Le vieux concept d’œcuménisme du retour a été remplacé aujourd’hui par celui d’itinéraire commun, qui dirige les chrétiens vers le but de la communion ecclésiale comprise comme unité dans la diversité réconciliée
Ce que le cardinal entend par “œcuménisme du retour”, c’est celui que décrivait Pie XI dans l’encyclique Mortalium animos : “Pousser au retour des dissidents à la seule véritable Eglise du Christ, puisqu’ils ont eu jadis le malheur de s’en séparer.” Ce qui n’empêchait nullement l’Eglise d’appeler à une collaboration avec les non-catholiques, par exemple contre l’esclavagisme communiste dans l’encyclique Divini Redemptoris du même Pie XI, sur la base de la loi naturelle qui s’impose à tous, croyants et incroyants : autrement dit, sur le Décalogue. Mais là encore, la doctrine a changé : le critère, depuis l’encyclique Populorum Progressio de Paul VI – et déjà dans Pacem in terris de Jean XXIII –, ce sont les “Droits de l’homme”, avec majuscule, pour bien indiquer que l’on fait référence au titre officiel de leur déclaration, en 1948 comme en 1789. Or, le point commun à ces deux déclarations d’inspiration maçonnique – à côté de quelques vrais droits reconnus depuis toujours – c’est de ne reconnaître aucune autorité qui n’émane pas expressément de la volonté populaire : autrement dit, d’évacuer l’autorité de Dieu. Rien que pour ce motif, il est déjà particulièrement imprudent de se référer sans cesse à ces documents. L’indice le plus palpable du changement doctrinal, c’est peut-être que, lorsqu’on se reporte aux références des documents postconciliaires, on n’y trouve que très rarement le nom des papes antérieurs à Jean XXIII : celui-ci avait montré la voie, dans Mater et Magistra, en récapitulant l’enseignement social des papes antérieurs à une seule encyclique de Léon XIII, une de Pie XI, et un seul discours de Pie XII... Comme si, avec Jean XXIII, commençait une “nouvelle dynastie”, suivant le mot de Jean Madiran (Itinéraires n° 304), qui y voyait un signe :Il renseigne ceux qui veulent savoir. Il révèle, il confirme, il authentifie. Il indique dans quel sens souffle le vent à Rome et comment s’oriente la politique du saint-siège. Il montre que la nouvelle doctrine sociale de 1’Eglise s’applique à préparer la place et la fonction que la théologie actuelle de nos « frères aînés » attribue généreusement à ce qu’elle appelle « les religions issues du judaïsme ». Cette place et cette fonction, la première lignée des souverains pontifes, celle qui se termine avec Pie XII, les avait toujours refusées, elles supposent une apostasie immanente. Une telle occupation mentale de l’Eglise militante par l’adversaire est apparemment la plus crucifiante épreuve qu’elle ait subie depuis sa fondation. Elle la subit aujourd’hui en son cœur même, qui est la succession apostolique et la primauté du siège romain.
Face à cette épreuve permise par Dieu, je formule la même prière que l’auteur : “que la nouvelle dynastie entre en rupture avec sa propre rupture, et rentre dans le rang, dans la lignée, dans la filiation, dans la piété dont elle n’aurait jamais dû se séparer”. V.