Ca se discute
Meneau -  2011-01-26 12:12:06

Ca se discute

Il est évident que jamais Jean-Paul II n'a formulé explicitement une quelconque "théologie de la Rédemption universelle". Mais il faut avouer qu'on retrouve depuis longtemps, même avant son élection, dans sa pensée, des choses troublantes. Vous faites des distinctions essentielles que malheureusement il n'a pas toujours faites. Ainsi, par exemple disait le Cal. Wojtyla en 1976 (Prêche d'une retraite, publiée sous le titre Le signe de contradiction) :

La naissance de l’Église qui eut lieu sur la croix, au moment messianique de la mort rédemptrice du Christ, fut dans son essence la naissance de l’homme, de chaque homme et de tous les hommes, de l'homme qui, — qu’il le sache ou non, l’ac-cepte ou non dans la foi —, se trouve déjà dans la nouvelle dimension de son exis-tence. Cette nouvelle dimension, saint Paul la définit tout simplement par l’ex-pression In Christo, dans le Christ. L’homme existe dans le Christ. Certes il existait dans le plan divin, il existait de-puis le commencement, mais c’est par la mort et la résurrection, par le mystère pascal que cette existence est devenue un fait historique, qu’elle a marqué égale-ment sur le plan historique et humain l’ordre divin du salut, qu’elle l’a enraciné pour ainsi dire dans l’espace et le temps.

Pas vraiment de distinction dans l'appartenance "en acte" ou "en puissance" à l'Eglise : la naissance de l'Eglise, c'est la naissance de TOUT homme. TOUS les hommes ont acquis cette "existence dans le Christ", enracinée dans l'espace et le temps (donc en acte ?). Voir également par exemple, dans l'encyclique Redemptor Hominis : le mystère de la Rédemption y est décrit sans qu'il soit une seule fois évoqué la nécessité du baptême. Le mot baptême lui-même, n'est employé qu'une seule fois, à titre quasi anecdotique. On peut penser que le baptême est évoqué une autre fois sous le vocable de "signe indélébile du chrétien", qui est un critère d'appartenance à l'Eglise. M'enfin ! De même, le péché originel et la déchéance de la nature humaine n'est pas évoqué. Il est fait mention du péché comme ayant fait perdre à l'homme le sens de son existence, sens que lui redonne la Rédemption. C'est vrai bien sûr, mais ça mériterait les distinctions que vous avez faites. Voir en particulier les analyses de Dörmann, dans "L'étrange théologie de Jean-Paul II, et l'esprit d'Assise". Par ailleurs, l'abbé de la Rocque avait analysé plus avant cette notion de théologie de la Rédemption chez Jean-Paul II dans une analyse de l'encyclique Veritatis Splendor parue dans dont je vous livre un passage :

Certes, Jean-Paul II achève son encyclique en rappelant que c’est seulement par la grâce de la rédemption que le bien moral est possible (nº 102 à 105). On doit hélas ! se poser quelques questions sur la nature de cette rédemption. En effet, l’encyclique affirme que la grâce opère non seulement dans l’Église catholique, mais également « de manière bien mystérieuse » dans toutes les « grandes traditions religieuses et sapientiales, tant d’Orient que d’Occident », qui témoignent du caractère absolu des prescriptions morales (nº 94). Cette grâce opérant en tout homme indistinctement, on peut légitimement se demander si la rédemption opérée par le Christ ne se situe pas elle aussi au niveau transcendantal. Une phrase du nº 102 nous le laisse croire : « Avec les commandements, le Seigneur nous donne la possibilité de les observer. » Comme les commandements sont inscrits par nature dans la liberté transcendantale de l’homme – « au fond de son coeur » –, il semble que la grâce qui les accompagne et donne la possibilité de les observer soit également donnée de manière transcendantale à l’homme. Telle est bien la thèse défendue par Jean-Paul II. Celui-ci nous explique en effet que la rédemption opérée par le Christ consiste dans la « libération de notre liberté » transcendantale (nº 86), mystérieusement portée par le péché originel à renier son ouverture au vrai et au bien (nº 1, 86). Le Christ vient donc nous révéler notre liberté, « révéler l’homme à lui-même » (nº 2, 8, 10, etc.). Dans cette optique, le nº 103 reçoit toute sa signification : « Les possibilités concrètes de l’homme ne se trouvent que dans le mystère de la rédemption du Christ (…). C’est de cela qu’il s’agit : de la réalité de la rédemption par le Christ. Le Christ nous a rachetés ! Cela signifie : il nous a donné la possibilité de réaliser l’entière vérité de notre être ; il a libéré notre liberté de la domination de la concupiscence. » Cette libération de la liberté étant transcendantale, c’est tout homme qui en est bénéficiaire, qui est racheté. Une telle conception de la rédemption n’est autre que celle de la rédemption universelle, déjà sous-jacente dans la première encyclique de Jean-Paul II, Redemptor Hominis. La lecture des numéros 8 à 10 de cette encyclique (citée en trois paragraphes de Veritatis Splendor) soulignera la continuité existant entre ces deux textes : « Le Christ, Rédempteur du monde, est celui qui a pénétré dans le mystère de l’homme, qui est entré dans son coeur (…). Nouvel Adam, le Christ est l’Homme parfait qui a restauré dans la descendance d’Adam la ressemblance divine. Parce qu’en lui la nature humaine a été assumée, par le fait même cette même nature a été élevée en nous aussi à une dignité sans égale. Par son incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme (…). Dans le Christ, Dieu se fait à nouveau proche de l’humanité, de tout homme, en lui donnant “l’Esprit de Vérité” trois fois saint. »

Pour finir, une question pour vous, par rapport à votre argumentation : la conscience est-elle un lieu ou un acte ? Cordialement Meneau