L'argument de saint Robert...
Vianney - 2009-01-01 15:12:13
L'argument de saint Robert...
...Bellarmin est incontestablement catholique, cher Marchenoir : il s'appuye sur cette vérité rappelée au concile Vatican I que le Saint-Esprit n'a pas été promis aux successeurs de Pierre pour enseigner une nouvelle doctrine, mais pour exposer fidèlement la Révélation reçue par les apôtres.
Je vous accorde que certains des arguments employés par la plupart des traditionalistes sont beaucoup plus approximatifs, voire inexacts, et que paradoxalement ils contribuent ainsi à ébranler les fondements de l'autorité de l'Église Mater et Magistra, qu'ils devraient être les premiers à défendre.
Mais il n'empêche qu'à certaines époques de l'histoire, il est arrivé que des catholiques éminents, et même des saints, soient amenés à condamner certaines déclarations du pape régnant, au point de menacer de se retirer de son obédience au cas où le pape s'obstinerait dans son erreur.
L'un des exemples les plus connus est celui du pape Pascal II à qui l'empereur Henri V avait extorqué des concessions contraires à la doctrine catholique dans la question des investitures. Des cardinaux, des évêques et des saints lui firent des remontrances. Saint Bruno, évêque de Segni et abbé du Mont-Cassin, écrivit au pape : « Seuls sont catholiques ceux qui ne s'opposent pas à la foi et à la doctrine catholique, et ceux qui s'opposent obstinément à la foi et à la doctrine catholique sont hérétiques ». Un concile auquel participèrent saint Hugues de Grenoble et saint Godefroy d'Amiens annula les décrets signés par Pascal II et lui envoya une lettre où l'on peut lire : « Si, comme nous ne le supposons absolument pas, vous choisissez une autre voie et si vous refusez de ratifier les décisions de notre autorité, que Dieu vous vienne en aide, car alors vous nous détacherez de l'obéissance envers vous ».
Il est encore plus remarquable que ceux qui s'opposèrent à ces évêques, notamment saint Yves de Chartres, ne contestèrent pas le principe de leur démarche, mais seulement que la conduite du pape y ait effectivement donné lieu. Du reste, en réaffirmant courageusement son opposition à l'investiture des évêques par le pouvoir temporel, Pascal II donna en fin de compte raison aux évêques protestataires. « Dieu soit loué, s’écria alors saint Bruno, car voilà que c'est le pape lui-même qui a condamné ce prétendu principe, lequel est hérétique » (Patrologia Latina, tom. 164, col. 119).
Sur la base de ce précédent et d'autres semblables, on peut donc penser, sans être particulièrement qualifié en théologie, que les protestations de Mgr Lefebvre et de Mgr de Castro Mayer se justifient, au moins dans leur principe. La différence avec Pascal II, c'est que Jean-Paul II n'y a apporté aucune réponse, ni en 1983, ni en 1986 après Assise. Cependant, les faits actuels confirment les reproches adressés par les deux prélats. Ainsi, tout récemment encore, un cardinal très haut placé a affirmé la compatibilité de la foi catholique et de la croyance judaïque, sans encourir le moindre désaveu. Et d'une manière quasi générale, c'est toujours une ligne de tolérance du mal qui, au nom de la collégialité, ravage l'Église, du sommet à la base. Je ne parle même pas des réunions oecuméniques scandaleuses, en complète opposition avec la ligne de conduite traditionnelle rappelée par Pie XI dans Mortalium Animos...
Une dernière remarque, si vous le voulez bien. Vous êtes convaincu que les traditionalistes partent du postulat que les autorités se trompent depuis quarante ans. En fait, c'est plus compliqué que cela. Certes, leurs espoirs sont régulièrement déçus. Mais on peut néanmoins constater qu'après l'élection de chaque nouveau souverain pontife, une vague d'espoir anime la plupart d'entre eux : Paul VI allait corriger les erreurs de Jean XXIII, Jean-Paul Ier celles de Paul VI (même le Père Barbara l'a espéré un moment !), Jean-Paul II allait réconcilier Vatican II avec la Tradition (ce qui encouragea d'ailleurs Mgr Lefebvre à rompre avec les sédévacantistes), et je ne dois certainement pas vous rappeler l'enthousiasme soulevé par le Motu Proprio de Benoît XVI bien avant sa promulgation. Ce simple constat suffit à montrer que, bien loin de se satisfaire de la situation actuelle, le traditionaliste reste instinctivement « papiste ».
En vous remerciant pour vos bons voeux, je souhaite à mon tour que Dieu vous comble de ses grâces en 2009, ainsi que tous ceux qui vous sont chers.
V.