Le cinquième évangile de giacommo Biffi
jl d'André -  2008-11-08 16:27:13

Le cinquième évangile de giacommo Biffi


Qui est contre nous est pour nous.


Qui n'est pas avec moi est contre moi. MAT. 12, 30 Qui n'est pas contre nous est pour nous. MARC 9, 4o

On voit qu'une certaine confusion règne déjà dans les évangiles canoniques. Alors que l'aphorisme de Matthieu dénote un comportement intransigeant et maximaliste digne de la Contre-réforme, celui de Marc s'harmonise avec la largeur d'esprit caractéristique du deuxième concile du Vatican. Luc, qui a une vocation de pacificateur, prend soin de les rapporter l'un et l'autre, en laissant à ses lecteurs le soin de trouver la justification logique de leur accord (Luc 9, 50 ; II, 23). Mais voilà que survient le cinquième évangile, et tout essai de concordisme paraît parfaitement inutile. Quels sont ceux qui sont le plus utiles au Royaume ? Ceux qui, vivant de l'intérieur la vie de l'Église, se laissent envahir par la force persuasive et transformante de la parole de Dieu, qui ne cessent d'attendre la rencontre avec le Seigneur et s'efforcent de vivre chaque jour dans le silence et la retraite la vie d'amour de Dieu et du prochain, persuadés que le plus beau cadeau qu'ils puissent faire aux hommes est leur existence chrétienne qui devient lumière pour les égarés, paix pour les inquiets, inquiétude pour ceux qui sont rassasiés, ou bien les chrétiens anonymes, ceux qui, de l'extérieur, sans le savoir, œuvrent pour la cause de la vérité et de la justice, avec honnêteté, désintéressement, désir sincère de recherche ? Ni les uns ni les autres, nous dit notre fragment. La question est dépassée. Les artisans les plus efficaces du Royaume sont les démolisseurs de l'intérieur. Ceux qui combattent et tournent en dérision la foi des simples et les forcent à devenir adultes ; ceux qui, luttant contre toute structure et toute autorité, imposent à tous un état d'incertitude, d'égarement, de perplexité angoissée, bien éloigné de toute sérénité illusoire et antiévangélique ; ceux qui savent voir chez eux le mal même quand il est rare, sans se laisser enchanter par le bien, même quand il est abondant. Oui, c'est une loi mystérieuse et toujours valable de l'esprit, que seuls parviennent à percevoir le mal chez les autres ceux qui ont une expérience suffisante du bien qui réside en leur cœur. Bénie alors la poutre qui se trouve dans notre œil, si elle nous permet de voir la plus petite paille dans l'œil de l'Église, et de procéder sans sentimentalisme à la correction de cette mère indocile ! On le sait, l'éducation des parents est l'œuvre la plus difficile qui soit, mais aussi la plus méritoire. Et c'est elle aussi qui sera le mieux récompensée. Le Christ nous sera sans aucun doute reconnaissant d'avoir su découvrir des rides sur le visage de son épouse, et en temps voulu il ne manquera pas de nous manifester de manière sensible sa gratitude.