Hélas ! Toujours non !
Meneau -  2008-11-19 15:17:43

Hélas ! Toujours non !

Il y a décidément quelque chose que je n’arrive pas à comprendre dans votre façon de lire un texte. Le texte dit « Quelle que soit (quaecumque) la contradiction à la vertu et à la vérité, il n’est pas ‘juste’ (aequum) de la protéger par la loi ». Vous lisez : « Il ne faut pas comprendre le passage que vous soulignez comme une affirmation absolue du devoir de réprimer les erreurs dans le domaine religieux » Mais si justement ! En justice, c’est un devoir ! Vis-à-vis de la vertu de justice, il n'y a pas de place pour la tolérance. Reprenons par un autre bout :

On devra tolérer dans de justes limites certaines manifestations extérieures des erreurs religieuses, mais jamais accorder un droit à la liberté de penser et d'imprimer "n'importe quoi, sans aucune modération". Le premier point est DH, l'autre Léon XIII : ils ne disent pas la même chose, mais se complètent et s'éclairent l'un l'autre.

Je suis d’accord avec votre première phrase. Mais c’est la deuxième phrase que je récuse : DH dit cela, mais DH dit beaucoup plus que cela ! Si DH ne disait que cela, il n'y aurait pas de problème. On devra tolérer, disons-nous. Il s’agira donc d’un devoir de l’Etat. Mais toute votre confusion vient du point suivant : il s’agit d’un devoir de charité et de prudence – le devoir de tolérance en vue du bien commun – , pas d’un devoir prescrit par la vertu de Justice. C’est bien le sens du mot « aequum » de Léon XIII en l’occurrence : équitable renvoie à la vertu de Justice, et il n’est jamais juste de mettre au jour ce qui est contraire à la vertu et à la vérité, et encore moins de le placer sous la protection de la loi. Ne s’agissant pas d’un devoir de justice, il ne s’agit donc pas, en corrélat, d’un droit – en justice – qu’aurait la personne à ne pas être empêchée d’agir. Autrement dit, si je contreviens à ce prétendu droit de ne pas être empêché d’agir (nous parlons toujours du for externe public uniquement, bien sûr), je ne lèse d’aucune façon la vertu de Justice. Et pourtant, DH réclame bien un tel droit en tant que droit naturel fondé sur la dignité humaine, droit qui devrait se traduire par un droit civil inscrit dans la loi. Donc précisément un droit qui se rapporte à la vertu de Justice. Léon XIII condamne un droit civil protégeant les manifestations extérieures publiques des erreurs religieuses. DH réclame ce même droit comme fondé sur un droit naturel. Selon votre lecture de DH, Léon XIII condamnait donc un principe du droit naturel. Cordialement Meneau