Theonas - 2010-11-17 22:45:50
[réponse]
J'ai lu passablement de textes de monsieur Dumouch.
voici ce que je crois avoir perçu de sa théologie:
Sa théologie est ce que j’appelle un eschatologisme, c'est-à-dire qu’au nom de l’eschatologie chrétienne, qui prévoit que l’Eglise subira une ultime persécution avant le retour du Christ, il déconstruit la doctrine catholique et fait fonds des arguments anticatholiques qui dénoncent dans certaines pages de l’histoire catholique( inquisition, croisade) des fautes graves qu’auraient commises L’Eglise, donnant donc raison aux forgeurs des légendes noires. Sous prétexte que l’Eglise doit connaître sa kénose, qu’elle doit retourner aux catacombes à la fin des temps, il prétend que la doctrine de la subordination du temporel au spirituel, qui est constante dans l’enseignement de l’Eglise ( Saints, docteurs et papes) n’est plus actuelle. Il tire parti des légendes noires de l’inquisition pour dire que cet ordonnancement du temporel au spirituel n’est pas voulu par le Christ. Il voit ainsi dans la liturgie de la messe ordinaire l’expression d’une spiritualité humble qui travaille désormais l’Eglise, loin de l’orgueil qui fut le sien du temps de la chrétienté et qui prépare avantageusement, dans l’humilité, les fidèles à la kénose. L’Eglise se serait purifiée lors du Concile Vatican II auquel monsieur Dumouch attribue la définition de plusieurs dogmes. Il prétend que le concile Vatican II a permis une meilleure réception en esprit des vérités de foi catholique de toujours, permettant de comprendre que la royauté sociale du Christ n’est qu’une orientation pastorale, désormais caduque puisque l’Eglise est vouée à devoir retourner aux catacombes. L’eschatologie est pour lui l’horizon ultime de la théologie et de la dogmatique. Le fait que l’Eglise est vouée à connaître sa passion, sur le modèle de son Epoux, permet à monsieur Dumouch de marteler que ce qui est de tradition constante n'est plus d'actualité, à savoir que la finalité de l’Etat ,selon le Christ, est de contribuer, dans son ordre et sans que cela ne porte atteinte à son autonomie, à la béatitude. « il faut rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu »(Mt 22,21) or « tout pouvoir vient de Dieu »(Rm 13,1)conséquence logique : le pouvoir temporel doit rendre un culte à Dieu), n’a pas valeur doctrinale. C’est ce que j’appelle son eschatologisme. Celui-ci est ultimement adossé à GS 22,5 ("nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’être associé au mystère pascal") qu'il considère comme un dogme solennel que Vatican II aurait proclamé ( sans que les papes ne s'en soient rendus compte. Monsieur Dumouch considère que Vatican II a également développé 6 autres dogmes).Ce passage lui fait dire que ce n'est donc pas ici-bas que se joue notre salut. Or c'est précisément ce qu'a toujours cru la tradition et c'est ce qui fait que le chrétien doit aspirer de tout son coeur à voir l'Etat reconnaître le Christ comme Roi et contribuer, par les moyens qui lui sont propres, à la béatitude. Puisque, comme l'a écrit Pie XII « De la forme donnée à la société conforme ou non aux lois divines, dépend et découle le bien ou le mal des âmes, c’est-à-dire le fait que les hommes, appelés tous à être vivifiés par la grâce du Christ, respirent, dans les contingences terrestres du cours de la vie, l’air sain et vivifiant de la vérité et des vertus morales ou, au contraire, le microbe morbide et souvent mortel de l’erreur et de la dépravation... »
Monsieur Dumouch fait donc jouer GS 22,5 contre toute la tradition. Appliquant ce passage aux enfants morts sans baptême, il en conclut que ce qui est valable pour eux l'est pour tous, en conséquence tout se joue à l'heure de la mort, dans notre refus ou notre adhésion au Christ. La charité n'impose plus de travailler à un ordre social chrétien.
En résumé: l'Eglise a commis des abominations au nom de la défense de la foi, elle a cédé au démon de l'orgueil durant l'essentiel de son histoire, il n'est absolument pas dans la volonté du Christ que l'Etat lui rende un culte public, c'est absolument contraire à la liberté religieuse fondée dans la nature humaine. Mais on peut comprendre que les chrétiens l'aient longtemps cru parce que le salut était pour eux entièrement lié à l'existence terrestre. Le dogme solennel contenu en Gaudium et Spes 22,5 nous a heureusement soulagé de cette fausse croyance. Il n'y a donc plus la moindre légitimité à travailler à un ordre social chrétien. Cela tombe bien parce que Dieu mène désormais l'Eglise à sa Kénose.