Des questions non résolues
Charlier -  2009-10-07 13:44:14

Des questions non résolues

Les principes, par hypothèse, sont toujours théoriques. Cela ne veut pas dire qu'il faille les tenir pour inopérants dans l'action. Vous écrivez "qu'une désobéissance formelle au Saint-Père est une atteinte à l'autorité de l'Eglise, sanctionnée ici d'une peine d'excommunication". Je suis évidemment d'accord avec vous. J'ajouterais cependant que c'est une faute [objectivement, je ne me place pas au for interne] de soi grave et qu'elle n'est pas dissociable de la question de l'unité. L'autorité, en toute société, est le principe de l'unité de cette dernière, la "force ordonnatrice" dont parlait Vitoria. C'est vrai ici aussi. Evidemment, il y a désobéissance et désobéissance. Si un prêtre se voit interdire de porter un titre de Monseigneur auquel il n'a pas droit, par exemple, la désobéissance a beau être formelle elle ne porte pas atteinte à l'unité - si ce n'est de l'unité de cette personne à l'autorité. Il en est autrement si elle est relative à un élément essentiel à l'unité de l'Eglise, comme l'est par définition la succession apostolique. C'est pourquoi je m'étonne que vous puissiez affirmer comme une évidence, immédiatement : "puisqu'il n'y a pas à proprement parlé de schisme consommé". Ce "puisque" n'est pas fondé. Mgr Lefebvre a passé outre une interdiction explicite de l'autorité de procéder à des sacres, sur une matière grave, qui intéresse l'unité même de l'Eglise, et il y a bien ainsi refus de soumission au Souverain Pontife, ce qui réunit objectivement les éléments du schisme. Je connais bien les raisons que vous évoquez et je comprends, croyez-moi, l'angoisse qui a pu être celle de ceux qui se les sont posées. Mais la façon dont vous et eux posez le problème, et dont ils l'ont résolu, n'est pas sans soulever de graves difficultés. La première, personnellement, qui me saute aux yeux est celle-ci : ne s'agit-il pas, ni plus ni moins, de la mise en pratique du principe, insoutenable en morale catholique, selon lequel la fin justifie les moyens ? La deuxième est celle-ci : ne s'agit-il pas de privilégier, dans l'appréciation de la bonté ou de la malice d'un choix, le critère subjectiviste, bien moderne, des bonnes intentions (voire des intentions bonnes) et de la sincérité ? La troisième est celle-ci : que subsiste-t-il de l'autorité si je puis, avec les meilleures intentions du monde, décider en ses lieux et place, et même contre elle, de ce qui est bon ou de ce qui ne l'est pas pour l'Eglise ? La quatrième enfin est celle-là : se déterminer de la sorte ne revient-il pas à désespérer de l'Eglise et à faire reposer sur ses choix individuels les certitudes de son avenir ? Je ne pose pas cette dernière question au hasard mais en mémoire de la lettre que Mgr Lefebvre a adressée à ceux qui allaient être sacrés. Une lettre tragique, où il évoque [j'écris de mémoire, ne m'en veuillez pas de l'inexactitude littérale éventuelle du propos] l'occupation du siège de Pierre par (l')un antichrist. C'est une lettre désespérée qui fait un trait de plume sur l'Eglise.