Approfondissement
dominique bontemps -  2008-11-12 16:52:58

Approfondissement

Pour clarifier la question que je vous posais, je la réécris d'une autre manière, en ne laissant que la structure sur laquelle l'interrogation porte : La phrase condamnée par QC signifie-t-elle : 1) aucune des violations [de ...] ne doit être réprimée, à moins que la tranquillité publique ne le demande ; ou bien : 2) certaines des violations [de ...] ne doivent pas être réprimées, sauf si la tranquillité publique le demande. En condamnant cette phrase, Pie IX affirme la contradictoire, qui est selon le sens retenu ci-dessus : 1) Il y a des violations qui doivent être réprimées, même lorsque la tranquillité publique ne le demande pas ; ou bien : 2) Toutes les violations doivent être réprimées, même lorsque la tranquillité publique ne le demande pas.

Je réponds simplement qu'il faut l'interpréter selon la formule : « la meilleure condition de la société est celle où on ne reconnaît pas au pouvoir le devoir de réprimer par des peines légales les violations [...], si ce n'est dans la mesure où la tranquillité publique le demande » Ce n'est ni certaines, ni aucune, l'article "les" nous laisse dans l'indétermination. Cela signifie que l'Eglise ne fixe pas d'autres limites au devoir de l'État de réprimer les violations etc, que celles qu'il se fixe lui-même en fonction de la poursuite du bien commun. Autrement dit, l'État réprimera toujours sauf si cette répression menaçait l'ordre public juste.

Vous dites vouloir garder le sens de "les" dans l'indétermination, mais en fait votre dernière phrase montre que vous choisissez la version 2). Dire : "par sa condamnation, Pie IX affirme que toutes les violations doivent être réprimées", c'est en effet la même chose que dire : "la phrase condamnée affirme que certaines violations ne doivent pas être réprimées". Vous choisissez donc l'interprétation 2). Ma question suivante : quels arguments en faveur de la version 2) ? Et, en quoi la version 1) vous semble-t-elle incorrecte ? Je rappelle mon argumentation en faveur de 1) : cela me semble une lecture plus naturelle. Mais j'en profite aussi pour donner un autre motif de choisir 1) : Ne doit être considéré comme condamné que ce qui est certainement condamné. Autant que je m'en souvienne, c'est un principe classique de droit.

Mais si en dépit de mes explications, vous continuez à avoir des doute sur l'interprétation à donner à Quanta Cura, reportez-vous au début de la citation : « Et contre la doctrine de la Sainte Écriture, de l'Église et des saints Pères, ils affirment »

Il ne faut pas comprendre cette phrase comme une règle d'interprétation de l'encyclique, mais comme une revendication d'infaillibilité. Pie IX ne dit pas : "pour mieux me comprendre, allez voir la Sainte Écriture, les Pères, etc." : on ne peut pas utiliser le moins clair et le moins accessible pour interpréter le plus clair et le plus accessible. Au contraire, Pie IX veut dire : "cette opinion est contraire à la Révélation". Ce faisant, c'est lui qui nous donne une interprétation de la doctrine traditionnelle. D'autre part, cette phrase est aussi une façon de signifier une condamnation infaillible. Sur le fond, même si on admettait votre idée (il faut interpréter Pie IX à la lumière de la Sainte Écriture, de la doctrine de l'Église et des saints Pères), ce serait plutôt un argument en faveur de la thèse du Frère Basile : il est à ma connaissance le seul à avoir mené une étude aussi fouillée et aussi complète de la doctrine de l'Église dans ce domaine depuis les Apôtres (ce qui explique d'ailleurs la fameuse longueur que certains lui reprochent).