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dominique bontemps -  2008-11-20 09:21:57

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1/ Léon XIII dit qu’il n’est jamais juste d’exposer à la vue ce qui est contraire à la vérité et à la vertu, et qu’il est encore moins juste de protéger par la loi celui qui exposerait cela.

Oui.

S’il ne parle pas de tolérance c’est parce qu’en l’occurrence il ne peut y en avoir puisqu’on parle de Justice, et non de charité ou de prudence.

Non, c'est tout simplement qu'il n'en parle pas. le reste n'est pas dans l'Encyclique. En l'occurrence il explique pourquoi la liberté de penser et d'imprimer "n'importe quoi, sans modération" est mauvaise, il ne traite pas des cas où on pourrait la tolérer.

En justice, il n’est donc pas question de tolérance. Léon XIII enseigne dans Libertas que : « La tolérance du mal appartenant aux principes de la prudence politique, doit être rigoureusement circonscrite dans les limites exigées par sa raison d’être, c’est-à-dire par le salut public »

Citons la phrase suivante de l'encyclique, qui en éclaire le sens :

C'est pourquoi, si elle est nuisible au salut public, ou qu'elle soit pour l'Etat la cause d'un plus grand mal, la conséquence est qu'il n'est pas permis d'en user, car, dans ces conditions, la raison du bien fait défaut. Mais, si, en vue d'une condition particulière de l'Etat, l'Eglise acquiesce à certaines libertés modernes, (...)

Là le pape parle des conditions où il conviendra de tolérer les fausses libertés libérales. Tout d'abord, il dit que leur tolérance, même si elle est parfois justifiée par le salut public, ne doit pas s'étendre jusqu'à mettre en péril ce même salut public. En revanche, Léon XIII ne nie pas qu'il y ait d'autres cas où c'est un devoir de justice qui nous oblige à laisser faire certains maux, pour ne pas violer un autre droit du sujet (cf les deux exemples donnés auparavant). Cela n'est tout simplement pas évoqué ici, parce que les fausses libertés condamnées au XIXe ne rentraient pas dans ce schéma.

3/ Vous confondez « justice des hommes, justice civile » avec vertu de Justice. La personne qui agit en privé ne relève pas de la justice civile. Au regard de la vertu de Justice, elle n’a pas pour autant le droit de faire ce qu’elle fait. Le droit de propriété est un droit social.

La personne en question n'avait évidemment pas le droit de le faire, nous sommes tous d'accord ! En revanche elle pouvait exiger en justice qu'on ne viole pas son droit de propriété pour l'en empêcher, et donc qu'on la laisse faire. Et la vertu de justice m'interdit de violer sa propriété. Les deux exemples que j'ai donnés sont en effet dans des domaines différents, mais ils illustrent le principe que vous semblez nier : il y a des cas où la vertu de justice exige qu'on laisse faire certains maux.

Ce n’est donc pas, contrairement à ce que vous écrivez, un droit civil que défend DH. C’est beaucoup plus que cela.

Là c'est vous qui m'avez mal compris : lorsque je dis que DH affirme un droit civil, je ne nie pas du tout qu'il soit la conséquence d'un droit naturel ! Je suis d'accord avec vous sur ce point : DH affirme un droit naturel, le respecter relève de la vertu de justice.

Un droit naturel fondé sur la dignité humaine ne peut jamais être restreint par de justes limites ou un ordre public juste.

Là je ne vois vraiment pas pourquoi : tout droit, même naturel, doit être circonscrit à l'intérieur de justes limites, de peur que l'abus qu'on pourrait en faire ne porte atteinte aux autres droits, à la vraie paix publique dans la justice, ou à la moralité publique objective (je paraphrase les "justes limites" de DH).

Eh oui, même si je ne nuis à personne, ma liberté peut être contrainte.

Nous sommes tous d'accord avec Benoît XV sur ce point. Même les vraies libertés, celles qui ne sont pas des "libertés en matière religieuse de penser et de répandre tout ce que l'on veut", doivent être limitées plus sérieusement que par la seule nuisance à autrui.