Une discussion révélatrice...
Vianney -  2008-11-08 11:00:09

Une discussion révélatrice...

...du changement de doctrine à Rome est relatée par le père Jehan à la fin de son mémoire. Son directeur de thèse, Mgr Carlos J. Errázuriz Mackenna, refusa l’ultime chapitre et la conclusion, parce que le père Jehan y affirmait (p. 152)

que la raison était, par elle-même, capable de reconnaître la religion catholique comme vraie. Ce que j’avais appris au cours de mes études d’apologétique comme une vérité affirmée explicitement par le magistère depuis Vatican I et paisiblement reçue sans l’ombre d’un doute se voyait opposer un non possumus par le professeur : « La raison, m'écrivait-il, n’est pas capable par elle-même de discerner la vraie religion, puisque nous savons que la vraie religion vient de Dieu d’une manière surnaturelle. »

Le Sel de la Terre fait remarquer que l’objection du professeur « lui aurait sans doute valu un renvoi de sa charge, pour cause de modernisme, au temps de saint Pie X ». Le père Jehan envoie alors au professeur de nombreux textes du magistère et de longs passages du traité de Revelatione du père Garrigou-Lagrange. Les réponses du professeur ne font aucune allusion aux textes du magistère :

Merci beaucoup pour cette recherche des textes de Garrigou. Cela a été vraiment un plaisir pour moi de les lire, et je me trouve complètement d’accord avec eux. Ce qui me fait encore difficulté est le passage des thèses de Garrigou au droit de liberté religieuse. En effet, je pense que les signes de crédibilité ne sont pas accessibles à tous (les miracles à peu de personnes mais également les autres signes). Autrement on ne comprendrait pas comment l’Eglise peut affirmer que les non catholiques peuvent se sauver. Naturellement, une fois qu’il y a crédibilité, j’en tire aussi les conséquences morales traditionnelles (mais je serais plus dubitatif sur les conséquences juridiques). Enfin, patience et continuons à demander les lumières à l’Esprit-Saint. En vous souhaitant un excellent carême, en union de prière et d’affection, je vous salue dans le Seigneur.

En d’autres mots, le professeur voit bien la difficulté de concilier Vatican II avec la pensée du père Garrigou (qui n’est autre que celle de l’Église de toujours), et pense sortir de la contradiction en affirmant que les signes de crédibilité ne sont pas accessibles à tous. Le père Jehan répond en distinguant le principe et le fait. Le principe est énoncé par Vatican I (DS 301-3013) :

Pour que nous puissions satisfaire au devoir d’embrasser la vraie foi et de persévérer constamment en elle, Dieu, par son Fils unique, a institué l’Eglise et l’a pourvue de marques évidentes de son institution afin qu’elle puisse être reconnue par tous comme la gardienne et la maîtresse de la Parole révélée. Car c’est à l’Eglise catholique seule que se refèrent tous ces signes si nombreux et si admirables disposés par Dieu pour faire apparaître avec évidence la crédibilité de la foi chrétienne.

Devant l'évidence du changement de doctrine, le professeur répond par une invitation... à s'aligner sur les positions les plus récentes du « magistère ordinaire » (la « tradition vivante » chère aux modernistes) :

Je ne suis pas convaincu de cette manière de voir, mais encore une fois vos observations me font comprendre qu’il faut encore beaucoup de travail pour éclairer le thème. Entre autres rien de moins n’est en jeu que le rapport entre le naturel et le surnaturel ; c’est le problème le plus fondamental de notre époque à affronter. Au fond, je vois un espace plus grand pour la religion naturelle, et surtout dans l’économie chrétienne d’aujourd’hui. Malheureusement, je n’ai pas le temps ni la préparation pour approfondir un thème si difficile. Pour cette raison, mon invitation de toujours est celle de demeurer très ouvert pour accepter les développements du magistère ordinaire, lesquels, tout en étant situés dans l’histoire, expriment l’Esprit-Saint qui nous guide.

Je laisserai le mot de la fin au Fr. Pierre-Marie (Le Sel de la Terre, n° 56, p. 189) :

Autrefois on affirmait : « Hors de l’Église, pas de salut. » Certes, accidentellement, on admettait que certains non catholiques puissent se sauver s’ils ignoraient la vraie religion sans faute de leur part et s’ils avaient la foi surnaturelle, la charité surnaturelle, et le désir au moins implicite du baptême. Mais même si l’Église, avec sagesse, se refusait à chercher à dénombrer ceux qui peuvent être dans ce cas, on comprenait aisément qu’il s’agissait d’exceptions à la règle générale (« Hors de l’Église, pas de salut »), et c’est pourquoi — en ce temps — les missionnaires donnaient leur vie pour convertir les âmes. Aujourd’hui, l’Église conciliaire, sous la pression des forces mondialistes (qui veulent que l’Église renonce à se proclamer l’unique vraie religion), imagine que les non catholiques peuvent se sauver sans difficulté. On doit donc changer la doctrine, même inconsciemment : on dira que l’on ne peut prouver par la raison que l’on doit croire à la vraie religion, et on finira, comme ce pauvre professeur, à ne plus rien comprendre aux rapports entre nature et grâce, thème pourtant fondamental dans notre religion, et sur lequel l’Église antéconciliaire avait des réponses claires. « Malheureusement, je n’ai pas le temps ni la préparation pour approfondir un thème si difficile. » C’est effectivement un malheur que les prélats de l’Eglise en soient arrivés à un tel point de confusion.