La Liberté de pensée et de presse dans Immortale Dei
dominique bontemps -  2008-11-16 22:40:54

La Liberté de pensée et de presse dans Immortale Dei

Concernant ce paragraphe d'Immortale Dei, je me permets de citer un court passage du frère Basile, que j'avais sous la main. Avant cela, quelques brèves observations complémentaires. - Ce passage concerne "la faculté de penser n'importe quoi et d'exprimer n'importe quoi par l'imprimé". Cela rejoint bien le grave défaut des fausses libertés de la DDHC, dont j'avais souligné dans mon message initial qu'il était une des différences essentielles avec ce qu'enseigne DH. - Il ne faut pas soumettre les hommes au spectacle des erreurs, car cela les pousse eux-mêmes à l'erreur, et cela est un mal : nous sommes tous d'accord là-dessus. À condition que cela ne soit pas compris comme une interdiction de toute tolérance même légale de l'erreur ; le principe ici est bien connu : pour tolérer un mal, il faut une raison proportionnée. Cela est confirmé par ce que Léon XIII a affirmé clairement ailleurs : Il faut tolérer certaines erreurs, en vue d'un bien plus grand, ou pour éviter un mal pire. Toute cette doctrine est tout-à-fait compatible avec DH, qui affirme le devoir de tolérer dans de justes limites certaines manifestations de l'erreur [et non pas "n'importe quoi"], dans le but de garantir la sphère de liberté dont l'homme a besoin dans sa recherche du Christ. - Remarque annexe : la traduction que propose le frère Basile est améliorée en divers endroits par rapport à celle que vous citez. Voici l'extrait du livre :

3) La liberté de pensée et de presse Contre la liberté de pensée et de presse (LPP), la réplique est plus détaillée. Le paragraphe éclaire le fait qu’il s’agit d’une liberté en matière non plus seulement religieuse, mais générale : a) Il la condamne (plutôt comme fait que comme droit) : « [I] La faculté (facultas) [A] de penser [A’] n’importe quoi (quidlibet sentiendi), et [B] d'exprimer [B’] n’importe quoi (quidlibet exprimendi) par l’imprimé, [C] sans aucune modération (omni moderatione posthabita), [Il] n’est [A] pas de soi un bien, dont la société humaine ait à se réjouir à bon droit, [B] mais plutôt la source et l’origine de nombreux malheurs. » [I] Le sujet de la phrase est une faculté double [A] de penser et [B] d’exprimer. Comme nous y sommes désormais habitués, cette double faculté est présentée positivement comme mesurée par l’arbitraire [A’] [B’], et négativement par l’absence de critère modérateur. [II] Cette faculté n’est pas un bien juridique à protéger par le droit. Pourquoi ? b) A cause de l’idée de perfection : [I] Au niveau de la liberté, à partir de son objet-fin spécificateur : « [A] La liberté, vu qu’elle est une potentialité (virtus) qui perfectionne l’homme, doit porter sur ce qui est vrai et sur ce qui est bien (debet in eo quod verum sit, quodque bonum, versari) ; [B] or la nature du bien et du vrai ne peut pas changer selon le caprice de l’homme (ad hominis arbitrium) [...]. » [II] Au niveau de l’intelligence et de la volonté qui fondent la liberté, et sous le rapport de la dignité opérative : « [A] Si l’intelligence adhère à des opinions fausses, si la volonté accepte le mal et s’y attache, [B] aucune des deux n’atteint sa perfection, mais elles déchoient de leur dignité naturelle et tombent toutes deux dans la corruption. » c) Il en tire la double conclusion sociale : [I] Le mal et l’erreur ne doivent pas être publiés ou protégés positivement ; [II] on ne doit pas les laisser se développer impunément au point de pervertir les esprits et les cœurs : « [I] Par conséquent, tout ce qui est contraire à la vertu et à la vérité, [A] il n’est pas avantageux (æquum) de le mettre au jour (in luce) et sous les yeux des hommes (in oculis hominum ponere) ; [B] et encore moins de les défendre par la faveur (gratia) ou la protection (tutela) des lois. [II] [A] Seule la bonne vie est la voie qui conduise au ciel, vers quoi nous tendons tous; [B] c’est pourquoi la Cité (civitas), si elle laisse se développer (lascivire sinat) une telle licence des opinions (licentia opinionum) et des méfaits (praveque factorum) qu’il soit permis impunément de détourner les esprits de la vérité et les âmes de la vertu, se met en opposition avec les règles et les prescriptions de la nature. » On remarquera que l’ensemble du texte doit être lu dans le contexte de l’arbitrium hominis. Autrement dit, une liberté non basée sur l’arbitraire n’est pas condamnée. La licence en question est donc formellement différente de la permission négative d’actions erronées (a fortiori posées de bonne foi).