L'argument peut être retourné
Scribe -  2009-10-07 14:12:34

L'argument peut être retourné


Je connais bien les raisons que vous évoquez et je comprends, croyez-moi, l'angoisse qui a pu être celle de ceux qui se les sont posées

. Mais nous connaissons aussi vos armuments, 1000 fois posés, repris par les dominicains de Bordeaux dans leur fameuse étude. Malgré les gras utilisés, votre argumentaire éculé laissera la place à celui de la FSSPX :

III. Ni schismatique ni excommuniée A la suite du sacre de ces quatre évêques, il s'est passé bien des choses encore. Revenons donc sur cette question des sacres; il est important de comprendre les raisons de la résistance de Mgr Lefebvre. On nous accuse, on accuse Mgr Lefebvre d'avoir commis un acte schismatique, d'avoir ouvert un schisme, on nous accuse d'être schismatiques, excommuniés. Examinons ces questions: d'abord celle du schisme, ensuite celle de l'excommunication. Qu'est‑ce que le schisme ? 1. Le schisme a) Définition théologique Reprenons quelques définitions sur le schisme. Que dit saint Thomas d'Aquin ? «Sont schismatiques ceux qui ne gardent pas les observances communes et refusent d'obéir aux prélats ecclésiastiques en préférant constituer par eux‑mêmes une église particulière.» C'est cette volonté de constituer une église particulière, un refus d'obéir, mais pour faire son affaire à soi. Torquemada: «Le schisme est une division illicite qui intervient seulement lorsqu'on se sépare du pape par désobéissance à des ordres qui sont licites, honnêtes et qui relèvent de sa juridiction, parce que si le pontife romain donnait des ordres mauvais en soi, par exemple contraires à la loi divine, à la Foi, ou contraire au salut des âmes, en de telles occurrences, la désobéissance au pontife romain ne serait pas illicite et donc il ne peut pas y avoir de schisme.» Si, en conscience on constate, à la façon dont le pontife romain gouverne l'Église, que la Foi est en danger, que le salut des âmes est en danger, on peut désobéir sans être schismatique et Torquemada parle même d'une désobéissance légitime. «Pour que la désobéissance soit illégitime, il faut qu'il y ait une désobéissance obstinée, constatée devant un tribunal, une rébellion, c'est‑à‑dire un mépris obstiné des préceptes qu'on nous impose et des jugements que l'on a à subir.» Cajetan: «Si obstinée soit‑elle, la désobéissance n'est pas un schisme tant qu'elle ne comporte pas une révolte contre la fonction du pape et de l'Église. Même si le désobéissant a très gravement tort de désobéir, il ne sera pas schismatique pour autant; il arrive en effet souvent de ne pas vouloir suivre un ordre d'un supérieur tout en reconnaissant son autorité.» Cajetan encore: «Si quelqu'un a certaines raisons de tenir pour suspecte la personne du pape et refuse, non seulement sa présence mais son jugement, il n'encourt aucune accusation de schisme ou d'un autre vice pour cela. La personne du pape peut gouverner en tyran, et ce d'autant plus facilement qu'elle dispose de plus de puissance.» Le P. Congar, auteur de l'article sur le schisme dans le dictionnaire de Théologie catholique: d'après lui «le schisme se vérifierait si le refus d'obéir s'attaquait, dans l'ordre reçu ou la décision promulguée, à l'autorité même, reconnue par ailleurs réelle et compétente, qui a donné cet ordre». Il y aurait un schisme si on s'attaquait à l'autorité même, non pas à l'ordre reçu, mais à l'autorité qui a donné cet ordre. Naz, canoniste: «Le schisme suppose un refus systématique et habituel de dépendance.» Mgr Valdrini, recteur de l'Institut catholique (la Catho) de Paris en 1988 est d'accord, puisqu'il dit que «I'excommunication de Mgr Lefebvre sanctionne sa désobéissance grave. Elle n'implique pas nécessairement un schisme.» Le cardinal Castillo Lara (cf. tract): «Le seul fait de consacrer un évêque n'est pas en soi un acte schismatique.» b) Le droit canon Dans le code de droit canonique, les délits sont classés sous deux rubriques diverses: délits contre la religion et l'unité de l'Église; par contre, consacrer un évêque sans le mandat pontifical est un délit contre l'exercice de son propre ministère. C'est là une question qui mérite