PASSIO CHRISTI PASSIO HOMINIS
(je reproduis la typographie reçue) est le thème et la devise de l'actuelle exposition du Saint-Suaire. Vous le voyez ainsi écrit partout à Turin sur des posters, des affiches, des articles et des publicités, sans autre explication ou commentaire. Il ne faut pas limiter le contexte à la prière du cardinal Poletto proposée aux pélerins pour être récitée devant le Suaire. À feuilleter la littérature générée par l'exposition on constate par le contexte que dans l'emploi de cette phrase il ne s'agit en aucun cas d'une affirmation (par ailleurs parfaitement superflue) de l'humanité du Christ souffrant, mais d'établir un rapport entre la souffrance humaine et la souffrance du Christ. Or, ce rapport qui donne une valeur (mérite surnaturel) à la souffrance humaine, n'existe qu'à la double condition que j'ai précisée. Et voilà que la théologie moderniste met en doute cette condition, voulant laisser entendre (non sans l'aide de plusieurs textes de Vatican II et de Jean-Paul II) que l'Incarnation et la Passion du Christ donnent cette valeur surnaturelle à toute souffrance humaine en tant que telle et pas seulement à celle de l'homme uni au Christ habituellement par la grâce sanctifiante et actuellement par son intention surnaturelle. Certes on peut sauver l'orthodoxie de la prière ; on peut même sauver l'orthodoxie de la formule nue "Passio Christi ; passio hominis", mais là n'est pas la question. La formule nue se prête à un sens hétérodoxe qui fait des ravages partout. La prière au moins ne fait pas assez pour éloigner cette erreur. D'ailleurs le terme "valeur rédemptrice" aussi, bien que capable d'un sens orthodoxe, est très peu traditionnel. Le cardinal Billot avait peur que même le titre de corédemptrice accordée à la sainte Vierge ne mette en péril la vérité de foi que seul le sacrifice du Christ ne peut être pleinement et proprement rédempteur. Aux temps où les erreurs contre la foi sévissent, c'est la moindre des choses que de vouloir écarter les formules novatrices et douteuses.