pas de devoir absolu de réprimer
dominique bontemps -  2008-11-19 18:27:10

pas de devoir absolu de réprimer


Il y a décidément quelque chose que je n’arrive pas à comprendre dans votre façon de lire un texte. Le texte dit « Quelle que soit (quaecumque) la contradiction à la vertu et à la vérité, il n’est pas ‘juste’ (aequum) de la protéger par la loi ». Vous lisez : « Il ne faut pas comprendre le passage que vous soulignez comme une affirmation absolue du devoir de réprimer les erreurs dans le domaine religieux » Mais si justement ! (...)

Léon XIII n'affirme pas un devoir absolu de réprimer les erreurs : il dit qu'il ne faut pas les "protéger par la loi". On protégerais les erreurs si on leur accordait une approbation positive, ou à la rigueur si on les tolérait sans raison proportionnée. Vous avez admis déjà que Léon XIII n'entendait pas ici interdire la tolérance justifiée, même instituée dans la loi : c'est en particulier cela que je dis ici.

Mais toute votre confusion vient du point suivant : il s’agit d’un devoir de charité et de prudence – le devoir de tolérance en vue du bien commun – , pas d’un devoir prescrit par la vertu de Justice. C’est bien le sens du mot « aequum » de Léon XIII en l’occurrence : équitable renvoie à la vertu de Justice, et il n’est jamais juste de mettre au jour ce qui est contraire à la vertu et à la vérité, et encore moins de le placer sous la protection de la loi.

1. Là, pour le coup, c'est vous qui extrapolez largement le texte de Léon XIII : ici le pape condamne la liberté de penser et d'imprimer "n’importe quoi, sans aucune modération", il ne parle pas de tolérance ! Ce que Léon XIII dit ici, c'est que "protéger par la loi" ce qui est contraire à la vertu et à la vérité, c'est injuste. Mais dans "protéger", le pape n'entend pas inclure la tolérance justifiée. A fortiori, Léon XIII ne se soucie pas ici de préciser si l'éventuelle justification de la tolérance relève de la charité ou de la justice ! 2. Votre raisonnement va donc au-delà de l'enseignement que Léon XIII nous donne ici. Vous ne pouvez pas vous réclamer du Magistère sur ce point. Votre raisonnement n'est mérite pas moins une réponse, que je donne ci-dessous. 3. Il n'y a rien d'évident à ce que le devoir de tolérer ne relève jamais de la vertu de justice. Si en réprimant l'erreur on viole un autre droit de celui qui est dans l'erreur, le devoir de tolérer relève de la justice. Deux exemples pour illustrer cela : Un premier exemple trivial, dans un tout autre domaine : supposons que mon voisin utilise sa maison pour s'y livrer à la débauche, mais sans nuire par ailleurs à l'ordre public juste (ça se passe chez lui, sans scandale, entre adultes consentant, etc.). Alors j'ai le devoir en justice de le laisser faire pour ne pas violer son droit de propriété. Un autre exemple, très proche conceptuellement du droit à la LR de DH, déjà évoqué ici et : j'ai le devoir en justice de ne pas empêcher des parents non-catholiques d'éduquer leurs enfants dans leur religion erronée.

Léon XIII condamne un droit civil protégeant les manifestations extérieures publiques des erreurs religieuses. DH réclame ce même droit comme fondé sur un droit naturel.

Plus exactement, Léon XIII condamne le droit civil de penser et d'imprimer "n'importe quoi, sans aucune modération". DH affirme un autre droit civil, très différent pour différentes raisons déjà évoquées. Ces deux points ont fait l'objet d'amples discussions plus haut dans le fil de discussion, je n'y reviens pas.