d'être rappelée, une considération de droit canon, mais c'est avec le droit canon que nous avons été condamnés, donc il est permis de se défendre également avec le droit canon. Il faut se rappeler que jusqu'en 1951, l'ancien droit canon, celui de 1917, frappait un évêque qui consacrait d'autres évêques sans le mandat pontifical, de la peine de la suspense. Jusqu'en 1951, Mgr Lefebvre aurait été puni simplement, s'il avait fait les sacres, de la suspense, donc la peine qu'il avait reçue déjà pour l'ordination des prêtres en 1976. En même temps, le même droit canon frappait le schismatique de la peine de l'excommunication. L'ancien droit canon ne mettait donc pas sur le même plan consécration d'évêque sans mandat et schisme. Ce sont deux délits différents. L'un était frappé de la suspense, l'autre d'excommunication, donc sacrer un évêque sans mandat pontifical n'était pas un acte schismatique, sinon cela aurait été frappé d'excommunication. En 1951, le 9 avril, un décret porte la peine de la consécration d'évêque sans mandat jusqu'à l'excommunication: changement dans la peine. Et cela à la suite de l'affaire de Chine où précisément était en train de se mettre en place une église nationale schismatique, où c'était le peuple lui‑même qui choisissait ‑ sous la pression bien sûr du gouvernement, des autorités ‑ c'était le peuple qui élisait ses évêques et ceux‑ci se sacraient entre eux pour constituer une église nationale sous la botte du pouvoir communiste et complètement indépendante et détachée de Rome. Il y avait donc constitution d'une église schismatique et c'est en raison de cela que ce décret a été porté, à cause de l'intention schismatique de ces consécrations épiscopales. C'est ce que Pie XII expliquera dans son encyclique du 29 juin 58, où il rappelle cette excommunication prononcée maintenant contre un évêque qui sacre d'autres évêques sans le mandat pontifical, car c'était un signe de rébellion contre l'Église. Là il pourrait se constituer d'une église indépendante de l'Église de Rome et donc une église véritablement schismatique. Voilà quelle était la situation sous l'ancien droit canon: peine de la suspense, peine de l'excommunication pour schisme, et puis sacre sans mandat puni ensuite de l'excommunication. Que dit le nouveau droit canon en 1983 ? Il va reprendre cette 'dernière discipline du code antérieur, mais regardons bien les choses (cf. Card. Lara). Les choses sont très simples: vous avez, dans la partie qui traite des peines pour les délits particuliers, plusieurs titres. Il y a un titre qui traite des délits contre la religion et l'unité de l'Église. Le canon 1364 parle alors de l'apostat de la foi, l'hérétique ou le schismatique, qui encourent une excommunication latae sententiae: délit contre la religion et l'unité de l'Église. Ensuite le titre 3 traite de l'usurpation des charges ecclésiastiques et des délits dans l'exercice de ces charges. Le canon 1382 nous dit justement dans cette série de délits de l'usurpation des charges ecclésiastiques: ·L'évêque, qui, sans mandat pontifical consacre quelqu'un évêque et de même celui qui reçoit la consécration de cet évêque encourent l'excommunication latae sententiae, réservée au Siège Apostolique » Donc le nouveau Droit Canon a repris la même distinction: d'un côté, le schisme est puni de l'excommunication et d'un autre côté la consécration d'un évêque sans mandat est punie également de l'excommunication. Mais ce sont deux délits différents... Le délit de schisme et le délit de la consécration sans mandat sont deux délits différents. Donc consacrer un évêque sans mandat n'est pas équivalent au schisme. La chose est contenue dans le droit ancien et le droit actuel; c'est le droit qui le dit. c) L'intention de Mgr Lefebvre De plus, nous devons considérer l'intention de Monseigneur qui a affirmé plusieurs fois qu'il n'a jamais eu la moindre intention, précisément schismatique, de constituer une église parallèle. Il l'a dit déjà en juin 87 dans une lettre à ses prêtres: «S'il fallait un jour consacrer des évêques, ceux‑ci n'auraient pour fonction épiscopale que d'exercer leur pouvoir d'ordre, ils n'auraient pas de pouvoir de juridiction, n'ayant