Vous êtes convaincu que les traditionalistes partent du postulat que les autorités se trompent depuis quarante ans. En fait, c'est plus compliqué que cela. Certes, leurs espoirs sont régulièrement déçus. Mais on peut néanmoins constater qu'après l'élection de chaque nouveau souverain pontife, une vague d'espoir anime la plupart d'entre eux : Paul VI allait corriger les erreurs de Jean XXIII, Jean-Paul Ier celles de Paul VI (même le Père Barbara l'a espéré un moment !), Jean-Paul II allait réconcilier Vatican II avec la Tradition (ce qui encouragea d'ailleurs Mgr Lefebvre à rompre avec les sédévacantistes), et je ne dois certainement pas vous rappeler l'enthousiasme soulevé par le Motu Proprio de Benoît XVI bien avant sa promulgation. Ce simple constat suffit à montrer que, bien loin de se satisfaire de la situation actuelle, le traditionaliste reste instinctivement « papiste ».
J’ajouterai que la manière dont ils ont évalué Vatican II plaide en leur faveur. Dieu sait si, pendant le concile, Mgr Lefebvre et ses confrères du Coetus ont eu souvent le sentiment d’avoir parlé à des sourds. Et cependant, on les voit tous, sitôt les documents promulgués, faire l’effort de compréhension que vous réclamez d’eux. En France, il n’y a d’abord qu’un opposant ouvert à Vatican II, c’est l’abbé de Nantes. Quand Mgr Lefebvre écrit “J’accuse le concile”, près de dix ans se sont écoulés. Cependant, les arguments ne lui manquaient pas, puisque son livre repose pour l’essentiel sur ses propres interventions pendant le concile. La seule explication satisfaisante, c’est qu’à partir du moment où les textes étaient approuvés par Paul VI, ils bénéficiaient d’un préjugé favorable. Ce sont les événements ultérieurs – et en particulier l’insistance de Paul VI et de ses successeurs à justifier leurs réformes, liturgiques et autres, au nom de Vatican II – qui ont amené Mgr Lefebvre, Mgr de Castro Mayer et les prêtres traditionalistes à s’en prendre au concile, en reconnaissant sa part de respponsabilité dans les désordres dont l’Eglise a été le théâtre depuis lors. Vous écrivez :A nous d'abord de trouver dans la Tradition les raisons de justifier ces actes et ces discours. Et je ne mettrai pas en balance l'enseignement du Pape que la sainte Providence m'a donné d'avoir avec ma compréhension personnelle de la Tradition , ai-je bien compris ce qu'à dit tel ou tel, dans quel contexte, à quels fins…
Mais Pellicanus vous a déjà répondu avec raison : “la Tradition ininterrompue de l'Eglise nous fait un devoir de nous opposer”. En fait, comme je l’ai expliqué l’autre jour, nous ne faisons que suivre l’admonestation de saint Paul aux Galates, qui n’a évidemment pas parlé pour les seuls Galates. Relisez, s’il vous plaît, le commentaire qu’en donne saint Thomas :Saint Paul fait donc voir d’abord combien est grande l’autorité de sa sentence, puisque non seulement à l’égard des pervers et des séducteurs, qui sont ses inférieurs, mais même à l’égard de ses égaux, comme le sont les autres apôtres, et de ceux qui sont au-dessus de lui, comme seraient les Anges, s’ils se rendaient coupables d’un crime semblable, à savoir de renverser l’Evangile pour retourner à l’ancienne loi, cette sentence aurait son efficacité.
Et voici l’explication qu’en donne le grand théologien :A la doctrine, même transmise par un ange, peut-être un ange supérieur ou Dieu lui-même pourraient-ils substituer une autre. Au contraire, la doctrine qui vient immédiatement de Dieu ne peut être annulée ni par un homme, ni par un ange.
L’infaillibilité n’a été donnée aux successeurs de Pierre que pour attester que les doctrines qu’ils enseignent découlent bien de la Révélation, pas pour y ajouter des éléments au nom d’une “nouvelle Pentecôte”, et encore moins si ces éléments sont en contradiction avec l’enseignement antérieur. V.