112 - Mais nous ne voulons pas refuser de reconnaître avec respect les valeurs spirituelles et morales des différentes confessions religieuses non chrétiennes ; nous voulons avec elles promouvoir et défendre les idéaux que nous pouvons avoir en commun dans le domaine de la liberté religieuse, de la fraternité humaine, de la sainte culture, de la bienfaisance sociale et de l'ordre civil.
A moins de contester l’autorité de Vatican II, et donc indirectement de Paul VI, le régime franquiste devait adapter sa législation. L’implication directe de Paul VI n’est guère douteuse pour autant. Dans son étude L’idée de laïcité : une comparaison franco-espagnole (p. 174, note 13), Claude Proeschel signale que, conformément au décret Christus Dominus, Paul VI demandera à Franco, dans une lettre datée du 28 avril 1968, de renoncer au privilège de présentation, ce que Franco ne lui accordera pas, en avançant qu’un tel changement nécessiterait une révision générale du concordat. Et surtout, comme j’y ai déjà fait allusion, il a choisi les évêques auxiliaires – là où il avait les mains libres, en vertu du concordat – parmi les plus novateurs. Dans un article paru dans le n° 66 de la revue Catholica, le professeur Rafael Gambra n’hésitait pas à affirmer :Après le Concile, l’une des premières entreprises de Paul VI a été de supprimer au plus vite la situation d’exception de la « catholique Espagne ». On a expliqué cette détermination du Pontife par des raisons personnelles : sa tendance profondément libérale, le fait que l’un de ses frères avait lutté durant la guerre d’Espagne chez les Rouges, à l’époque où les églises et le clergé de leur zone étaient dévastés par la haine marxiste. (On ne sait d’ailleurs pas si ce frère est mort ou non durant la guerre.) La vraie motivation du pape Montini était en fait plus politique que personnelle : il s’agissait de « s’ouvrir au monde moderne et à la démocratie universelle » en abandonnant, comme signe de bonne volonté, le statut religieux de l’Espagne. A cet effet, il a envoyé en Espagne le nonce Dadaglio avec mission de pourvoir les sièges épiscopaux vacants en ouvrant des négociations pas toujours très faciles avec le gouvernement espagnol, le droit de présentation des évêques étant réservé par le concordat au chef de l’Etat. Mgr Dadaglio semble avoir usé d’un double stratagème. Il a commencé par solliciter du gouvernement une longue liste d’épiscopables. Cette liste lui a permis de connaître ceux qu’il écarterait du fait de leur supposée position favorable au régime. Il demanda une seconde liste et il y choisit quelques noms pour remplir quelques sièges vacants, mais en même temps, il désigna des « évêques auxiliaires » avec droit de succession pour la plupart des diocèses, innovation qui ne relevait pas du droit de présentation de l’Etat. Il créa ainsi une majorité épiscopale progressiste, neutre ou ouvertement hostile au régime franquiste, lequel était déjà sur le déclin. C’est pendant la période correspondant à son mandat que les séminaires et les maisons religieuses se vidèrent, et on peut dire qu’en trente ans l’Espagne s’est déchristianisée, au moins en ce qui concerne les jeunes générations et celles d’âge moyen. Dans le monde politique, au cours de cette transition religieuse, on peut signaler comme personnalités marquantes : le ministre de la Justice, Antonio Oriol (dont dépendaient les affaires ecclésiastiques) et l’ambassadeur près le Vatican, Garrigues. Mais l’un et l’autre ont seulement cherché à accorder la mise en œuvre des exigences de la nouvelle liberté religieuse avec le concordat toujours en vigueur.
V.