Bertrand - 2008-12-31 12:48:30
St Augustin ...
3. « Vous m’avez protégé contre l’assemblée des méchants, contre la multitude de ceux qui commettent l’iniquité 1». Ici, portons nos regards sur notre chef. Beaucoup de martyrs ont pu, à juste titre, se plaindre des procédés des méchants et des pécheurs, mais nul -d’entre eux n’a eu à souffrir, de leur part, autant que le Sauveur: en considérant ce qu’il a enduré, nous comprendrons bien mieux ce qu’ils ont supporté. Il a été protégé contre l’assemblée des méchants: Dieu lui accordait son secours; il n’a pas lui-même abandonné son corps à la volonté perverse des pécheurs : Fils de Dieu incarné, Fils de Dieu et Fils de l’homme tout ensemble, Fils de Dieu à cause de la substance divine qu’il possédait, Fils de l’homme, à cause de la forme d’esclave dont il s’était revêtu 2, il le protégeait: car il avait le pouvoir de donner sa vie et de la reprendre 3. Quel mal ses ennemis ont-ils pu lui faire? Ils ont fait mourir son corps, mais ils n’ont pu faire mourir son âme. Veuillez remarquer ceci. C’eût été peu pour lui d’exciter de bouche ses disciples au martyre: il fallait qu’il leur prêchât d’exemple: ses leçons n’en devaient être que plus puissantes sur leurs coeurs. Vous savez quelles étaient ces assemblées de méchants: c’étaient celles des Juifs; vous connaissez l’iniquité de cette multitude de pécheurs: elle a consisté dans le dessein formé par eux de faire mourir Notre-Seigneur Jésus-Christ. « J’ai opéré sous vos yeux un si grand nombre de bonnes oeuvres: pour laquelle voulez-vous me mettre à mort 4 ? » Il avait supporté patiemment les indiscrets empressements de tous leurs malades, guéri tous leurs infirmes, prêché au milieu d’eux la parole de Dieu; il avait mis le doigt sur leurs vices pour leur en inspirer la haine, et non pour leur faire détester le médecin, qui voulait leur rendre la santé de l’âme: au lieu de lui témoigner de la reconnaissance pour tant de guérisons, ils se montrèrent ingrats : à les voir s’emporter contre lui, on eût dit qu’une fièvre violente leur avait ôté le sens, et qu’une sorte de rage les animait à l’égard du bienveillant médecin, qui était venu apporter un remède à leurs maux : ils formèrent donc le projet de le perdre, comme s’ils voulaient s’assurer de ce qu’il était: un homme, comme les autres, sujet à la mort, ou un homme supérieur aux autres, et à l’abri des coups du trépas. Le livre de la Sagesse de Salomon a prédit les paroles qu’ils prononcèrent alors : « Condamnons-le à mourir d’une mort infâme : éprouvons si ce qu’il a dit est véritable. S’il est le Fils de Dieu, que Dieu le délivre 1 !» Voyons ce qu’il en est advenu
4. « Ils ont aiguisé leurs langues comme une épée. Les dents des enfants des hommes sont comme des armes et des flèches: leur langue est comme une épée perçante 2». Ce que le Psalmiste dit ailleurs, nous le retrouvons ici : « Il ont aiguisé leur langue comme une épée ». Que les Juifs ne disent pas : Nous n’avons pas fait mourir le Christ. Car s’ils l’ont traduit au tribunal de Pilate, c’était afin de rejeter sur le gouverneur romain l’odieux de la condamnation du Sauveur, et de n’être point eux-mêmes accusés. En effet, lorsque Pilate leur dit: « Faites-le vous-mêmes mourir», ils lui firent cette réponse: « Il ne nous est permis de faire mourir personne 3 ». Leur dessein était donc de faire peser sur un seul, sur le juge, toute la responsabilité de leur crime; mais pouvaient-ils tromper le souverain Juge ? Ce qu’a fait Pilate pèse donc sur lui dans la proportion de la part qu’il a prise à la perpétration du déicide. Mais, si l’on compare sa conduite à celle des Juifs, il est de beaucoup moins coupable qu’eux. Autant que possible, il insista en sa faveur pour le tirer de leurs mains : dans cette intention, il le fit flageller et le présenta tout ensanglanté à leurs regards. En le soumettant au supplice de la flagellation, ce faible juge n’avait certainement pas la volonté de se déclarer contre Jésus et de lui faire du mal : ce qu’il avait en vue, c’était de donner à leur fureur’ une sorte de satisfaction; il s’imaginait qu’en le voyant meurtri de la sorte, ils s’adouciraient un peu et se désisteraient de leur projet homicide 1. Il suivit donc ce plan de conduite, mais s’apercevant qu’ils persévéraient dans leurs idées sanguinaires, il lava ses mains, vous le savez, et il déclara qu’il n’était pour rien dans la condamnation de cet homme, et qu’il était innocent de sa mort 2. Néanmoins, il le condamna. Il agit contre son gré, et tout le monde lui impute l’injustice de celte condamnation; et ceux qui l’ont forcé à rendre l’inique sentence seraient innocents ! Oh ! non, Pilate a prononcé le verdict; il a donné l’ordre de crucifier Jésus; il l’a, en quelque sorte, tué de sa main : mais, en réalité, ô Juifs, c’est vous qui lui avez donné le coup de la mort. Et comment lui avez-vous ôté la vie ? De quel instrument vous êtes-vous servi? Du glaive de votre langue, car vous l’avez aiguisée comme une épée. Et à quel moment avez-vous frappé votre victime? C’est lorsque vous vous êtes écriés : « Crucifie-le, crucifie-le 3 !»
Commentaire du psaume 63, Office des Ténèbres du Vendredi Saint