Merci
Abbé Guillaume de Tanoüarn -  2009-01-09 19:01:50

Merci

A tous mes critiques, Gentiloup, Anaclet, Scribe et Mzbg. Ils m’apportent beaucoup et donnent le témoignage d’une véritable qualité spirituelle et intellectuelle dans un échange resté toujours courtois. Oh ! Gentiloup ne m’a pas ménagé. Mais cette attaque frontale est si féminine que, je crois, j’aurais tort de m’en offusquer. « Tout est permis » me faites vous dire. Si l’on ne respecte pas la parole de Grégoire XVI, pape traditionnel, où va-t-on ? Je pourrais vous répondre que saint Paul disait déjà « Tout est permis » dans la Première aux Corinthiens. Il voulait libérer ses fidèles de l’esclavage de la Loi (on pourrait dire ici : de la facilité des citations). Mais une telle libération suppose une ouverture de l’esprit humain à l’Esprit divin. « tout est pur pour les purs », tout est permis, du moment que l’on se laisse habiter par l’esprit du Christ. Tout est pensable, sans avoir égard à ce que Cajétan appelait « le torrent des docteurs », du moment qu’on laisse la vérité nous envahir. C’est ce que l’on nomme la foi. Cher Anaclet, remerciez de ma part le prêtre de l’Institut Mater Boni Consilii de m’avoir donné son placet sur le statut inductif de la théologie d’après le Père Guérard des Lauriers. Je crois que c’est justement ce qu’il voulait dire : la théologie n’est pas une science qui se déduit de citations. C’est un savoir qui se construit à partir du texte sacré : theologia id est sacra Sriptura disait Cajétan. Dieu nous veut dans le grand bain de sa Parole, sans peur. Vous m’expliquez que la théorie dite de Cassiciacum sur le pape materialiter et non formaliter est née de cette liberté conceptuelle revendiquée. Je le crois aussi. Pour ceux qui s’inquièteraient de cette trop grande liberté, je dirai que chez le Père Guérard, la liberté n’est jamais allé plus loin qu’au nom de la fidélité. Avait-il raison ? Lorsque le Père de Blignière répétait : la théorie de Cassiciacum vaut pour quinze ans, il était aussi dans cette perspective théologique libre et fidèle, foncièrement inductive, qui part « des faits pourvu qu’ils soient bien observés ». Il y a une chose que l’on ne pourra jamais retirer au Père Guérard : il est parti de l’idée que la contestation traditionaliste devait avoir des principes clairs sur l’autorité dans l’Eglise. Non pas mettre l’autorité entre parenthèses et faire comme si elle n’existait pas, car la situation traversée par l’Eglise du Christ après le Concile provenait évidemment de décisions prises par l’autorité. Comment penser son statut ? La thèse que je tiens actuellement sur la légitimité du rite nouveau est issue de cette préoccupation, comme l’a bien senti le prêtre dont j’ai demandé à mon webmestre de publier le texte sur le Metablog (site cccsp). On ne peut pas faire une théorie sur la messe nouvelle « mauvaise » qui fasse abstraction de toutes considérations sur l’autorité. La théologie sacramentelle ne suffit pas, si l’on veut poser correctement le problème de la réforme liturgique dans toute son ampleur. M’appuyant sur Cajétan, je propose une autre perspective inductive sur la réforme liturgique. Cajétan souligne qu’au sens le plus fort de ce terme, le pape a un droit divin sur la liturgie. Sa réforme (la réforme qui n’est pas pour rien appelée messe de Paul VI) est donc une réforme qui oblige l’Eglise à la reconnaître comme légitime. Contre cette théorie, vous citez le Père Guérard disant : « Le pape doit respecter la messe ». C’est un devoir moral pour le pape de respecter les formes ancestrales de la messe, certes. Mais une fois que la Révolution (c’est un mot du Père Gy expert en la matière), oui une fois que la Révolution papale a eu lieu, que fait-on ? Il est trop tard pour rappeler au pape son devoir moral. Il est temps de considérer cette loi comme une loi posée en vertu d’un droit divin et qui oblige comme telle. On n’est pas obligé de célébrer selon le nouveau Missel puisqu’il en existe un autre qui est pleinement ecclésial comme le rappelait Benoît XVI dans son Motu proprio. Les critiques théologiques qu’on doit adresser à ce Missel sont suffisamment importantes pour ne jamais être tenues pour négligeables. Mais, en revanche, il est absurde de tenir une loi, issue du droit divin de l’Eglise subsistant dans le Souverain pontife, pour une loi « intrinsèquement mauvaise ». Ce dernier paragraphe décrit le fil du rasoir sur lequel nous nous trouvons. (Réponse à Scribe et à Mzbg tout à l’heure)