et nous retombons sur le même problème
Luc Perrin - 2009-02-14 16:51:07
et nous retombons sur le même problème
insoluble par cette thèse de l'infaillibilité systématique quasi-absolue dans son champ d'application (en cherchant bien on peut soutenir sans doute que le modèle de croix de procession est un élément connexe du Donné Révélé ou un moyen par lequel ce Donné est exprimé ...), infaillibilité permanente et étendue à tous les évêques en prime, il n'y manque plus que le P. Bessière qui vient "d'excommunier" le pape !
Après tout, en tant que prêtre diocésain, le P. Bessière est coopérateur de son évêque, il en est le délégué dans sa paroisse : à moins d'être sanctionné par ledit évêque, en enseignant cela, il participe de façon connexe à l'infaillibilité absolue de son évêque donc ... Benoît XVI est "excommunié !
On voit à quelles absurdités nous amènent les raisonnements déductifs, abstraits, qui ne cherchent pas à rendre compte de l'histoire de l'Eglise, histoire sainte pourtant, "maîtresse de vérité" dixit le Bienheureux Jean XXIII.
La citation de ce théologien d'antan est de ce fait comique - en riant jaune - à l'aune de ce que nous savons des déclarations gravement erronées de certains évêques, d'orientations pastorales qui contredisent textuellement les textes pontificaux d'aujourd'hui :
"Zapelena :
« Le collège épiscopal succédant au collège apostolique, il est infaillible en proposant une doctrine révélée ou liée à la Révélation, comme on l’a vu dans la thèse précédente. Or ce collège ne se trouve pas moins dans le magistère ordinaire ou dispersé des évêques, que dans leur magistère extraordinaire ou conciliaire. Donc les évêques ne sont pas moins infaillibles lorsqu’ils enseignent de manière concordante par leur magistère ordinaire que lorsqu’ils exercent leur magistère extraordinaire ou solennel. Et vraiment, l’assistance et les promesses du Christ ne sont nullement limitées à l’exercice du magistère solennel et extraordinaire ; bien plus, elles regardent plutôt le magistère quotidien des évêques : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps » [Mat. XXVIII, 20]. »
T. Zapelena, De Ecclesia Christi, pars altera, Université Pontificale Grégorienne, 1940 (pp. 60 et suivantes.)."
Comment comprendre dès lors les déclarations erronées du cardinal primat d'Angleterre ? Comment comprendre les instructions pastorales - magistère quotidien de l'évêque - du cardinal de Manille, Mgr Rosales qui contredisent Summorum Pontificum ?
L'hybris infaillibiliste est bien une fièvre maligne qui fait ... perdre le sens commun.
nb. Raoul a raison pour l'usage du magistère extraordinaire du pape en vertu de Pastor aeternus : il n'y a eu qu'une seule proclamation en 1950. En 1994, alors qu'Ordinatio sacerdotalis semblait avoir toutes les conditions requises - intention apparemment de déclarer -, Jean-Paul II a indiqué ensuite qu'il n'avait pas usé de son privilège spécial. La polémique - à connaître pour les fans - a conduit en 1998 au motu proprio Ad tuendam fidem qui précise 3 catégories, si mes souvenirs sont bons, en rapport avec l'infaillibilité. Les débats académiques n'ont pas cessé pour savoir à quelle catégorie appartient tel ou tel texte.
Signalons enfin que la grande question sous-jacente est de savoir ce qui est réformable et irréformable. Plusieurs hiérarques, infaillibles absolument selon le théologien Zapalena, ont déclaré que l'ordination des femmes pourrait intervenir plus tard, alors que Jean-Paul II a bien statué de manière irréformable ... Sans ajouter à cela nos 4 évêques de la FSSPX car là ...s'ils sont de même infaillibles en tout ce qui a trait à leur ministère quotidien (la prédication est essentielle au ministère épiscopal selon la Tradition immuable), alors la confusion sera intégrale. Associons la prédication "infaillible" de Mgr Tissier de Mallerais et celle infaillible du cardinal Vingt-Trois ou du cardinal infaillible Lehmann.
Vu de loin, l'Église serait transformée en asile d'aliénés avec ce genre de thèses.
PS. Pour N.M. le théologien contemporain, non sanctionné, Hermann J. Pottmeyer, spécialiste de Vatican I, prend le contre-pied de l'infaillibilisme extrême et quasi-absolu (en tirant la corde dans l'autre sens par endroit mais il a l'honnêteté de dire quand une formule est susceptible d'une lecture différente de celle qu'il préfère et croit juste) cf. Le rôle de la papauté au troisième millénaire, Cerf, 2001. Vatican I occupe une large place dans l'ouvrage.