pas de mission canonique » Simplement donc leur conférer le pouvoir d'ordre sans leur donner de juridiction: puisque lui‑même ne l'avait pas il ne pouvait pas la leur donner ! Seul le pape peut donner une juridiction à un évêque, lui confier un troupeau, un diocèse et lui donner juridiction sur ce troupeau. Monseigneur n'a pas fait cela, il leur a donné simplement le pouvoir d'ordre, pour prêcher la foi et pour ordonner des prêtres, éventuellement sacrer des évêques si la chose était nécessaire; mais il n'y aura pas de juridiction, parce qu'il n'avait pas l'intention de constituer des diocèses et une église particulière. Il le redira dans sa déclaration à l'occasion des sacres: «ce n'est nullement dans un esprit de rupture ou de schisme que nous accomplissons ces consécrations épiscopales, mais pour venir au secours de l'Église; nous affirmons notre attachement et notre soumission au Saint‑Siège et au pape » Et dans la lettre qu'il écrit aux évêques, très belle, il rappelle la raison d'être de ces sacres: la nécessité dans laquelle se trouve l'Église; c'est sur l'argument de la nécessité que tout se fonde dans notre action. Sommes‑nous vraiment dans un état de nécessité ? Est‑ce que ces thèses conciliaires ont rendu l'Église plus belle, plus forte, plus généreuse, plus sanctifiante pour les âmes, ou au contraire n'y a‑t‑il pas une certaine crise ? Paul VI l'a dit. D'où apparaît la nécessité de la permanence et de la continuation du sacrifice adorable de Notre Seigneur, pour que Son règne arrive. C'est toujours la même raison: la Messe, le Saint Sacrifice de la Messe, et donc des prêtres, et donc des évêques et donc des séminaires, tout ce qui tourne autour du sacerdoce, faire des prêtres: Je vous conférerai cette grâce, confiant que sans tarder le siège de Pierre sera occupé par un successeur de Pierre parfaitement catholique, en les mains duquel vous pourrez déposer la grâce de votre épiscopat pour qu'il la confirme » Un jour nous espérons que nos évêques pourront déposer la grâce de leur épiscopat entre les mains du Saint‑père pour qu'il la confirme. » Je vous conjure de demeurer attachés au Saint‑Siège de Pierre, à l'Église Romaine, mère et maîtresse de toutes les églises » etc. etc. Où sont l'esprit, l'intention schismatiques ? Non seulement il n'y a pas de schisme, selon le droit, mais il n'y a même pas d'intention; c'est clair, jamais dans l'esprit de Monseigneur il n'y a eu l'intention de constituer une église qui ne soit pas l'Église catholique, mais il veut seulement continuer sa mission au sein de l'Église, sa mission d'évêque, pour faire des prêtres. 2. Les décrets romains de 1988 et l'excommunication Ce qui est troublant, c'est quand on considère un peu comment s'est opéré au plan concret la condamnation de Mgr Lefebvre. Il y a eu d'abord un monitum du cardinal Gantin (il est normal, avant de punir quelqu'un, qu'on lui donne un avertissement, une monition) le 17 juin 88, dans lequel le cardinal Gantin mandaté par le souverain pontife dit à Monseigneur: «Si vous mettez à exécution ce qui est mentionné ci‑dessus, etc. vous encourrez, ainsi que les évêques, ipso facto, l'excommunication latae sententiae, réservée au Siège Apostolique selon le canon 1382.» Ce qui est intéressant, c'est qu'avant les sacres le cardinal Gantin ne menaçait Mgr Lefebvre que de l'excommunication prévue pour le sacre d'évêques sans mandat. Il ne parlait pas de schisme, il ne lui dit pas: «vous allez commettre un acte schismatique !!» Non, il l'avertit que s'il poursuit son intention, il sera passible du canon 1382, le deuxième, celui qui punit le sacre d'évêque sans mandat, sans même évoquer l'idée d'un schisme. C'était donc avant... Et après, ce sont des coups de massue, on met tout ce qu'il y a moyen de mettre pour effrayer les fidèles. Dans le décret qui prononce, qui fulmine, qui déclare l'excommunication, le cardinal Gantin tourne autour du schisme... en disant que Monseigneur a accompli un acte de nature schismatique ! Or, ce n'est pas un schisme, car un schisme c'est un état dans lequel on est installé. Un acte de nature schismatique, c'est autre chose ! Cette fois il évoque le canon 1364 paragraphe 