’abat sur nous aujourd’hui, sachons en profiter, sachons ne pas maudire le Seigneur quand nous verrons souffrir les petits et les innocents. Le Sacré-Cœur sait ce qu’il fait, si l’on peut dire ainsi ; Dieu est Dieu ! « Vos voies ne sont pas mes voies, vos pensées ne sont pas mes pensées » dit-il par le prophète Isaïe. Et derrière cette souffrance qui risque de s’abattre sur nous, il y a toujours l’amour et la sagesse insondables du Sacré-Cœur.
- Deuxièmement : l’Eucharistie. En plusieurs passages du nouveau Testament, les Apôtres annoncent que l’Incarnation arrive dans les derniers temps. Et cela fait déjà deux mille ans que l’Incarnation a eu lieu. Notre pauvre nature humaine, avec la « miseducation » de notre société, ne peut remonter que 20 ou 30 ans en arrière, à la première guerre mondiale, voire à la révolution française….Il est normal que les choses aillent mal ; n’en soyons pas indignés. Derrière la permission de Dieu pour que ces choses arrivent, il y a toujours l’amour du Sacré-Cœur. La dégringolade, la chute de l’homme moderne était prévisible et Notre-Seigneur s’est incarné lui-même comme remède suprême pour ce qui était déjà un mal suprême. Par son Incarnation, le Pontife suprême de la nouvelle Loi nous a donné le nouveau sacerdoce : le sacerdoce catholique. Le mot « catholique » n’est pas dans St Paul mais la chose y est. Ce sacerdoce est l’épanouissement et l’aboutissement du sacerdoce de l’ancienne Loi, le sacerdoce lévitique.
Ces pauvres hommes d’Eglise, objectivement apostats, veulent revenir au sacerdoce de l’ancienne Loi. Ils veulent célébrer la Pâque comme sous l’ancien sacerdoce : s’ils n’ont pas perdu la Foi, ils ont perdu le sens de la Foi… Le nouveau sacerdoce est éternel, il n’y en aura pas d’autre. Les prêtres catholiques sont le remède au mal suprême depuis 2000 ans. Et depuis 2000 ans, les prêtres catholiques sont là, inchangés et inchangeables.
Depuis le début de l’humanité, il y a un sacerdoce, il y a un sacrifice qui rend un culte à Dieu. Et maintenant, depuis 2000 ans, ce vrai culte, c’est le culte catholique, qu’on ne peut changer et qu’on ne peut soumettre à cette fantaisie de l’homme moderne. Et aux hommes condamnés par le poids de la souffrance, poids du péché qui allait toujours augmentant, l’énorme soulagement, c’est le don du Sacré-Cœur, le don de Lui-même dans le sacerdoce catholique et l’Eucharistie. Ce don du Sacré-Cœur, totalement et substantiellement présent par l’Eucharistie est tellement total qu’il se brûle lui-même par le désir de se donner : « Je suis dévoré par un feu et je me sens à l’étroit tant que je n’aurais pas allumé le feu dans le monde entier ». Allumé par le moyen de ses prêtres !
- Troisièmement : la Fraternité Saint-Pie X. Vous aller me dire « c’est exagéré ! mettre en parallèle deux dons comme la souffrance et le sacerdoce et un don particulier comme la FSSPX ! » Oui, sous un certain angle, c’est exagéré. D’accord.
