C’est Saint Front qui trouble l’ordre public. (...) c’est Saint Aberce qui trouble l’ordre public. (...)
1. L'ordre public juste de DH, ce n'est pas la tranquillité publique ! En particulier, il est parfois nécessaire de bousculer la tranquillité publique pour restaurer la justice ou la moralité publique. 2. On pourrait défendre l'idée que c'est à bon droit qu'on peut présumer, en raison du caractère grossier de l'idolâtrie, que les idolâtres n'agissent pas "selon leur conscience", même erronée, mais "contre leur conscience". (C'est une piste possible, je n'ai pas encore assez réfléchi pour savoir si elle est à suivre). 3. En raison des nombreux abus terrifiants qui accompagnent habituellement l'idolâtrie et de la grave faute morale et publique qu'elle est, l'idolâtrie est contraire à l'ordre public juste, et sort donc des justes limites du droit à la LR. 4. Dans plusieurs de vos exemples, les saints ne violent rien du tout, mais éclairent les gens : ils utilisent la destruction des idoles comme argument apologétique ("voyez, ces idoles sont incapables de se défendre elles-mêmes"), avec le consentement des idolâtres ; parfois même ce sont les idolâtres convertis qui détruisent leur ancien temple. 5. D'autres exemples sont des cas où les idoles sont détruites comme moyen de protestation contre la persécution religieuse (légitime défense). Comme dans l'exemple précédent, cela ne couvre cependant pas tous les cas que vous soumettez : mais les raisons données plus haut s'appliquent elles aussi. 6. Concernant saint Vincent Ferrier, il ne s'agit plus d'idolâtrie. Au passage, ce texte est plutôt en faveur de DH ![Saint Vincent Ferrier] ne reconnaît donc à l’évidence pas un droit naturel à l’immunité de toute contrainte.
Dit comme ça, DH non plus ! Les justes limites de DH légitiment une restriction de l'usage du droit à la LR, lorsqu'elles sont violées. Et saint Vincent pensait que les Juifs abusaient de leur position dominante contre les chrétiens. 7. Concernant saint Casimir, je crains de n'avoir pas assez d'information. Mais rien n'empêche de penser qu'il y avait de légitimes raisons, compatibles avec DH, de limiter l'usage du droit à la LR des Ruthènes. Plus généralement, je tiens à souligner qu'on ne peut pas tirer de tous ces exemples une contradiction nécessaire avec DH. Dès lors, je crois que refuser l'enseignement du Magistère contemporain est illégitime. 8. Les hagiographies ne sont pas des textes magistériels. En particulier, les raisons qu'elles utilisent pour justifier ou louer les actions des saints ne sont pas forcément les bonnes raisons. Elles peuvent laisser de côté les circonstances essentielles qui permettent de justifier réellement les actions des saints. Dans la même veine, l'essentiel du martyr n'est pas de l'avoir obtenu en détruisant des idoles, mais d'avoir prouvé son amour du Christ en acceptant la mort avec un esprit évangélique (en disant cela, je n'entend pas non plus désapprouver les éventuelles destructions d'idoles des martyrs).Vous opposiez à Vianney les arguments suivants : 1./ « même en admettant qu'ils aient parfois violé le droit à la LR, ils étaient de bonne foi et cela les excuse. Ainsi il y a des saints canonisés malgré des actes matériellement erronés commis en toute bonne foi, à cause de l'immense amour de Dieu dont ces actes ne sont que le signe. » Cet argument tombe à l’évidence lorsqu’on voit le soutien divin apporté à Saint Aberce et Saint Martin, ainsi que l’exemple de Saint Gall qui regrette même de ne pas être allé plus loin dans son action.
Il tombe dans ces cas-là, pas nécessairement dans les autres cas. Si Dieu approuve leur action, c'est qu'elle était légitime dans les circonstances où elle a été posée. Cela peut être en raison de l'un ou plusieurs des arguments donnés plus haut.2./ « En limitant l'exercice public du droit à la LR, ou dans leur charge d'inquisiteurs, ces saints ne faisaient qu'appliquer par avance le principe des justes limites. » A l’inverse du cas des Inquisiteurs agissant en période de souveraineté catholique et contre des hérésies qui troublent « l’ordre public juste de DH », nous avons ici pléthore d’exemples où les Saints agissent en période de souveraineté païenne, violent de le droit à la LR des dits païens, et se soucient bien peu des justes limites et de l’ordre public.
a. Comme souligné plus haut, l'ordre public juste n'est pas la tranquillité publique : même lorsque le catholicisme n'est pas reconnu, il se peut que les païens le violent de diverses façons. b. Demander que ces saints se soucient "des justes limites et de l’ordre public" serait un grave anachronisme : ils ne peuvent pas justifier leur actions en utilisant les concepts des développements doctrinaux qui ont eu lieu quelques siècles plus tard ! En revanche, leur action objectivement bonne alors reste bonne maintenant, en raison des justes limites même si on ne le sait pas.