1, celui qui parle effectivement du schisme. Ensuite il déclare que ceux qui ont adhéré à l'acte schismatique ont encouru l'excommunication également, et enfin, il avertit les prêtres et les fidèles de ne pas adhérer au schisme de Mgr Lefebvre. Le mot schisme y est. Mais ce n'est pas ainsi que normalement dans l'Église on déclare l'ouverture d'un schisme Quand un schisme existe, il faut le définir. Quel est l'acte, quel est l'état qui le définit ? Où est le schisme, où n'est‑il pas ? Qui est schismatique, qui ne l'est pas ? Là, c'est le flou le plus complet, on ne sait pas où est le schisme, quelles sont ses limites. Qu'est‑ce qu'il faut faire pour être schismatique ou ne pas l'être ? Le mot est utilisé une seule fois dans ce décret du cardinal Gantin. Et le motu proprio Ecclesia Dei Afflicta, lui, ne parle pas de schisme, il parle d'un acte schismatique encore: «cet acte a été une désobéissance au souverain pontife en matière très grave...» Il parle aussi de l'excommunication prévue par la discipline ecclésiastique et le motu proprio se réfère à cet endroit‑là encore au canon 1382, celui qui traite du sacre sans mandat et non celui du schisme. Ensuite il y a une phrase plus générale: «Nul ne doit ignorer que l'adhésion formelle au schisme constitue une grave offense à Dieu et comporte une excommunication prévue par le droit de l'Église.» C'est une considération générale: quand on adhère à un schisme, on est excommunié. Mais dans tous ces textes il manque la déclaration de l'ouverture d'un schisme: où est le schisme ? Comment se nouent les termes de ce soi‑disant schisme ouvert par Mgr Lefebvre ? Rappelons‑nous que ce sont deux délits différents: le délit de schisme et le délit de sacrer un évêque sans mandat pontifical; Que Monseigneur ait commis le deuxième délit, d'accord, mais si on veut qu'il soit schismatique, il a dû faire quelque chose en plus, car sacrer un évêque sans mandat ne suffit pas pour être schismatique. Alors voilà la question que je pose depuis plusieurs années et à laquelle personne ne me répond: quel est le délit supplémentaire que Monseigneur a commis pour que ce sacre sans mandat soit devenu schismatique ? Autrefois, l'évêque de Sion m'a répondu: «Je ne suis pas compétent !!» Cela n'empêche pas les évêques et les journalistes de nous accuser d'être schismatiques, mais il faut remarquer que Rome n'en parle pas. Rome ne parle jamais du schisme de Mgr Lefebvre. N.B. Le 6 juillet 1997, la Documentation Catholique a publié deux réponses de Rome adressées à Mgr BRUNNER, évêque de Sion. Ces deux textes ne sont ni datés ni signés, ce qui leur retire toute valeur et toute autorité. Néanmoins, ils sont intéressants pour trois raisons: 1. Mgr Brunner posait une question sur le droit de célébrer la Messe selon le rite tridentin. Aucune réponse n'est donnée à cela; 2. le premier document présenté comme émanant de la congrégation pour les évêques est en net recul sur le décret du 1er juillet 1988 de la même congrégation. Il ne fait plus référence qu'au seul canon 1382, sans plus parler de schisme ni dire un seul mot sur un quelconque acte de nature schismatique; 3. le deuxième document "mise au point du conseil pontifical pour l'Interprétation des textes législatifs" ne met rien au point et aurait bien besoin d'être lui‑même expliqué ou interprété. C'est une somptueuse anthologie de la langue de bois conciliaire qui serait bien en peine de nous faire comprendre ce que peut être la «consommation d'une situation de caractère schismatique progressif» (sic). Il y a une autre chose troublante dans le Motu Proprio Ecclesia Dei Afflicta: il y a eu une faute de latin... Ce n'est pas très important peut‑être, une faute de latin ! Les journaux se sont emparés de l'affaire... Ce qui est intéressant, c'est la réponse qu'a donnée la salle de presse du Vatican. Les latinistes du Vatican ont expliqué leur bévue par la précipitation qui a marqué leurs travaux. Et voilà ce qui est grave: c'est cette précipitation. Excommunier un archevêque de l'Église catholique et jeter le trouble et le discrédit sur toute une partie de l'Église dans la précipitation: cela ne vient pas du Bon Dieu ! Cela conduit à penser qu'on