Le droit objectif dans DH
Vianney -  2008-11-08 10:03:53

Le droit objectif dans DH

Pétrarque y a fait allusion dans sa courte réponse, la notion de droit chez le père Basile est contredite dans une autre étude plus récente (2004) publiée par le père Jehan de Belleville, le moine du Barroux le plus ancien après dom Gérard, paraît-il. Tout en continuant à défendre Dignitatis Humanae, le père Jehan conteste les arguments du père Basile (p. 36) :

Dans l’ordre juridique le « droit à n’être pas empêché d’agir » et le « droit d’agir » sont en réalité identiques. Ils ont en effet [...] le même devoir juridique comme corrélat (le devoir négatif de ne pas empêcher d’agir) et le même objet (l’agir en question).

Il regrette que, dans un ouvrage d'une telle ampleur, « la doctrine du droit objectif et de la pensée aristotélico-thomiste soit si peu élaborée, soit à peine neuf lignes sur trente-quatre pages du chapitre trois consacré à la notion de droit ». S'appuyant sur des auteurs comme le thomiste Louis Lachance ou le philosophe du droit Michel Villey, le père Jehan rappelle que le droit est d'abord une réalité objective qui trouve son origine dans la loi et qui est orientée vers le bien. Voici le résumé qu'en donne Le Sel de la Terre, n° 56, p. 181 :

Une conséquence immédiate est que seul ce qui est moral (ordonné au bien) peut être un droit. Sans doute le droit se distingue de la morale, puisque celle-ci tient compte des dispositions internes du sujet en plus de actions externes : pour exercer la vertu de justice, par exemple, il ne suffit pas de faire une chose juste — ou droite — il faut le faire avec les dispositions internes requises, notamment une intention bonne. Cependant une action immorale ne pourra jamais être droite, c’est-à-dire être un droit. Le droit étant « la chose juste » ne pourra jamais être une chose injuste. C’est du B. A. BA, mais nous remercions le père Jehan de nous ramener ainsi à l’école élémentaire. Il n’est pas défendu de parler de droit subjectif (c’est-à-dire de dire qu’une personne a « droit » à telle chose), à condition de bien comprendre qu’il ne s’agit là que d’une analogie d’attribution. Le droit est proprement la chose droite, même si, par extension, je peux appeler aussi « droit » ma faculté morale d’exiger cette chose droite qui m’est due : de même la santé est proprement une qualité de l’animal, même si je peux appeler sain le climat qui cause la santé de l’animal, et saine l’urine de l’animal qui témoigne de sa santé. Dans l’ordre de nature, c’est le bien commun qui est le premier (le bien commun est le bien achevé, le bien parfait), puis vient la loi (« ordonnance de la raison en vue du bien commun »), puis le droit (le droit objectif, la chose droite, dont la loi est la cause exemplaire et la cause morale efficiente), enfin, pour la personne, la faculté morale d’exiger cette chose (le droit subjectif). Placer la personne au centre, comme le fait le personnalisme, c’est tout bouleverser. C’est placer la faculté morale (« les droits de l’homme ») avant leur objet (la chose droite), et avant ce qui règle et fonde ces objets (la loi et le bien commun).

V.