Chers lecteurs, « On nous dit athées. Et assurément, nous le reconnaissons : nous sommes athées des faux dieux, mais pas du Dieu suprêmement vrai, Père de la justice, de la sagesse et des autres vertus, sans aucune compromission avec le mal ». Dix-sept siècles ont passé depuis que Saint Justin, juriste et martyr, a écrit ces paroles dans sa première Apologie (n. 6,1-2) : aujourd’hui encore, le Dieu suprêmement vrai, transcendant et personnel, qui s’est manifesté pleinement dans le Christ, est contesté, rejeté, parfois raillé par ceux qui, au nom d’un humanisme sans transcendance, se prétendent délivrés de toute dépendance et, revendiquant une liberté sans limites, se proclament les uniques artisans de leur propre destin. À la racine de l’égarement de l’homme d’aujourd’hui, qui semble ne pas percevoir la présence de Dieu, nous trouvons, entre autres, la tentative, promue surtout par la culture occidentale dite post-chrétienne, d’édifier un anthropocentrisme s’appuyant sur les idoles des anciennes religions pré-chrétiennes et des religions néo-païennes. Les motifs qui sont à l’origine de cette tentative sont multiples. Beaucoup, imbus de scientisme et de matérialisme pragmatique, connaissent un grave malaise existentiel dû à la perte du sens de la vie, déçus qu’ils sont par les promesses de certitudes que la science n’a pas pu tenir. En outre, dans les milieux où règne un individualisme effréné, se répand le sentiment que le christianisme n’est plus en mesure de répondre à la soif profonde de bonheur du coeur humain, un coeur en proie aux angoisses de l’existence quotidienne et insatisfait des réponses de la société techniciste. « À quoi sert d’aller sur la lune, si c’est pour s’y suicider ? ». Cette question d’André Malraux, d’une profondeur abyssale, dans son oeuvre « La condition humaine » (Paris, Gallimard, 1999), remet en question la volonté prométhéenne de l’homme moderne. Autrefois on disait : « L’homme fait et, en faisant, se fait ». Les héritiers de l’ère télématique en Occident savent que l’homme risque de se défaire. L’accélération des rythmes de vie, la technique qui change quotidiennement la vie professionnelle et la vie familiale, l’accumulation des informations émanant des médias (radio, télévision, internet), et la recherche frénétique du succès peuvent facilement conduire l’homme à la défaite. C’est ainsi qu’a refait surface sur la scène mondiale, depuis le siècle dernier, le phénomène des sectes et en particulier le courant du Nouvel Âge : ce sont à la fois de vieilles et de nouvelles formes culturelles et religieuses, qui prétendent donner une réponse à l’espérance la plus immémoriale de l’homme, l’espérance d’une nouvelle ère, d’un temps de paix, d’harmonie, de réconciliation avec soi-même, avec les autres, avec la nature. C’est justement de l’inéluctable nostalgie de bonheur chez l’homme, citoyen du troisième millénaire, matériellement rassasié mais spirituellement affamé, et de l’apostasie effective du Christ, promue par le Nouvel Âge et par les sectes, dont nous voulons parler dans les prochains numéros de « Convictions ». Madame Martie Dieperink, étudiante de théologie protestante à la fin des années soixante, a toujours eu un grand intérêt pour tout ce qui est spirituel. Suivant la mode du temps, elle est partie en Inde, encore étudiante, pour suivre un gourou et explorer cet univers de religions et de pratiques religieuses, en Inde et autres pays d’Orient. Elle y a passé plus d’un an à pratiquer la méditation transcendantale et le yoga, et même à communiquer avec les esprits. En un mot, elle s’est plongée dans ce monde religieux, qui fascine nos contemporains. Depuis lors, il y a maintenant quarante ans, elle souffre toujours des conséquences de ces pratiques néfastes. Incapable de reprendre une vie normale, elle s’est donné comme mission d’informer et de mettre en garde des dangers de ces religions. Protestante hollandaise, en contact avec la Fraternité St-Pie X depuis plus de quinze ans, elle avait accepté d’écrire une série d’articles à publier dans le bulletin officiel de la Fraternité en Hollande. Ces articles se sont rapidement répandus. Le style très personnel et agréable en rendait la lecture facile, et le fait qu’il s’agissait d’un témoin authentique parlant de ses propres expériences convainquait. Vu le grand intérêt suscité parmi les fidèles, même en dehors des cercles traditionnels, Madame Dieperink a rassemblé ces articles en un livre. Nous reproduirons ces articles dans nos pages, pour montrer que la spiritualité des religions orientales : le premier gnosticisme hétérodoxe, le syncrétisme religieux, les cultes ésotériques, la cabale, l’alchimie et l’astrologie, s’unissent en vain pour mettre l’homme occidental au centre de la réalité, en faisant de lui le fétiche, l’idole qui occupe artificiellement la place du Christ, de Celui qui, vrai Dieu et vrai homme, est Seigneur de l’Univers et de l’Histoire, dont il est « l’Alpha et l’Oméga » (Ap 1,8 ; 21,6), « le Principe et la Fin » (Ap 21,6). Abbé Wegner
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