sacre sans mandat ou sacre malgré le refus du mandat ?
Charlier -  2009-10-07 12:51:02

sacre sans mandat ou sacre malgré le refus du mandat ?

La distinction entre le schisme matériel et le schisme formel est traditionnelle. Je vous en parle de mémoire parce que je n'ai pas de document sous la main. Le schisme matériel est ce qui apparaît, la rupture visible, la séparation constatable qui, par elle-même, blesse l'unité de l'Eglise. La réalité factuelle, objective, de la séparation et du refus de se soumettre à l'autorité légitime. Le schisme formel est la consommation interne du schisme, son choix volontaire, qui permet de le qualifier moralement, sur un autre registre que celui du droit, de péché grave. Cette distinction, à mon sens, vous ne pouvez pas la trouver dans le Code de droit canonique puisque celui-ci, par hypothèse, ne concerne que le for externe. Je crois que dans votre analyse il y a quelque chose qui fausse beaucoup le raisonnement. Les sacres que nous évoquons ne sont pas des sacres "sans mandat". Le sacre sans mandat, comme son nom l'indique, est celui qui a été conféré par un prélat qui n'avait pas reçu mission de le faire, comme il est parfois advenu au-delà du rideau de fer pendant la guerre froide. De fait, un tel sacre est illicite selon les règles du droit positif applicable, mais il n'emporte pas de conséquence immédiate sur l'unité de l'Eglise. Il peut d'ailleurs n'être intervenu que parce qu'il n'y avait aucune possibilité matérielle (défaut de communication, etc.) de recourir à l'autorité "mandante", c'est-à-dire en une circonstance où le mandat ne pouvait être ni donné, ni reçu. Dans de telles circonstances, il est dès lors évident qu'on ne peut pas parler de schisme. Le cas qui nous occupe est très différent. Ce n'est pas la même chose de faire quelque chose sans en avoir demandé la permission à ses parents et de la faire alors qu'on en a reçu explicitement l'interdiction. Mgr Lefebvre n'a pas simplement sacré "sans mandat" de l'autorité. Il a sacré "contre l'interdiction explicite" de l'autorité. Il n'a pas sacré simplement "par défaut de mandat" mais "contre la volonté explicite de l'autorité de lui en donner un". Il y a, de l'un à l'autre, une différence considérable, en droit comme en fait qu'il me paraît difficile de ne pas voir. Il faut être honnête. Dès lors, la question du schisme, qui ne se pose pas de soi dans le cas du "sacre sans mandat", pour les raisons évoquées plus haut, se pose nécessairement dans le cas qui nous intéresse d'un sacre fait "en refus d'obéir à l'autorité qui refuse le mandat". Il s'agit, en effet, d'un acte de soustraction explicite à l'autorité et qui porte sur un élément très grave de l'unité de l'Eglise : la succession apostolique. La question du caractère "formel" du schisme reste ici encore en marge : personne ne peut dire si le péché est consommé. Mais l'autorité, qui est gardienne de l'unité de l'Eglise, est en mesure de dire si le schisme est matériellement constitué. Là, il l'est, et l'excommunication - qui doit être prise en son sens strict (hors communion) est là pour le signifier. Cordialement