une interview bien difficile à
Luc Perrin - 2009-08-30 14:02:02
une interview bien difficile à
interpréter, en dépit de l'apparente simplicité des réponses.
1. le cardinal Bertone est supposé intervenir en réaction aux annonces faites par A. Tornielli, exclusivement relatives à la liturgie romaine dans la Forme ordinaire. Or c'est le seul terrain sur lequel ... il ne dit rien !
La dénégation porte sur différents domaines (oecuménisme, dialogue avec le judaïsme et l'islma, collégialité) qui concernent d'abord ... les discussions avec la FSSPX. C'est un peu comme si, sous le prétexte de "répondre" à Tornielli - sans le faire aucunement -, le cardinal secrétaire d'État saisissait l'occasion pour fixer des "bornes", un cadre général, aux discussions doctrinales que son confrère William card. Levada doit superviser à partir des semaines qui viennent.
2. verrouillage des discussions ?
En campant fortement J. Ratzinger protagoniste de Vatican II et en ajoutant la référence, preuve supplémentaire de l'aspect axial de ce texte - sans doute le plus important de Benoît XVI - à l'allocution du 22 décembre 2005, le cardinal Bertone tend, à mon sens, à rassurer les épiscopats (et au-delà) sur la portée des futures discussions, portée qui ne peut donc être, à ses yeux, que très limitée.
3. Quel rapport avec la liturgie ordinaire ?
L'interview semble un démenti de Tornielli mais sans démentir rien de ce qu'il a écrit qui ne touche que la liturgie. D. Crouan relève à propos des évolutions évoquées par A. Tornielli :
"C'est exactement, semble-t-il, ce que souhaite le Saint-Père: il s'agit d'une modification de nos pratiques qui ne nécessite ni refonte du missel romain actuel, ni remise en cause de Vatican II..."
C'est bien vu, avec un petit bémol : la 3è édition typique de 2002 valorise, certes sans l'imposer, la célébration versus populum, allant à l'encontre des 2 éditions précédentes. Les instructions à l'étude retoucheraient donc bien le missel sur ce point.
Le "démenti" Bertone est donc parfaitement compatible avec les annonces d'A. Tornielli.
Mais, d'autre part, le cardinal Bertone n'a jamais défendu la liturgie traditionnelle et n'a pas particulièrement été favorable à celle-ci quand il fut archevêque de Gênes. Il n'a pas non plus été fortement "ratzingérien" quant à la liturgie romaine ordinaire dans cette période, ni depuis comme secrétaire d'État. Sans diplomatiquement contredire les orientations - c'est le cas de le dire - de Benoît XVI dans le domaine liturgique, ce bizarre "démenti" qui ne dément pas est-il à lire comme un signal d'avertissement ? L'écho de l'opposition à ces orientations précisément, opposition qui a obtenu le départ du très disert Mgr Ranjith remplacé par un très silencieux Mgr di Noia, opposition qui entend freiner voire paralyser le "petit Ratzinger" espagnol en charge de la Liturgie ?
Il me semble que le Cardinal vise d'abord les discussions avec Menzingen mais sans exclure, comme cible collatérale et non première, une possible mise en branle de la réforme de la réforme qu'il ne souhaite pas.