Luc Perrin - 2008-11-14 01:20:18
pas que des "prémisses"
Le débat resurgit périodiquement, et on peut parier qu'il continuera à réapparaître comme Nessie dans son Loch écossais.
J'ai, pour ma part, grand peine à m'y intéresser parce que l'historien est d'abord soucieux des pratiques autant que des affirmations de théories pour étudiants en droit canonique.
Il ne s'agit pas de "mettre de côté" Quanta cura et le Syllabus mais d'en retenir, non les illusoires (en 1864 a fortiori ensuite) revendications pratiques, mais les quelques grands principes intemporels, en particulier le refus d'une inféodation de l'Eglise aux pouvoirs temporels, ce qui est au centre de la "liberté religieuse" pour l'Eglise catholique dans son rapport aux Etats.
Jamais d'ailleurs les débats conciliaires n'ont "mis de côté" le Syllabus : tout au contraire, les défenseurs de D.H. se sont ingéniés à démontrer (à essayer de) des continuités ou à user du paradigme des contextes historiques distincts (argument pauvre disons le aussi). En tout cas, la version Ion de la tabula rasa pour le Magistère pré-Vatican II n'est aucunement adoptée par les Pères de Vatican II.
Plusieurs déclarations antérieures, dont une allocution de Pie XII aux juristes catholiques et la déclaration de l'ACA de 1945, constituent des jalons dans l'évolution du discours théorique.
Mais surtout, à côté de la théorie de l'Etat confessionnel catholique comme seul possible, des revendications maximalistes (droit au for ecclésiastique qui n'a été acquis qu'en Espagne entre 1953 et 1976, droit exclusif à enseigner tant à l'école publique qu'à l'école privée qui fait que la loi Falloux de 1850 relève du ... catholicisme libéral aussi étrange que cela puisse paraître de nos jours), l'Eglise qui proclamait ces revendications dans ces traités de droit canonique en pratique s'en est passé, sans drame. 1965 n'est qu'une manière de mettre la pratique de l'Eglise depuis un siècle et demi en rapport avec sa théorie, alors que les 2 divergeaient radicalement auparavant.
De 1801 à 1965, l'Eglise catholique a pratiqué Dignitatis humanae mais en proclamant Quanta cura et le Syllabus. Le changement est-il, dès lors, si important ?
En 1801, Pie VII consent au Concordat avec la France mais réprouve, platoniquement, la Loi de Germinal an X et ses Articles organiques qui introduisent la liberté religieuse. Réprobation platonique car le Saint-Siège applique les dispositions de cette Loi de Germinal et ne dénonce pas sa signature. En 2001, le futur cardinal Tauran vient à Strasbourg commémorer la signature du Concordat, ne reconnaît toujours pas les Articles organiques de 1802 mais comme tous les diplomates du Saint-Siège depuis 1801 accepte pleinement le régime légal des cultes reconnus, au pluriel. Avant Vatican II et D.H., le diocèse de Strasbourg vivait sous ce régime, depuis Vatican II et D.H., il vit toujours sous ce régime. Mgr Doré avait même eu cette formule en 2005 : la loi de 1905, c'est bien, mais le Concordat c'est mieux. Vu de Strasbourg, le "grand changement" de 1965 n'existe tout simplement pas.
nb. incidemment, je souhaite bien du courage aux aventuriers qui voudraient constituer un "parti syllabusien" en prenant comme programme politique concret toutes les revendications formulées par Pie IX en 1864. A ma connaissance, aucun parti syllabusien n'existe nulle part sur terre... du moins avec des élus.
La dilution du christianisme dans une théologie syncrétiste des religions est un vrai sujet qui mine l'évangélisation bien plus que ce qui, à mes yeux, relève du faux problème ou du débat sur le sexe des anges.