Dieu est miséricorde donc il ne peut pas y avoir de damnés donc l'Église a raté quelque chose dans son enseignement donc il doit y avoir une solution... et hop, une théorie fumeuse! Votre théorie ne viendrait alors pas d'une réelle recherche théologique mais plutôt de la recherche d'une réponse face à une incompréhension de l'enseignement de l'Église (j'espère sincèrement que ce n'est pas le cas toutefois). D'où peut-être votre difficulté à la défendre, d'autant plus qu'elle n'est pas de vous, cette théorie.
Même si vous avez commencé un effort pour approcher ma thèse, cette réflexion montre que hélas, votre approche est superficielle. En effet, vous faites là un contresens parfait et hélas central. Ma thèse, loin de suprimer l'enfer, justifie son existence et même (sans doute) sa large ouverture. Si vous regarder le traité des fins dernières, Q. 8, article 15 — Si le Christ propose son salut à tout homme à l’heure de la mort, peut-on tranquillement pécher en cette vie et ne pas annoncer l’évangile aux autres ? Vous lirez ceci :Il ne faut pas jouer avec les péchés mortels de faiblesse et d'ignorance durant sa vie, même si toute faiblesse et ignorance sont enlevées par la venue du Christ à l’heure de la mort en vue du choix éternel. En effet, si on s'y complait, on construit en son âme un goût pour l'égoïsme et l'orgueil qui nous attirera vers la liberté solitaire, qui est justement l'annonce Lucifer en enfer. Ce poids du péché risque bien, face à la parousie du Christ, de nous faire mépriser sa douceur et sa petitesse (qui sont sa gloire principale) et nous dirons : « Ce n'est que ça le Christ ? » Donc nous devons fuir le péché, par peur non par peur du Christ mais par peur de nous-mêmes. Dieu est prêt à pardonner tout, « soixante-dix-sept fois sept fois » , si nous nous repentons. La peur doit venir de nous. Car personne ne sait s'il ne sera pas déçu, lors de la venue du Christ dans sa gloire, par tant d'humilié. Solutions : 1. Il faut avoir un esprit qui n'est pas fait pour comprendre ce qu'est la miséricorde de Dieu pour raisonner ainsi et en abuser. Ce même raisonnement fallacieux fut pratiqué jadis dans un mauvais usage des sacrements du salut, certains s’autorisant tous les péchés en pariant sur le caractère suffisant d’une absolution finale. Et cet abus fut fréquent au point que, dans son code de droit canonique de 1983, l’Eglise va jusqu’à menacer d’une excommunication latae sentenciae le prêtre qui appliquerait un tel raisonnement, allant jusqu’à user du sacrement de pénitence pour rassurer sa complice dans l’acte de fornication. Mais c’est une illusion. Même muni des sacrements dans leur matérialité, l’âme qui se complait dans le péché risque bien de ne pas reconnaître le Christ comme sien lors de sa venue, reconnaissant en Lucifer le Messie qui correspond à la vraie nature de son cœur empli d’égoïsme. Cependant, il faut se souvenir que le péché qui met le plus en danger l’âme est peu visible. On se souvient de cette anecdote. A la fin des apparitions de Lourdes, on voulut protéger Bernadette dans un couvent de Nevers dirigés par une religieuse d’un grand ascétisme. Sa supérieure s'attendait à voir en Bernadette une grande mystique, pleine de transports. Or Bernadette était simple. Le constatant, la Supérieure fit cette remarque : « Ce n'est que cela Bernadette ? » Beaucoup d'entre nous, chrétiens fervents et secrètement assez sûr de notre salut, nous n'avons pas le même choix que la sainte Vierge qui, reine du Ciel, l’est parce qu’elle est la plus petite.