Question d'ordre
Meneau -  2008-11-07 13:01:19

Question d'ordre

Un texte qui vous éclairera peut-être, qui répond à une objection invoquant St Thomas d'Aquin. Charles de Koninck, De la primauté du bien commun contre les personnalistes, Fides (Montréal),1943. :

"L'homme n’est pas ordonné à la société politique selon tout lui-même et tout ce qui est sien (I-II, q. 21, a. 4, ad 3.)." On a voulu conclure de ce texte isolé que la société politique est en dernière instance subordonnée à la personne singulière prise comme telle. Et quiconque ose contredire cette grossière inférence, tournée en faveur du personnalisme, se fait traiter de totalitaire. Or, ainsi que nous l’avons vu, il est contraire à la nature même du bien commun d’être, comme tel, subordonné à un singulier, à moins que ce singulier n’ait lui-même raison de bien commun. Saint Thomas veut dire seulement que l’homme n’est pas ordonné à la seule société politique. Il n’est pas selon tout lui-même partie de la société politique, puisque le bien commun de celle-ci n’est qu’un bien commun subordonné. L’homme est ordonné à cette société en tant que citoyen seulement. Bien que l’homme, l’individu, le membre de famille, le citoyen civil, le citoyen céleste, etc., soient le même sujet, ils sont formellement différents. Le totalitarisme identifie la formalité homme à la formalité citoyen. Pour nous, au contraire, non seulement ces formalités sont distinctes, mais elles sont subordonnées les unes aux autres selon l’ordre même des biens. Or, c’est l’ordre des biens, causes finales et premières, et non pas l’homme purement homme, qui est principe de l’ordre de ces formalités d’un même sujet. Le personnalisme renverse cet ordre des biens : il accorde le plus grand bien à la formalité la plus inférieure de l’homme. Ce que les personnalistes entendent par personne, c’est, en vérité, ce que nous entendons par pur individu, tout matériel et substantiel enfermé en soi, et ils réduisent la nature raisonnable à la nature sensible qui a pour objet le bien privé. L’homme ne peut pas s’ordonner au seul bien de la société politique ; il doit s’ordonner au bien du tout parfaitement universel, auquel tout bien commun inférieur doit être expressément ordonné. Le bien commun de la société politique doit être expressément ordonné à Dieu, tant par le citoyen-chef que par le citoyen-partie, chacun à sa manière. Ce bien commun demande, lui-même, cette ordination. Sans cette ordination expresse et publique, la société dégénère en État figé et refermé sur soi.

Cordialement Meneau