Ensuite, de peur, qu'ils ne disent qu'ils étaient exempts de péché, car il était croyable qu'ils le diraient : voyez de quelle manière il les accuse sur ce point. Il passe surtout ce qu'il y a de répréhensible dans leur vie, et se borne à leur représenter le crime qu'ils méditaient actuellement : « Je sais que vous êtes enfants d'Abraham : mais vous voulez me faire mourir ». Insensiblement il les exclut de la famille d'Abraham, leur apprenant qu'ils ne doivent point se vanter d'en être. Comme ce sont les oeuvres qui rendent l'homme libre ou esclave, ce sont elles aussi qui font la parenté. Il ne leur a pas dit tout d'abord : Vous n'êtes point les enfants d'Abraham, cet homme juste, vous qui êtes des homicides ; il leur accorde leur filiation et leur dit : « Je sais que vous êtes enfants d'Abraham », mais ce n'est point là de quoi il est question. Maintenant, il va leur parler avec plus de force et de vigueur. En effet, on peut remarquer en. général que Jésus-Christ, après avoir opéré quelque grande action qu'il avait dessein de faire, parle ensuite avec plus de force et de fermeté, parce qu'alors le témoignage des oeuvres mêmes ferme la bouche aux contradicteurs. « Mais vous voulez me faire mourir ». Et si c'est justement ? Non, certes, c'est pourquoi il en donne la raison : vous voulez me faire mourir, « parce que ma parole ne trouve point d'entrée en vous ». Comment dit-il donc qu'ils ont cru en lui ? Oui, ils ont cru, mais, comme j'ai dit, ils n'ont point persévéré : voilà pourquoi il leur fait une vive réprimande. Si vous vous glorifiez, dit-il, de cette filiation, il faut que votre vie y réponde. Et Jésus n'a pas dit : vous ne comprenez point ma parole, mais : « Ma parole ne trouve point d'entrée en vous » ; en quoi il fait connaître l'élévation et la sublimité de sa doctrine. Mais ce n'est point là une raison de me faire mourir, c'en est une plutôt de m'honorer, afin de vous instruire. Mais si vous dites cela de vous-même ? Pour prévenir cette objection, il ajoute : « Pour moi, je dis ce que j'ai vu dans mon Père, et vous, vous faites ce que vous avez ouï de votre Père ». Comme moi, dit-il, je fais connaître mon Père, et par mes oeuvres et par mes paroles ; de même aussi vous, par vos oeuvres, vous montrez qui est le vôtre. Car non seulement j'ai la même substance que mon Père, mais encore la même vérité. « Ils lui répondirent : Nous avons Abraham pour père. Jésus leur repartit : Si vous aviez Abraham pour père, vous feriez ce qu'a fait Abraham ; mais maintenant vous cherchez à me faire mourir ». Jésus-Christ leur reproche souvent ici leur humeur sanguinaire, et leur parle d'Abraham : mais c'est pour leur déclarer qu'ils se sont exclus de sa filiation, pour rabaisser leur vanité, leur en marquer l'inutilité et les convaincre qu'ils n'y doivent point mettre l'espérance de leur salut, ni compter sur une alliance charnelle, mais sur l'alliance spirituelle que produit la bonne volonté. C'était là ce qui les empêchait de s'attacher à Jésus-Christ : ils s'imaginaient qu'une si grande alliance leur suffisait seule pour les sauver.
Il faudrait tout citer, y compris l’homélie suivante, mais vous voyez l’idée : les juifs seront grands quand ils cesseront de s’enorgueillir de leur filiation charnelle. En attendant, Jésus les exclut de la filiation d’Abraham. Ce sort risque fort d’être le nôtre, à présent que nous avons massivement abandonné l’alliance spirituelle... Je vais devoir m’absenter, mais je voudrais encore citer ce merveilleux passage du récit de la conversion de Judith Cabaud (Sur les balcons du ciel) où elle nous montre sa mère qui, dans l’espoir de lui faire rencontrer un mari, l’emmène dans “un des hôtels kaschers et luxueux des monts Catskill” :Ainsi nous recommencions : peuple incrédule mais toujours aimé de Dieu, nous adorions le veau d’or dans le désert mystique de la moderne Amérique, après avoir été délivrés des camps de concentration et des persécutions de l’Egypte, d’Hitler et de Staline.
Ainsi nous recommencions... Mais Judith suivra une tout autre voie après sa conversion : un mari catholique, une nombreuse famille, la vie de la ferme, dans une ambiance musicale et conviviale, à mille lieues des aspirations si communes au peuple à la nuque raide, et à tous les peuples qui le suivent aujourd’hui dans l’adoration de Mammon ... V.