Si mon opinion est dangereuse, c'est dans un autre sens
Lux - 2010-02-16 16:15:14
Si mon opinion est dangereuse, c'est dans un autre sens
Pardon de revenir à ce sujet un peu tard ; j'ai été occupé ces jours derniers.
Malheureusement, je crois que je me suis fait mal comprendre. Je ne disais pas que le Vatican II était hérétique, que les papes étaient en rupture avec la tradition depuis lors, etc. (A titre personnel, je suis loin d'être sédévacantiste ; je suis en communion avec Rome et je ne pense sincèrement pas que Benoît XVI soit un pape déviant - mon admiration pour lui est au contraire très profonde. Simplement, je suis convaincu que l'Eglise vit une crise très, très grave, qu'il faut résoudre à tout prix, bien que nous n'en soyons pas responsables).
Je voulais dire que l'idée d'une "herméneutique de la continuité" est insoutenable. Autrement dit, trop d'éléments dans le concile s'écartaient de la tradition - très volontairement, que l'on se souvienne de l'influence protestante - pour que l'on puisse continuer comme si de rien n'était (car c'est cela que veut dire l'herméneutique de la continuité : on ne touche pas au concile, et l'on continue). Mais "trop d'éléments" ne veut pas dire "beaucoup d'éléments". Le concile est, à mon avis (qui n'est pas que le mien ; sinon ce serait un peu prétentieux), plein de textes tout à fait riches et fructueux. Il comporte cependant certains éléments problématiques, qui ne sont pas forcément hérétiques, mais qui poussent à l'hérésie. Je ne veux pas rentrer dans les détails car ce n'est pas l'objet d'un forum, mais prenons un tout petit exemple. Le "subsistit in" est parfaitement vrai. Mais il est insuffisant. De cette insuffisance, certains pourront arriver à dire "l'Eglise luthérienne peut aussi être une voie de salut, pourvu que l'on y soit parfaitement vertueux". Ce qui est hérétique : on peut acquérir son salut hors de l'Eglise, puisque Dieu peut tout, mais sûrement pas par l'intercession d'une fausse religion (c'est précisément ce que veut dire "Hors de l'Eglise [en tant que porteuse de la vérité], point de salut"). Il faudrait donc, avec humilité, faire le lien entre le crise de l'Eglise et le concile, et revenir, conformément à la tradition, sur les points du second qui ont provoqué la première.
Pourquoi cet avis est-il un peu dangereux ? Je l'avoue moi-même : parce qu'il fait penser au pape quelque chose qu'il ne pense peut-être pas. Il y a donc un côté très orgueilleux. Il y a après tout quelques défenseurs fervent de l'"herméneutique de la continuité", qui doivent être sincères. Pour moi, c'est de l'aveuglement, car j'ai lu certains passages de Vatican II confrontés à l'enseignement multiséculaire de l'Eglise, et que la contradiction me semble apparente, lumineuse, même, si l'on peut dire. Mais peut-être est-ce moi qui m'aveugle, après tout. C'est pour m'en prévenir que je viens d'acheter un livre d'un brésilien, ancien FSSPX, me semble-t-il, nommé Tradition et Magistère vivant. Je posterai un mot dès que j'aurais eu le temps de le lire !