Nous usons nos chaussures, nos raquettes, le filet et la balle...
Scrutator Sapientiæ - 2010-06-19 22:03:41
Nous usons nos chaussures, nos raquettes, le filet et la balle...
Bonsoir,
De toute évidence, nous ne nous convaincrons pas les uns les autres, alors pourquoi ne pas prendre acte du fait que nous passerons pour d'autant plus incompréhensibles et irréconciliables, pour un observateur extérieur, que nous persisterons à nous exprimer de cette manière sur ce terrain ?
Je vais finir par croire (mais je souhaite que cela soit à tort)
- que l'herméneutique du Renouveau dans la continuité (à laquelle, pour ma part, je ne souscris pas, puisque le Concile manifeste plutôt, à mes yeux, du Renouveau sans la continuité, mais passons) est en train de donner naissance, parmi les catholiques traditionnels, à une herméneutique de l'herméneutique, chaque Fraternité ayant la plus ou moins bonne manière d'interpréter l'interprétation qui a le plus le vent en poupe, depuis déjà quelques années ;
- que les discussions doctrinales entre la FSSPX et le Vatican (que je crois susceptibles de déboucher, dans le meilleur des cas et dans un premier temps, sur un constat d'accord sur les points de désaccord, ce qui serait déjà énorme, mais passons) font apparaître le fait suivant : des discussions doctrinales sereines, entre catholiques traditionnels des différentes Fraternités, sont, dans l'état actuel des choses, difficiles, sinon impossibles, à envisager.
Je crois savoir que le Concile comporte, Dieu merci, de nombreux éléments conformes au Magistère antérieur, mais nous savons tous également que cet ensemble est sous-tendu par une intention générale au sein de laquelle une volonté d'interruption de l'ancien et d'instauration du nouveau l'a emporté sur une volonté de continuation du passé dans le présent.
Ainsi, les textes les plus rénovateurs du Concile comportent aussi quelques éléments, au minimum, non contraires à la Tradition, même s'ils en comportent probablement moins que les autres textes.
Mais les textes les plus traditionnels du Concile comportent aussi quelques éléments, au minimum, non contraires au Renouveau, même s'ils en comportent probablement moins que DV, UR, NA, DHP...
En d'autres termes, il n'est pas envisageable d'aller en direction d'une approbation "en bloc", ni en direction d'une réprobation "en masse", et cela presque tout le monde le sait.
Par ailleurs, je suis convaincu
- que la distinction entre dogmatique et pastoral n'a pas beaucoup de sens
- comme s'il n'y avait jamais eu aucun souci d'ordre pastoral, au cours d'un concile oecuménique, avant Vatican II,
et
- comme si Vatican II n'avait pas, de facto et matériellement, élevé quelques principes au rang de quasi dogmes,
- que le péché originel du Concile Vatican II (à savoir le rejet de la quasi totalité des schémas préparatoires, sans discussion loyale, sur leurs fondements, sur leur contenu) n'a pas été un acte marqueur de Renouveau dans la continuité, mais a été au contraire un acte porteur de Renouveau sans la continuité, ce dont les principaux protagonistes qui étaient, d'abord en 1961-1962, "à la manoeuvre", avaient alors bien conscience.
Ce que je crois savoir, enfin,
- c'est que ce n'est peut-être pas la première fois, dans l'histoire de l'Eglise, qu'un Concile a été suivi par une période de déclin, en amont d'une période de sursaut,
- mais que c'est sans doute la première fois que l'institution ecclésiale a réagi, à ce point-là, au moyen du déni, en pratiquant, dans la durée et en profondeur, le refus, tantôt joyeux, tantôt haineux, de la réalité : davantage de déclin que de sursaut a succédé au dernier Concile.
N'est-il pas possible, au moyen et à partir d'un diagnostic partagé, de tracer les contours d'un terrain d'entente, d'un "lieu" de débat, qui soit commun à une grande partie des catholiques traditionnels ? Je le souhaite de tout coeur, pour les mois à venir.
D'aucuns me diront sans doute que ce n'est pas avant tout pour des raisons d'ordre doctrinal que nous ne sommes pas en accord, ni immédiat, ni intégral, les uns avec les autres, mais moi je me demande s'il n'y a pas un risque.
Ces raisons, notamment d'ordre canonique ou stratégique, ne risquent-elles pas de finir par faire office de raisons presque aussi exigeantes, importantes et influentes, déterminantes ou discriminantes, que des raisons d'ordre doctrinal ?
Ceci n'étant qu'une tentative de contribution, sans illusions ni prétentions, je vous prie de bien vouloir m'excuser pour la candeur et la longueur de mon message, et je vous souhaite une bonne soirée.
Scrutator.