Saint Basile avait été baptisé par l’évêque de Césarée, Dianée. Soit tout de suite, soit peu de temps après, celui-ci l’avait élevé au grade de lecteur (saint Basile, De Spiritu Sancto, 29). Basile lui garda toujours une grande reconnaissance, et comme un sentiment filial. Dianée est un curieux type d’évêque du IVe siècle. Ce n’est ni le ferme champion de l’orthodoxie, décidé à tout souffrir plutôt que d’abandonner la défense de la vérité, ni l’arien sectaire, poursuivant par des voies hardies ou tortueuses la destruction des doctrines traditionnelles, ni l’ambitieux sans foi, visant uniquement à supplanter sur leurs sièges les prélats orthodoxes, ni le semi-arien, cherchant par amour de la paix la conciliation doctrinale, ni l’évêque de cour, attendant tout des bonnes grâces de l’empereur, et variant de croyances avec lui. C’est un bon homme, d’aspect vénérable et majestueux, ayant « le grand air sacerdotal. » Ses mœurs sont douces, son accueil bienveillant, son âme exempte de fiel, sa conversation à la fois enjouée et sérieuse (saint Basile, Ep. 51). Mais, toutes les fois qu’il y a un acte de faiblesse à commettre, il le commet. Occupant un des premiers sièges de l’Orient, jamais il ne mit son autorité au service de sa foi. Dans tous les conciles où les ariens se trouvèrent en majorité, il vota avec les ariens, adhéra aux symboles qu’ils lui présentèrent, condamna avec eux saint Athanase, signa avec eux des lettres injurieuses au pape. Après que, par une dernière faiblesse, il eut souscrit, en 360, le formulaire dit de Rimini, en réalité rédigé à Constantinople, qui détruisait toute l’œuvre du concile œcuménique de Nicée, saint Basile comprit que le temps des ménagements était passé. Malgré son affection pour Dianée, il rompit publiquement toute communion avec celui-ci. Mais, joint aux pieux compagnons de sa retraite, il ne cessa de pleurer sur l’âme du vieil évêque, dont il se considérait, malgré tout, comme le fils spirituel. Aussi quand, deux ans plus tard, Dianée, se sentant près de sa fin, l’envoya chercher, Basile accourut. « Dieu m’est témoin, lui dit le malade, que si j’ai donné mon adhésion au symbole qui m’était apporté de Constantinople, je l’ai fait dans la simplicité de mon cœur. Je n’avais nul dessein de renier la foi proclamée par les Pères de Nicée, et je ne voulais pas m’écarter de leurs traditions. Je ne demande qu’une chose, c’est de n’être point séparé des trois cent dix-huit évêques qui ont annoncé au monde cette sainte doctrine. » Soulageant ainsi sa conscience, le pauvre Dianée calma en même temps la peine de Basile. Les larmes que celui-ci avait versées en le revoyant cessèrent de couler ; il se pencha sur le lit du mourant, et lui déclara avec joie rentrer dans sa communion (saint Basile, Ep. 51). Telle était la situation que Basile tenait déjà de sa sainteté et de sa science : il n’avait encore reçu qu’un des ordres mineurs de l’Eglise, et c’est son évêque qui ne voulait pas mourir sans être en communion avec lui.
Relisez le portrait de l’évêque : ce n’est nullement un hérétique, mais c’est un faible, et cela suffit pour décider saint Basile à se séparer de lui une fois qu’il a compris que la foi est en jeu. Certes, comparaison n’est pas raison, mais ne perdez pas de vue que, suivant la parole de saint Pie X, le modernisme est bien pire que l’arianisme, puisqu’il est “l’égoût collecteur de toutes les hérésies”... V.