Pardonnez ma trop grande concision
Antonio Thomas -  2008-11-07 13:23:39

Pardonnez ma trop grande concision

Le principe "la partie est faite pour le tout" est non seulement évident si on en analyse les termes, mais il est répété, de multiples fois, par saint Thomas d'Aquin (pour ne citer que lui parmi les docteurs) et par le magistère (voir Léon XIII notamment : je pourrai vous donner de multiples références quand j'en aurai le temps : je ne me débine pas, mais les obligations professionnelles m'appellent). Effectivement, des affirmations si condensées pourraient donner l'impression d'une doctrine totalitaire. Mais il n'en est rien : Le vrai bien commun social et politique est fondé sur la nature de l'homme et cette nature est, nous l'admettons tous, animale ET spirituelle. Parce que spirituelle, cette nature a une finalité éternelle qui ne peut que transcender la société politique et temporelle. Il n'est donc pas question de réduire l'homme, à la manière marxiste, à une unité dans une immense ruche à produire. Mais, ce que mes assertions veulent dire, c'est que cette transcendance ne peut, à aucun moment, impliquer un droit à faire le mal public dans la société politique. Je vais essayer de dire les choses autrement : Il n'y a pas, il ne peut jamais y avoir contradiction réelle entre le bien commun véritable, fondé sur la nature humaine véritable, et la transcendance de la finalité des hommes, puisque ce bien commun véritable est défini en rapport avec cette transcendance. Mais il faut aller plus loin et constater que le bien commun véritable EST réalisation de la finalité transcendante de l'homme : ce n'en est qu'une réalisation commencée, certes, puisqu'elle n'est que temporelle, mais elle en est tout de même une réalisation véritable. Nous sous-estimons la grandeur d'un bien commun en tant que commun. Nous croyons que notre bien personnel est plus important que le reste alors que sa valeur, même personnelle, est une valeur commune (nous en savons quelque chose, avec notre catéchisme, quand il s'agit des biens surnaturels : mais nous l'oublions tout le temps : qui d'entre nous pense constamment à la Communion des saints ? ce n'est rien d'autre que la communauté des biens surnaturels, même de chaque personne) Saint Thomas aime à répéter que Dieu est le bien commun de l'univers entier. C'est d'ailleurs en tant que bien commun de l'univers qu'il l'emporte sur un bien commun inférieur tel le bien politique. (Remarque : s'il peut arriver qu'il vaille mieux obéir à Dieu qu'aux hommes, c'est parce qu'il arrive que des hommes investis d'une autorité en abusent, mais non point parce qu'il y aurait fondamentalement une contradiction entre le bien commun temporel et le bien divin.) Cela signifie aussi, quand on regarde les choses : 1. qu'en participant au bien commun, l'homme réalise sa finalité transcendante et qu'il ne la réalise pas quand il s'y soustrait. 2.qu'en excluant le mal commun, le bien commun ne fait qu'être lui-même et qu'il réalise ainsi (pour sa part) la finalité transcendante de ses membres. 3.qu'il ne peut y avoir aucun droit, pour un membre de la société, à réclamer de ne pas être empêché de produire un mal public au nom de la transcendance de sa finalité : cette finalité ne peut qu'être un motif de production d'un bien et jamais d'un mal, y compris dans l'ordre social et politique. Quant au terme "dignité", j'ai rappelé qu'il n'y a aucune dignité à faire le mal ! Il y a bien une dignité fondamentale de la personne me direz-vous ? Je réponds : 1. la personne n'est pas un absolu : elle est relative à la nature du sujet désigné sous le nom de personne : la personne humaine n'est pas la personne angélique, encore moins celle de la Trinité. La dignité d'une personne, au sens fondamental, est donc en relation avec sa nature et mesurée par elle. Comme il est dans la nature de l'homme d'être une créature, soumise infiniment au Dieu infini, la dignité de l'homme n'existe pas (elle n'est qu'une illusion) en dehors de cette subordination. Il s'agit d'abord d'une subordination objective, de fait, en dehors de toute question de sincérité. 2. La dignité est aussi quelque chose de relatif (de non absolu) en une autre sens : Quand Dieu reconnaît une dignité à l'homme, c'est dans la mesure même où il a créé en cet homme le bien qui y est : Dieu est "infundens bonitatem rerum". Dans la mesure où l'homme diminue en lui ce bien, l'homme perd sa dignité (comme on perd la santé par la maladie). La boucle est ainsi bouclée : - le bien commun politique implique de supprimer tout mal public - en supprimant ce mal, il n'y a aucune atteinte à une quelconque dignité de la personne, puisque cette dignité ne peut consister en une contradiction avec les exigences du bien commun. J'ai rappelé aussi que, si on intègre l'ordre surnaturel, l'ordre naturel n'en est pas supprimé, mais transfiguré : et l'ordre politique n'y reste pas étranger, bien au contraire. La société chrétienne est une société politique réellement surnaturalisée, en ce sens que la justice sociale et politique qui y règne est une justice surnaturelle, ou, à tout le moins, une justice commandée ("impérée" comme on dit) par la justice surnaturelle. (D'où, d'ailleurs, la dimension toute particulière et surnaturelle des devoirs d'une société chrétienne envers la religion chrétienne). DH n'a pas raison en ce qu'elle ampute le bien commun politique d'une partie de son extension, et même d'une de ses parties essentielles. Et elle l'ampute d'autant plus gravement quand il s'agit de sociétés gouvernées par des chrétiens qui ont l'obligation supplémentaire surnaturelle que je viens de dire. Cette amputation au nom de la dignité de la personne n'a pas de sens pour les raisons que j'ai rappelées. Pagayez-vous moins dans le danone ? Antonio Thomas