Question disputée... et brûlante
Jeanne Smits -  2009-10-28 16:05:34

Question disputée... et brûlante

Le Dr Dickès, s'appuyant sur saint Thomas d'Aquin, conclut à la justesse de la définition actuelle de la "mort" en France pour déclarer acceptable le prélèvement d'organes vitaux en vue de la transplantation. Pourtant, comme le signale Yves Daoudal, un nombre croissant de médecins, universitaires, philosophes s'interrogent sur le moment de la mort, souhaitant que l'on s'en tienne à une saine prudence et au sens commun (est mort celui qui ne respire plus, dont le coeur ne bat plus, qui ne réagit plus). Ils soulignent que la pratique occidentale qui consistait à attendre 24 heures, et la rigidité cadavérique, avant d'enterrer une personne déclarée morte par un médecin (et cette intervention externe à la famille était elle-même une garantie) était à la fois une manière de garantir la personne contre une déclaration de mort intempestive et de souligner notre ignorance quant au moment précis où l'âme quitte le corps. Toutes ces choses ont été dites de manière fort intéressante lors de divers colloques au Vatican, notamment "Finis vitae" en 2005 dont les actes n'ont curieusement pas été imprimés selon les voies habituelles - c'est Roberto de Mattei qui a comblé la lacune en publiant les interventions et en outre des réflexions commandées spécialement pour cette édition. Le même Pr de Mattei a organisé un nouveau colloque à Rome au début de 2009 où le point vue jusqu'ici minoritaire à propos du caractère erroné des critères actuels pour définir la mort s'est exprimé avec de multiples arguments. J'ai lu "Finis vitae" avec intérêt mais avec la conscience de mes propres limites de jugement sur ces affaires. Les arguments avancés m'ont semblé extrêmement intéressants, et ce d'autant plus que les critères pour définir la mort sont assez variables d'un pays à l'autre ce qui indique que même parmi les partisans (pour parler vite) de la "mort cérébrale" on est loin d'un consensus et bien plus près, souvent, de pratiques déterminées en vue de faciliter l'obtention d'organes transplantables. Pourquoi "avancer" le moment où la mort est constatée ? Parce que les grands organes vitaux doivent être prélevés sur un corps dont le coeur bat encore pour pouvoir être utilisés. C'est une question qui me paraît vraiment fondamentale et je puis vous annoncer l'assez prochaine parution d'une interview exclusive du Pr Seifert que je veux cependant affiner avec lui, notamment à partir de l'objection du Dr Dickes, avant de la publier. Les remarques d'Yves Daoudal sur le coeur et la vie, venant après ces réflexions compliquées, me font l'effet d'un argument massue, du genre qui fait vraiment voir la lumière ! Enfin je pense qu'il faut aussi penser à la pratique du prélèvement : il y a eu aux Etats-Unis le cas (réglé judiciairement si mes souvenirs sony exacts, ou en cours de règlement) d'un jeune homme à qui des soins de réanimation n'ont pas été apportés en vue de faciliter le prélèvement de ses organes. Amitiés Jeanne Smits