Mais depuis maintenant trente ans, n’est-ce pas cette Fraternité, pour peu nombreuse qu’elle soit, (et ce n’est pas une question de nombre), qui est « l’ancre » du sacerdoce catholique ? Pendant des siècles, le don de l’Incarnation a relevé l’humanité …Mais les hommes restent libres. Dieu aurait pu faire continuer le Moyen-Age qui était un triomphe, mais ce n’était pas là sa Sagesse. Dieu est venu en aide à son Eglise avec la Contre-Réforme, et un grand cortège de saints, tout ça pour arriver à l’homme moderne et à l’antichrist. Dieu ne veut pas le péché mais il a voulu permettre cette décadence du monde où grand nombre d’hommes d’Eglise perdent le sens de leur foi, si ce n’est pas leur foi. Nous voilà dans la crise post-conciliaire ! Et le Seigneur vient en aide à son Eglise par un grand nombre d’âmes privilégiées que nous ne connaissons pas et qui subissent un calvaire privé…Dans l’histoire, il y a eu des âmes qui ont enduré les douleurs de la Passion. Aujourd’hui, il y en a probablement beaucoup dont nous ne savons rien ; pour ces âmes elles-mêmes et pour le Seigneur, il est mieux qu’elles restent cachées. Logiquement, le péché aujourd’hui est tel qu’il doit y avoir une grande expiation…
Mais en public, qu’est-ce qu’il y a ? Il y a cette résistance suscitée par un évêque, accompagné finalement par un deuxième : un grand archevêque qui garde la foi et le sens de la foi. Et qui établit un équilibre humainement très précaire et délicat : un équilibre entre l’hérésie d’un côté et le schisme de l’autre côté. Cet équilibre, on peut dire que par la grâce de Dieu, la Fraternité l’a maintenu depuis et le maintient, et Dieu aidant, le maintiendra encore…Cet équilibre est à refaire tous les ans, tous les trois ans, tous les cinq ans, et aujourd’hui, avec l’offensive de charme du côté de Rome, des personnes se posent la question de l’équilibre de la Fraternité.
Ne devrait-elle pas se rapprocher davantage de Rome ?
Ne devrait-elle pas couper complètement avec cette Rome ?
Ni l’un ni l’autre !
Ces « Romains » - je généralise -, sont pris par la peste de l’esprit moderne et du subjectivisme. Ils sont incapables ou comme incapables de nous comprendre. Nous autres, prêtres et laïcs, par la grâce de Dieu, avons saisi qu’il y a une Vérité objective et cette Vérité objective que ces Romains ont perdu. Ils croient que la Vérité est subjective et c’est pour cela que même s’ils disent que Notre-Seigneur est substantiellement présent sous les espèces de l’Eucharistie, même s’ils disent ce que nous disons, ces mots pour eux signifient autre chose, comme par exemple une nécessité de leur cœur, une conviction de leur esprit, un besoin de leur être. Imaginez un mathématicien qui dirait « deux et deux font quatre » parce que c’est un besoin de mon âme….On lui dirait : vous êtes fous ! deux et deux font quatre indépendamment de votre âme bien intentionnée ; c’est objectif. Si demain ils se persuadent que deux et deux font cinq, que leur être en est pénétré, en est persuadé, il suffira qu’ils « possèdent » cette vérité. Il n’y a pas moyen de discuter avec de telles gens. C’est la contagion mentale de l’homme moderne, tellement commune que nul ne s’en rend plus compte.
Remarquez bien que si l’on remplace cette vérité objective par la possession intime, on peut être de bonne volonté…Ces Romains peuvent être de bonne volonté et plus ils sont de bonne volonté et mieux ils sont capables de donner le change ! Et veulent-ils « donner le change » ? il n’est pas certain qu’ils veulent nous tromper. Cette contagion de l’homme moderne est tellement ancrée dans les esprits que ces Romains apparaissent tels qu’ils sont : ils ne se rendent pas compte à quel point ils sont loin de la Vérité catholique. Tel cardinal dira : « j’ai la même religion que vous autres, de la FSSPX ». Il n’a aucune idée de combien il en est loin. Un mathématicien à conviction intime peut réciter toute la table de multiplication de façon juste, et à tout moment, il est persuadé que c’est par sa conviction intime que c’est vrai. Mais ce n’est pas cela, les mathématiques ! S’avancera-t-on vers ces Romains sur un pont construit par leurs convictions intimes ? Si ces Romains sont pénétrés de la folie moderne –et objectivement, c’est le cas-, ils ne sont pas cliniquement fous, mais ils sont idéologiquement fous…Et s’il s’agit d’une contagion, ne devrions-nous pas couper tout rapport avec eux ?
Ah, mes chers amis, voici l’équilibre de la Fraternité ! Nous qui par la grâce de Dieu, avons reçu le don de la Vérité pleinement catholique, nous avons le devoir de mettre en contact, de permettre que ces Romains prennent contact avec la Vérité. Et nous avons le devoir de fuir tout contact qui mettrait en péril la Vérité. Une veilleuse n’a pas besoin de beaucoup luire, ce n’est pas son rôle ! Mais une veilleuse doit absolument rester allumée ! C’est son but ; ce pour quoi elle est là. Et la veilleuse, je l’ai dit auparavant, doit être nourrie de whisky pur, car pour peu que le whisky soit dilué ou frelaté, la veilleuse s’éteindra…(*)
Nous devons donc mettre à la porté des Romains cette Vérité, et comment se fera-t-il si nous refusons tout contact ?