a fait ce texte à la va‑vite et qu'on a saupoudré tout cela d'un peu de schisme pour faire peur aux fidèles, peur aux prêtres et peut‑être en décider quelques‑uns, le plus possible, à s'écarter de Mgr Lefebvre. Vous savez que le Vatican croyait que 80% des fidèles nous quitteraient après l'acte du 30 juin... Ce n'est pas ce qui s'est produit, grâce à Dieu. Donc, c'est très clair: il n'y a pas de schisme, et je ne croirai au schisme que le jour où on m'aura dit où est le schisme ! Probablement j'attendrai ce jour encore longtemps ! En plus, il n'y a pas d'excommunication ! Elle n'est pas valide, parce que le droit canon nous dit (canon 1323 et 1324): «N'est punissable d'aucune peine la personne qui, lorsqu'elle a violé une loi ou un précepte, a agi forcée par une crainte grave, ou bien poussée par la nécessité, ou pour éviter un grave inconvénient»; Donc, aucune peine... Or, c'est l'argumentation que nous avançons depuis 1988: cet état de nécessité. Canon 1324: «L'auteur d'une violation n'est pas exempt de peine, mais la peine prévue par la loi ou le précepte doit être tempérée, ou encore une pénitence doit lui être substituée, si le délit a été accompli par qui, par une erreur dont il est coupable, a cru que se présentait une des circonstances dont il s'agit au canon 1323.» Même si Monseigneur était coupable d'une erreur d'appréciation de la situation dans l'Église, s'il avait porté un jugement erroné sur l'état de nécessité dans l'Église, la peine doit être tempérée. Et le dernier paragraphe de ce même canon: «Dans les circonstances dont il s'agit au paragraphe 1, le coupable n'est pas frappé par une peine latae sententiae.» Donc il n'y a pas schisme, donc il n'y a pas d'excommunication. 3. L'héroïsme de l'obéissance Ce qu'il y a au contraire, c'est un acte héroïque de la vertu d'obéissance. Qu'est‑ce que l'obéissance ? Rappelons certaines choses: l'obéissance est une vertu annexe de la vertu de religion, nous portant à observer les ordres du supérieur, par respect pour l'autorité même qui les a dictés. Dom Lottin dit cela très justement: «On voit que c'est la religion, ou révérence envers Dieu, qui est le dernier motif de l'obéissance envers toute autorité créée». Le motif ultime de l'obéissance envers une autorité créée, c'est la révérence envers Dieu, en tant que cette autorité créée est l'instrument, ministre de l'autorité même de Dieu. «Si certains de mes semblables ont le pouvoir de lier ma volonté par des ordres, ce n'est pas à cause d'un pouvoir qui leur appartiendrait en propre, mais c'est uniquement parce qu'ils participent au souverain domaine de Dieu sur mon libre arbitre. C'est dans la révérence dont j'entoure la plénitude des droits de Dieu que je puiserai le motif ultime de mon obéissance à toute autorité créée. » L'obéissance que je dois à quelque autorité, même la plus élevée sur la terre, doit toujours se référer, être un acte de révérence envers le souverain domaine de Dieu. Saint Thomas d'Aquin nous en parle à profusion, de cette vertu d'obéissance, en nous disant que la règle première dans la vertu d'obéissance, c'est la volonté de Dieu. «La volonté divine est la règle première, et toutes les volontés raisonnables sont réglées par elle, mais plus ou moins immédiatement selon l'ordre établi par Dieu; ainsi parmi les hommes la volonté de celui qui commande peut être considérée comme la règle seconde de la volonté de celui qui lui obéit.» La règle première, c'est la volonté de Dieu, et la règle seconde, c'est l'autorité qui me commande; il ne s'agit pas de nier, de mépriser cette autorité, mais elle n'est que règle seconde, quelle que soit cette autorité, et cette obéissance doit avoir certaines qualités pour être vertueuse. Saint Thomas d'Aquin nous dit qu'elle doit avoir au moins quatre qualités. La 1ère c'est d'être ordonnée vers une œuvre bonne, vers le bien, la vertu. Elle doit être prompte, parfaite, mais discrète, usant de discernement non pas pour obéir à n'importe qui et en faisant n'importe quoi: il faut discerner à qui, en quoi, on doit cette obéissance, et à ce moment, elle sera vertueuse. Il s'agit précisément de ne pas céder au désordre. Encore saint Thomas d'Aquin: