Le problème n'est pas tellement que le texte de Léon XIII laisse la place à une permission négative (...), le problème est que DH en fait un droit, un droit naturel inviolable !
Ce passage de Léon XIII laisse la place à une permission négative justement limitée dans la mesure où il ne la condamne pas : il parle d'autre chose. DH affirme un droit à la permission négative justement limitée : cela n'est pas non plus condamné dans ce passage, toujours pour la même raison (ce passage parle d'autre chose).Et d'ailleurs, comme je vous l'ai montré, la condamnation est beaucoup plus large que la simple condamnation de la "liberté de penser et d'imprimer n'importe quoi, sans aucune modération". (...) En revanche, la condamnation, un peu plus loin, porte bien sur "Quæcumque sunt igitur virtuti veritatique contraria".
Vous faites là une double erreur d'interprétation : 1. Il ne faut pas comprendre le passage que vous soulignez comme une affirmation absolue du devoir de réprimer les erreurs dans le domaine religieux : cette phrase est un argument qui explique pourquoi doit être condamnée la liberté de penser et d'imprimer "n'importe quoi, sans aucune modération", et c'est cette fausse liberté qui est visée ici. Ce contexte est encore rappelé très clairement juste après la phrase que vous soulignez :L'Etat s'écarte donc des règles et des prescriptions de la nature, s'il favorise à ce point la licence des opinions et des actions coupables, que l'on puisse impunément détourner les esprits de la vérité et les âmes de la vertu.
2. Lorsque le pape dit "Par conséquent, tout ce qui est contraire à la vertu et à la vérité, il n’est pas équitable de le mettre au jour et sous les yeux des hommes", cela ne doit pas être compris "comme une interdiction de toute tolérance même légale de l'erreur". Ci-dessous, je reprends mon argumentation d'alors. Pour comprendre ce que le pape veut dire, il ne faut pas changer le "quaecumque" en autre chose de moins fort : toutes les erreurs religieuses sont potentiellement sources de scandale, et toutes ne peuvent être tolérées que s'il y a une raison proportionnée de le faire. Cela répond à votre objection. En revanche, ce qu'il faut comprendre, c'est la doctrine classique : on ne peut tolérer un mal (ici le scandale possible) que pour éviter un plus grand mal, ou pour permettre un plus grand bien. Si ces conditions ne sont pas réalisées, on ne doit pas le tolérer. La conclusion est alors naturelle : on devra tolérer dans de justes limites certaines manifestations extérieures des erreurs religieuses, mais jamais accorder un droit à la liberté de penser et d'imprimer "n'importe quoi, sans aucune modération". Le premier point est DH, l'autre Léon XIII : ils ne disent pas la même chose, mais se complètent et s'éclairent l'un l'autre.