D’autre part, il existe un calcul. Un calcul dangereux car un calcul humain, mais ce calcul est vrai quand même : la Vérité mettra la division entre les Romains et fera œuvre de discernement des esprits. Apparemment, le mensonge de Vatican II est monolithique ; en réalité, il ne l’est pas. Cette petite pierre finira par avoir raison du géant, comme dans l’Ecriture sainte. Cette petite pierre ne le fera pas si elle ne frappe pas !
Il est donc dans la nature des choses, dans cette crise, que la Fraternité fasse grande attention dans ses contacts avec les Romains, mais en même temps ne refuse pas les contacts avec les Romains. Pour le reste, c’est entre les mains de Dieu ! L’Eglise catholique appartient à Dieu et c’est Lui qui s’en occupe. Vous et moi faisons notre devoir d’état à la place où Dieu nous a mis ; ça suffit.
Ce devoir d’état peut entraîner aujourd’hui beaucoup de souffrance, et mes chers amis, la souffrance est authentique en ce sens que la souffrance authentifie, elle nous assure de l’authenticité. La souffrance est vraie parce que nous n’en voulons pas ; elle s’impose.
Alors, chères mères de famille qui souffrez de voir vos enfants mettre en danger leur salut éternel ; pères de famille qui tentez de protéger vos familles contre les dangers environnants et qui souffrez pour ce faire, Saint Pie X le disait déjà : « que chacun fasse son devoir et tout ira bien ».
Chers prêtres, il y a sept prêtres qui ont fêté hier leur 25ème anniversaire de leur ordination. Ils furent ordonnés seize en 1978. Sur seize, sept sont encore là ; félicitations ! Faisons notre devoir !
Chers ordinands, faîtes votre devoir ! ne vous occupez pas de sauver l’Eglise ! Vous sauverez l’Eglise en faisant votre devoir d’état, votre devoir qui est à portée de main, ce petit héroïsme qui est aujourd’hui le grand. Ce petit héroïsme constitue déjà la pierre qui menace le géant et le géant en est bien conscient
Chers laïcs, ne vous plaignez pas si les prêtres annoncent les exigences de l’Evangile…Ne pensez pas « Nous sommes tradis donc nous sommes OK » ; ça ne marche pas comme ça devant Dieu. Notre-Seigneur a vomi les tièdes, et s’il en est besoin, il le fera de nouveau si nous nous attiédissons.
Chers ordinands, vous êtes à l’orée d’une belle vie : la vie sacerdotale. Elle n’est pas facile mais elle est très belle et de vous va dépendre beaucoup. Par nous-mêmes, nous sommes largement incapables. C’est le Sacré-Cœur qui nous a élus, c’est Lui qui nous a donné le sacerdoce. Et St François Régis de dire : « l’Eternité ne sera pas assez longue pour remercier Dieu d’avoir fait de nous des prêtres ».
Chers ordinands, bientôt vous serez si je puis dire « marchands d’Eternité », car par les sacrements, vous ouvrirez le Ciel aux gens. Quelle grandeur !
Soyons humbles et n’oublions jamais de recourir à la très sainte Vierge Marie sans laquelle Dieu n’a pas voulu que nous ayons son Fils. A travers elle nous avons connu son Fils et donc le sacerdoce. Elle a connu la souffrance – Notre-Dame des sept douleurs – au pied de la Croix, et durant toute la vie de son Fils car elle savait comment cela devait prendre fin. Recourons à elle dans les grandes difficultés.
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, Ainsi soit-il.
(*) S.E Mgr Williamson fait ici un trait d'humour en référence à une homélie qu'il avait prononcée il y a quelques années, où il avait déclaré que si la FSSPX était du whisky pur, la FSSP avait l'aspect du whisky, avait l'odeur du whisky, mais n'était pas du whisky. Nous rappelons aussi aux liseurs que Mgr Williamson est anglo-saxon. NDJP