Des citations forcées, pour certaines
Charlier -  2009-10-08 09:19:52

Des citations forcées, pour certaines

Que ce soit mon opinion, oui, en effet, comme la vôtre est la vôtre, je ne vois pas qu'il y ait d'incertitude au moins là-dessus. Si vous me posez une question, comme vous l'avez fait, c'est, je suppose, pour la recueillir. Vous récusez mon affirmation lorsque je vous écris

la définition du schisme n'exige pas la remise en cause de l'autorité au sens sédévacantiste mais "le refus de soumission au Souverain Pontife"

Vous me dites que cette affirmation est contraire aux auteurs que vous citez. Mais ce n'est pas exact. En particulier, le Père Congar, qui est de ceux-là, écrit ceci :

«le schisme se vérifierait si le refus d'obéir s'attaquait, dans l'ordre reçu ou la décision promulguée, à l'autorité même, reconnue par ailleurs réelle et compétente, qui a donné cet ordre».

Il s'agit bien d'une hypothèse qui n'a pas besoin d'aller jusqu'au sens sédévacantiste du refus d'autorité (évidemment, pour ce sens, la définition vaut a fortiori). L'auteur de l'article que vous évoquez ajoute :

Il y aurait un schisme si on s'attaquait à l'autorité même, non pas à l'ordre reçu, mais à l'autorité qui a donné cet ordre.

Mais ce n'est pas ce que dit Congar. Il parle clairement d'un refus d'obéir "dans l'ordre reçu ou la décision promulguée" qui porte atteinte à à l'autorité pourtant reconnue comme réelle et compétente. Cette définition correspond à celle que j'ai rappelée, donnée par le Catéchisme de l'Eglise catholique (qui ne peut quand même pas être la seule qu'on devrait exclure), définition qui ne fait pas référence à une forme "sédévacantiste" du rejet de l'autorité. Naz, cité aussi par cet article, à "un refus systématique et habituel de dépendance" qui paraît bien être lui aussi constitué pour la position qui nous intéresse. Quant à Torquemada, sa définition ne comporte pas non plus l'hypothèse du rejet de l'autorité au sens sédévacantiste. Il indique :

Le schisme est une division illicite qui intervient seulement lorsqu'on se sépare du pape par désobéissance à des ordres qui sont licites, honnêtes et qui relèvent de sa juridiction, parce que si le pontife romain donnait des ordres mauvais en soi, par exemple contraires à la loi divine, à la Foi, ou contraire au salut des âmes, en de telles occurrences, la désobéissance au pontife romain ne serait pas illicite et donc il ne peut pas y avoir de schisme.»

Le commentaire du texte que vous évoquez tire cette phrase hors de son sens en évoquant la façon dont est gouvernée l'Eglise, etc. Ce n'est pas ça dont parle l'auteur espagnol. Il évoque la désobéissance à un ordre licite. Ici, l'ordre licite était l'interdiction de sacrer. C'est à cet ordre qu'il a été désobéi. Le reste s'écarte du sujet. La définition de Cajetan, je vous l'accorde, cadre beaucoup mieux avec votre analyse, comme aussi l'analyse réservée de Valdrini. La citation de Lara, elle, n'apporte rigoureusement rien sur quoi tout le monde ne soit d'accord. Celle de saint Thomas, en revanche, est très ambiguë au regard du contexte. Car on peut fort bien soutenir que la Fraternité Saint-Pie X a pris le choix de vivre comme une église particulière, avec ses évêques, sa hiérarchie, sa discipline, ses rites, son administration des sacrements dans des conditions pour le moins problématiques (notamment pour les confessions) fût-ce en attendant des jours meilleurs. En résumé, hormis le texte de Cajetan (celui de Valdrini ne tranche rien), qui n'est pas peu de chose, je vous l'accorde, et qui soumet le schisme à des conditions juridiques strictes, les citations évoquées ne permettent pas d'asseoir les certitudes auxquelles prétend celui qui les cite. Sur le for interne je me permets d'insister : c'est le for de la conscience, exclusivement. Les textes du droit canonique ne "jugent" pas sur ce plan dans les références que vous citez. Vous faites une confusion entre la prise en compte "psychologique" des dispositions de quelqu'un et son caractère "moral" au sens d'acceptation ou non du mal, du péché. Le code de droit canonique, sur ce point, n'appréhende pas différemment ces dispositions que le droit civil quand le juge examine les problèmes de vices du consentement ou lorsque le juge pénal examine les excuses éventuelles d'un acte criminel. Cordialement.