Merci, Eucher, d'avoir posé cette question
Ion - 2009-10-06 23:29:45
Merci, Eucher, d'avoir posé cette question
Vous souhaitez savoir comment l'on peut, à la lecture des confidences du cardinal Thiandoum (relatant les "rugissements" des évêques lors de la célébration d'une messe selon le nouvel Ordo) ou du P. Bouyer illustrant ce qui semble être une attitude de duplicité voire de mensonge de la part du P. Bugnini lors de ses rapports avec Paul VI sur l'élaboration de ce même nouvel Ordo, comment l'on peut (ou même si l'on peut) rester favorable à ce qui est aujourd'hui la forme ordinaire du rite romain.
Bonne question, a priori ardue.
Tout d'abord, vis-à-vis de l'attitude du P. Bugnini, j'ai sans doute une réaction similaire à la vôtre. S'il a réellement menti à Paul VI afin de faire passer certaines réformes, je ne sais que dire, et tout comme vous, je ne puis approuver.
Pour autant, cela n'invalide pas le bien-fondé de la réforme elle-même. On peut faire une bonne réforme pour de mauvaises raisons; surtout dans une matière aussi grave, l'Eglise ne peut, sous l'impulsion du Saint Esprit, nous tromper, même si des hommes, eux, voulaient nous tromper.
D'autre part, j'ai l'intime conviction que cette réforme était nécessaire, et pour les mêmes raisons que celles qui ont été invoquées en leur temps par le Bx Jean XXIII, la principale étant l'oecuménisme. Je crois sincèrement que l'Eglise, en s'engageant dans la Contre-Réforme au XVIème siècle et en demeurant au cours des siècles suivants dans cette ligne plutôt intransigeante vis-à-vis des autres confessions, s'est peut-être d'une certaine manière protégée, mais a du coup manqué de réaliser certaines évolutions que la Réforme a su mener à bien : une meilleure connaissance des Ecritures, une liturgie en langue vernaculaire, un certain dépouillement de certaines pratiques trop "triomphalistes", un rééquilibrage entre les aspects sacrificiel et communion à la messe ... On peut comprendre la réticence de certains Pèrs du Concile face à ce qui constituait un changement radical de méthode; pour la première fois depuis plus de 400 ans, on acceptait, sur certains points limités et non doctrinaux - d'aller dans une direction prise en son temps, et, on peut le penser, de manière légitime, par les Réformateurs. Bref, si les réformateurs du Consilium ont mal agi dans la méthode, la réforme liturgique, quant à elle, et grâce à l'action de l'Esprit Saint, a atteint un certain nombre d'objectifs fixés. Et puis on ne peut tout réduire à un Paul VI qui aurait été trompé sur toute la ligne ! Il était pape, assisté par l'esprit Saint, intelligent, conscient de sa charge et de sa responsabilité et sur l'essentiel, ne pouvait laisser faire n'importe quoi.
Pour finir, je fais un parallèle entre votre question et celle qui m'a déjà été posée après ma lecture de l'ouvrage Le Rhin se jette dans le Tibre; Comment pouvais-je, après avoir pris connaissance des intrigues conciliaires documentées dans cet ouvrage, continuer d'approuver Vatican II ? Ma réponse a été similaire à ce que j'ai écrit plus haut : les hommes sont ce qu'ils sont, intrigants, parfois menteurs, mais peu importe, ils restent les instruments de Dieu, surtout s'ils le font dans un désir sincère d'être au service de l'Eglise. Et c'est ce que les deux "camps", lors du concile, ont tenté de faire : intriguer pour que ce soit leurs positions qui soient retenues. Mais à la fin, lors de la promulgation d'une déclaration Conciliaire, il n'y a plus d'opposants, d'intrigants, cela c'est de l'histoire, seul l'enseignement Magistériel demeure.
Il en est de même pour le missel de 1969. Et Peu importe Mgr Bugnini, que Dieu ait son âme.
Ion