Gentiloup - 2009-10-02 13:31:31
Réponse
Cher Monsieur, vous vous adressez à une femme, même si mon pseudo ne le laisse pas paraître.
Voici l'historique sur lequel je me fonde, (sans même remonter au concile).
Vous verrez que la question de la liberté religieuse est la pierre d'achoppement entre Mgr Lefebvre et Rome:
25 janvier 1985 :
- Réunion d’un synode extraordinaire des évêques par Jean-Paul II, afin d’examiner l’application du concile et d’en « favoriser l’insertion constante dans la vie de l’Eglise ».
- Réagissant à cette intention NNSS Lefebvre et de Castro Mayer écrivent au souverain pontife «une solennelle mise en garde». Dénonçant la liberté religieuse et ses conséquences : l’indifférentisme, l’œcuménisme et la complaisance envers les ennemis de l’Eglise. « si le synode ne revient pas sur de telles erreurs », les deux évêques seront amenés à en conclure que «les membres du synode ne professent plus la foi catholique» et que Jean-Paul II «n’est plus le bon pasteur» .
Mais le synode n’en tient aucun compte.
Le 25 janvier 1985 :
- le pape annonce à Assise «une rencontre spéciale de prière» avec toutes les religions du monde. Mgr Lefebvre réagit: «C’est une impiété inqualifiable envers Notre-Seigneur Jésus-Christ».
28 oct 1985
- Premier signe providentiel : Mgr Lefebvre dés l’annonce d’Assise estime, recevoir le premier signe de la Providence qu’il attendait.
En février 1986 :
- après avoir accompli à plusieurs reprises un rite sacré de la religion animiste au Togo, JP II reçoit à Madras, les cendres sacrées de la religion Hindouiste.
Etc, j’en passe de la sorte.
Le 28 octobre 1986 :
- Assise premier signe providentiel.
Mars 1987 :
- 2 ème signe providentiel : dans sa réponse aux Dubia présenté par Mgr Lefebvre, le Cardinal Ratzinger admet que la doctrine de la liberté religieuse est une «incontestable nouveauté».
Juin 87 :
- publication du livre «Ils l’ont découronné»
Sermon du 29 juin :
- «La réponse romaine aux Dubia est le signe que j’attendais, un signe « plus grave qu’Assise » à savoir le découronnement du Christ, « le panthéon de toutes les religions».
14 juillet 87 :
- Mgr Lefebvre est reçu au Saint-Office par le cardinal Ratzinger. Echange oraux au cours duquel Mgr Lefebvre est effondré : un cardinal préfet du Saint-Office veut lui démontrer que l’Etat ne peut pas avoir de religion…
- Le cardinal brandit le schisme et l’excommunication.
- « Le schisme ? Rétorque Mgr Lefebvre. Si schisme il y a, il est bien plus le fait du Vatican avec Assise et votre réponse à nos dubia (….) c’est pourquoi il nous est indifférent d’être excommunié par cette église libérale, œcuménique et révolutionnaire. »
- Cependant ainsi que vous le dites, Rome cède.
- Mais Mgr Lefebvre fait alors sa célèbre déclaration au cardinal Ratzinger : «Eminence, même si vous nous accordiez tout (…) nous ne pourrons pas collaborer parce que nous travaillons dans deux directions séparées : vous vous travaillez à la déchristianisation de la société, de l’Eglise, nous, nous travaillons à la christianisation.»
28 juillet 1987 :
- Nouvelle concession par une lettre du cardinal.
22 août 1987 :
- Mgr Lefebvre réunit ses proches à Fatima pour prendre conseil. Lui est pour les sacres dés le 25 octobre, mais ses proches lui conseillent la prudence.
Le 3 oct. 1987 :
- sous la pression de Jean Guitton, Mgr Lefebvre cède et le dit publiquement à Ecône devant 4000 fidèles.
- Les pourparlers avancent. Tantôt vers un accord, tantôt vers un recul.
4 mai 1988 :
- dans un couvent de la Via Aurélia une déclaration est mise au point, les modalités ne font aucune difficulté. Ces’ alors que le cardinal Ratzinger opine : «Je trouverai bon qu’à Saint-Nicolas-du-Chardonnet à côté de la messe de la Fraternité, il y ait une messe de la paroisse ; l’Eglise est une.»
- C’est alors que Mgr Lefebvre pense: "Ah c’est la cohabitation des rites qu’ils veulent au sein de l’Eglise … conciliaire»
- (…)
5 mai 1988 :
- dans ces dispositions contradictoires, Mgr Lefebvre signe le protocole d’accord.
Dés le lendemain matin :
- il écrit au Cardinal Ratzinger, car il a des doutes et demande des engagements au cardinal à propos des sacres. La fixation d’une date est pour Mgr Lefebvre, le test de la sincérité que Rome ne va pas attendre qu’il meurt de sa belle mort. Mais le cardinal répond à l’évêque de «reconsidérer sa position ».
17 mai :
- le Cardinal écrit à l’évêque d’envoyer une lettre au Saint-Père «sans exiger aucune date»
20 mai 1988 :
- Mgr Lefebvre écrit directement au Pape : Le 30 juin est la date limite pour assurer sa «succession» …
24 mai 1988 :
- il rencontre à nouveau le prélat à Rome : « avant le 1er juin, indiquez-moi les intentions du Saint-Siège sur la consécration de trois évêques, postulée pour le 30 juin. »
- C’est le cardinal Ratzinger qui répond pour Jean-Paul II et la réponse est négative.
Note du 30 mai :
- Mgr Lefebvre écrit: «Le désir du Saint-Siège est de nous rapprocher du Concile et de ses réformes, de nous remettre aussi dans le sein de l’Eglise conciliaire»
Le même jour :
- L’évêque le 30 mai convoque une assemblée au Pontet « un petit concile de la Tradition » pour consultation.
Le jour même :
- par téléphone le cardinal Ratzinger annonce que les candidats à l’épiscopat de Mgr Lefebvre ne conviennent pas.
2 juin 1988 :
- Mg Lefebvre prend sa décision définitive qu’il écrit au pape : «le but de cette réconciliation n’est pas du tout le même pour le Saint-Siège que pour nous, nous croyons préférable d’attendre des temps plus propices au retour de Rome à la Tradition.»
30 juin 1988:
- Sacres de quatre évêques à Ecône. Mgr Lefebvre propose une démonstration de l’état de nécessité : «Je ne suis qu’un évêque de l’Eglise catholique qui continue de transmettre la doctrine (…) tradidi quod et accepi (…)»
Ainsi on le voit bien, tout au long jusqu’à cet ultime discours au début de la cérémonie des sacres c’est bien la doctrine et donc la Liberté religieuse qui fait obstacle à un accord beaucoup plus que la liturgie. Le reste n'est que péripéties en comparaison.
Historique chronologique des événements et de leurs causes d’après le livre de Mgr Tissier de Mallerais : « Marcel Lefebvre » P. 562- 593