Audience générale du Mercredi 21 avril 1999.
Scrutator Sapientiæ - 2011-01-26 21:23:31
Audience générale du Mercredi 21 avril 1999.
(suite et fin)
II. Audience générale du Mercredi 21 Avril 1999.
Témoigner de Dieu le Père dans le dialogue interreligieux
" 1. «Un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, par tous et en tous» (Ep 4, 6).
A la lumière de ces paroles de la Lettre de l'Apôtre Paul aux chrétiens d'Ephèse, nous voulons aujourd'hui réfléchir sur la façon de témoigner de Dieu le Père dans le dialogue avec tous les hommes de différentes confessions religieuses.
Au cours de cette réflexion, nous aurons deux points de référence: le Concile Vatican II, avec la Déclaration Nostra ætate sur les «Relations de l'Eglise avec les religions non-chrétiennes» et l'objectif désormais proche du grand Jubilé.
La Déclaration Nostra ætate a jeté les bases d'un nouveau style, celui du dialogue, dans la relation de l'Eglise avec les diverses religions.
Pour sa part, le Jubilé de l'An 2000 représente une occasion privilégiée pour témoigner de ce style. Dans Tertio millennio adveniente, j'ai invité à approfondir, précisément en cette année consacrée au Père, le dialogue avec les grandes religions, également grâce à des rencontres dans des lieux significatifs (cf. n. 52-53).
2. Dans l'Ecriture Sainte, le thème de l'unique Dieu par rapport à l'universalité des peuples qui cherchent le salut se développe progressivement, jusqu'au sommet de la pleine révélation en Christ. Le Dieu d'Israël, exprimé par le Tétragramme sacré, est le Dieu des patriarches, le Dieu apparu à Moïse dans le buisson ardent (cf. Ex 3) pour libérer Israël et le faire devenir le peuple de l'Alliance. Le livre de Josué nous rapporte le choix pour le Seigneur effectué à Sichem, où la grande assemblée du peuple choisit le Dieu qui s'est montré bienveillant et providentiel à son égard et abandonne tous les autres dieux (cf. Jos 24).
Ce choix, dans la conscience religieuse de l'Ancien Testament, se précise toujours davantage dans le sens d'un monothéisme rigoureux et universaliste. Si le Seigneur, Dieu d'Israël, n'est pas un Dieu parmi tant d'autres, mais l'unique vrai Dieu, il en découle que c'est par lui que doivent être sauvés tous les peuples «jusqu'aux extrémités de la terre» (Is 49, 6). La volonté salvifique universelle transforme l'histoire humaine en un grand pèlerinage de peuples vers un seul centre, Jérusalem, sans que les différences ethnico-culturelles ne soient toutefois annulées (cf. Ap 7, 9). Le prophète Isaïe exprime de façon suggestive cette perspective à travers l'image d'une route qui relie l'Egypte à l'Assyrie, en soulignant que la bénédiction divine rassemble l'Israélien, l'Egyptien et l'Assyrien (cf. Is 19, 23-25). Chaque peuple, tout en conservant pleinement sa propre identité, est appelé à se convertir toujours plus à l'unique Dieu qui s'est révélé à Israël.
3. Ce souffle «universaliste», présent dans l'Ancien Testament, se développe ultérieurement dans le Nouveau, qui nous révèle que Dieu «veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité» (1 Tm 2, 4). La conviction que Dieu est effectivement en train de préparer tous les hommes au salut fonde le dialogue des chrétiens avec les hommes de différentes confessions religieuses et de diverses croyances. Le Concile a ainsi défini l'attitude de l'Eglise à l'égard des religions non chrétiennes: «Elle considère avec un respect sincère ces manières d'agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoi qu'elles diffèrent en beaucoup de points de ce qu'elle-même tient et propose, cependant apportent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes. Toutefois, elle annonce, et elle est tenue d'annoncer sans cesse, le Christ qui est la voie, la vérité et la vie (Jn 14, 6), dans lequel les hommes doivent trouver la plénitude de la vie religieuse et dans lequel Dieu s'est réconcilié toutes choses» (NA, n. 2).
Ces dernières années, d'aucuns ont opposé au dialogue avec les hommes de différentes confessions religieuses l'annonce, devoir primordial de la mission salvatrice de l'Eglise. En réalité, le dialogue interreligieux fait partie intégrante de la mission évangélisatrice de l'Eglise (cf. CEC, n. 856). Comme je l'ai répété plusieurs fois, il est fondamental pour l'Eglise, il exprime sa mission salvatrice, il est un dialogue de salut (cf. Insegnamenti VII/1 [1984], pp. 595-599). Dans le dialogue interreligieux, il ne s'agit donc pas de renoncer à l'annonce, mais de répondre à un appel divin afin que l'échange et le partage conduisent à un témoignage réciproque de la propre vision religieuse, à une connaissance approfondie des convictions respectives et à une entente sur certaines valeurs fondamentales.
4. Le rappel de la «paternité» commune de Dieu ne semblera pas alors un vague rappel «universaliste», mais il sera vécu par les chrétiens dans la pleine conscience de ce dialogue salvifique qui passe à travers la médiation de Jésus et l'œuvre de son Esprit. Ainsi, en recueillant de certaines religions, comme par exemple de la religion musulmane, la puissante affirmation de l'Absolu personnel et transcendant par rapport au cosmos et à l'homme, nous pouvons, quant à nous, offrir le témoignage de Dieu dans l'intimité de sa vie trinitaire, en clarifiant que la Trinité de la personne n'amoindrit pas, mais confère sa qualité à l'unité divine elle-même.
De même, à partir des itinéraires religieux qui conduisent à concevoir la réalité ultime au sens moniste, comme un «Soi» indifférencié dans lequel tout se résout, le christianisme recueille l'appel à respecter le sens le plus profond du mystère divin, au-delà de toutes les paroles et des concepts humains. Toutefois, il n'hésite pas à témoigner de la transcendance personnelle de Dieu, alors qu'il en annonce la paternité universelle et aimante, qui se manifeste pleinement dans le mystère du Fils crucifié et ressuscité.
Puisse le grand Jubilé constituer une occasion précieuse pour que tous les hommes de différentes confessions religieuses se connaissent davantage, afin de s'estimer et de s'aimer dans un dialogue qui constitue pour tous une rencontre de salut ! "
Avec Jean-Paul II, on a parfois vraiment du mal à comprendre
1. quand il parle du salut, s'il parle
- du salut en puissance, de la perspective de salut de tous les hommes, qu'ils soient chrétiens ou non, en puissance,
ou
- du salut en acte, de la réalité du salut, qui ne concernera, par définition et en définitive, que ceux qui seront sauvés, en acte ;
2. quand il parle des religions non chrétiennes, s'il en parle
- en tant que "voies" implicitement, indirectement ou intentionnellement propices au salut, pour ainsi dire "par principe" constatable empiriquement par l'homme
ou
- en tant que "voies" accidentellement ou exceptionnellement propices au salut, en quelque sorte "par exception" constatable exclusivement par Dieu.
C'est bien pour cela que je préfère parler d'une pensée circonstanciellement équivoque, et non d'une pensée systématiquement hérétique, mais il ne s'agit ici que d'un jugement personnel.
Bonne lecture et bonne soirée.
Scrutator.