Oui !
olo -  2009-02-03 12:20:01

Oui !

Deux choses : 1) Effectivement le récit de la "Shoah" , comme ce nom l'indique, a pris dans la civilisation contemporaine la place qu'avait celui de la Passion dans la chrétienté ; les plaques commémoratives ont remplacé les calvaires, et les manifestations mémorielles (cinéma, événements) les grand-messes. Il est effectivement impossible à un chrétien d'adhérer à cette "religion" qui fait sortir le génocide Juif du champ historique pour en faire un mystère singulier jusqu'à l'incomparable, l'inefffable, le transcendant. Cependant. 2) Ce n'est pas parce qu'elle est devenue le "mythe fondateur" de la civilisation moderne que la "Shoah" cesse d'être un fait historique, et ceux-ci sont tétus. Le christianisme a promu la philosophie réaliste, c'est une conséquence de l'incarnation. Il faut donc partir du fait afin de savoir comment l'appréhender. Or ce fait est effectivement singulier. Différent des phénomènes de persécutions que les nazis ont pu avoir envers les résistants ou catholiques qui leurs résistaient. Il consiste , comme l'a montré René Girard en l'ultime tentative historique de restauration intégrale du système païen : la cohésion sociale, mise à mal par la violence mimétique est restaurée par le sacrifice d'une victime expiatoire dont le caractère humain est dissimulé aux peuples sous le masque de la caricature grimaçante pour ôter toute compassion à son égard. Dans ce système, il n'y a pas beaucoup de bourreaux mais énormément de complices, à des degrés divers. C'est ce système dont le récit de la passion révèle et dénonce les mécanismes. Le chrétien ne doit pas être désarçonnés par le fait que cette persécution se soit dirigée vers les juifs et non les chrétiens : en réalité, c'est afin de déraciner radicalement le christianisme et sa spiritualité sémitique et compassionnelle qu'Hitler abhorrait que son ressentiment s'est porté sur ce peuple. En voulant faire des chrétiens les complices de ce crime, il a fait le choix le plus diaboliquement intelligent. Cela n'aurait pas été possible sans la profonde déchristianisation qui a touché l'occident lors des siècles précédent. Seule cette déchristianisation en profondeur a permis qu'en France, des jeunes défilent impunément au cri de "mort aux Juifs" (cf Maurice Pujo : Les Camelots du Roi, 1933), sans se douter , à leur décharge que l'invective puérile devienne quelques années plus tard réalité industrielle. Oui, une partie du mouvement contre-révolutionnaire, en se déchristianisant, en se rationalisant, a versé dans un antijudaïsme de type nouveau, ou plutôt un antisémitisme vieux comme Titus et c'est tout à l'honneur de vrais chrétiens comme Bernanos d'avoir rompu avec cette pensée, au début pure posture littéraire, avant qu'il ne soit trop tard. On ne peut que constater que le négationnisme trouve entre autres un terrain favorable chez ceux qui refusent de porter un regard critique sur les dévoiements de la pensée contre-révolutionnaire. Ce fait, soit on l'accepte en prenant de la hauteur et on en tire du fruit, soit on verse dans le déni de réalité réconfortant. Mais je persiste à penser que l'on n'a rien à perdre à l'accepter dans l'intégralité de ses conséquences. Le décalogue nous invite à honorer père et mère ; et on honore davantage la mémoire de nos aïeux ou devanciers à aimer la Vérité - cet amour est la meilleure chose qu'ils nous aient laissé en héritage- que de dissimuler leurs erreurs ou aveuglements.