Ennemond - 2009-03-19 23:53:47
Espérance vs inquiétude
L’idée selon laquelle l’ouverture de Benoît XVI serait une parenthèse, bref le dernier train à prendre avant de sombrer dans le séparatisme ne me paraît absolument pas tenir debout. A long terme, c’est une « retraditionalisation » de l’Église qui se profile. La génération des jeunes prêtres l’indique. La Fraternité trouvera toute sa place dans cette œuvre de restauration. Il suffit de considérer le travail effectué en quatre ans pour se convaincre qu’une précipitation n’est pas de mise. Une lame de fond est en train de ruiner progressivement toute la tactique mise en place par les progressistes depuis un siècle. Qu’une réponse hostile se fasse sentir à un moment ou un autre par l’aile opposée ne sera que le chant du cygne d’une génération sans postérité. Aussi, vouloir faire de l’accord de 2006 le dernier type de régularisation ne me paraît vraiment pas visionnaire et un peu trop « ibépécentriste ». Pour ma part, je suis persuadé qu’il en existera d’autres dans l’avenir, beaucoup plus avantageux.
Que Benoît XVI ait fermé la parenthèse Castrillon ne me paraît pas non plus correspondre exactement à la réalité car cette option oublie deux éléments importants : D’abord, le cardinal Castrillon doit partir du fait de ses 80 ans. Ce n’est pas un désaveu mais une nécessité de faire sans lui et donc sans ses propres conceptions. Ensuite, le cardinal Ratzinger n’a jamais vraiment adhéré à la tactique Castrillon. Lui-même avait vu, lors de l’échec du protocole du 5 mai 1988, que les accords pratiques reposaient sur un manque de confiance, en réalité sur un manque de discussions doctrinales. Je vous rappelle que ce protocole avait échoué sur des éléments bien techniques : la constitution de la commission devant gérer la Fraternité, le statut de Saint-Nicolas et la date des sacres.
Sous le pontificat de Jean-Paul II, le cardinal Ratzinger avait maintenu une autre hypothèse : engager des discussions doctrinales. Même en 2003, il relança cette idée auprès de la Fraternité. Mais le préfet de la commission Ecclesia Dei, en charge du dossier avait réimposé sa préférence pour les accords pratiques. Désormais, le cardinal colombien n’est plus en charge du dossier. Benoît XVI est pape et il se trouve parfaitement en phase avec la Fraternité pour aborder des questions doctrinales alors que plusieurs prélats de la Curie, au-delà de la personnalité du cardinal colombien, ne sont pas hostiles à l’idée, loin de là. Cela n’enlève rien au travail qu’a effectué le cardinal Castrillon Hoyos.
Alors s’inquiéter, redouter ce que Mgr Lefebvre demandait dès 1976, c’est-à-dire exposer sa défense, est-ce légitime alors que vous êtes le premier à penser que les temps ont changé ? Estimer que des discussions sur la liberté religieuse et l’œcuménisme sont impossibles, n’est-ce pas manquer singulièrement d’espérance ? Quand on voit, dans le contexte germano-autrichien, à quel point la collégialité est devenue indéfendable pour la Curie romaine ; quand on voit le monde le plus œcuméniste s’en prendre directement au pape, on ne peut au contraire qu’être rempli d’une espérance humaine qui aura tôt fait de rejoindre l’espérance surnaturelle que vous reconnaissez à votre cousin.