Comment ne s'aperçoit-il pas qu'en approuvant Jean-Paul II, c'est toute l'Eglise du passé que sa déclaration met en posture d'erreur, en la personne de ses papes et de ses saints « canonisés précisément pour ce que le père Basile appelle une faute » comme le rappelle Le Sel de la Terre dans la recension que j'ai citée ? Par ailleurs, j'ai cité il y a quelques mois ceux de plusieurs inquisiteurs canonisés et quelquefois martyrisés dans l'exercice de leur apostolat.
Dire que ces saints ont été "canonisés précisément pour" avoir été des inquisiteurs (ou pour s'être opposés de différentes manières aux fausses religions), c'est un peu rapide. Ils ont été canonisés pour leurs vertus. Mais bien sûr cela suppose que ce qu'ils ont été ou ce qu'ils ont fait ne détruit pas leur vertu, je l'admets volontiers. Une première réponse (facile) à cette question est la suivante : même en admettant qu'ils aient parfois violé le droit à la LR, ils étaient de bonne foi et cela les excuse. Ainsi il y a des saints canonisés malgré des actes matériellement erronés commis en toute bonne foi, à cause de l'immense amour de Dieu dont ces actes ne sont que le signe. Une autre réponse est plus forte : en fait ce qu'ils ont fait est, en général, compatible avec DH. Cela semble un peu osé ! Mais en limitant l'exercice public du droit à la LR, ou dans leur charge d'inquisiteurs, ces saints ne faisaient qu'appliquer par avance le principe des justes limites. J'ai déjà expliqué à la fin de ce message et dans cet autre message comment c'était possible.A titre d'échantillon, le pape saint Grégoire le Grand, dans sa Vie de saint Benoît : "il brisa l’idole, renversa l’autel et brûla les bois sacrés"
Cet exemple n'est pas le plus facile. Quoique. Remarquons que dans ce cas saint Benoît a rendu service au gens du cru, sans pour autant violer réellement leur droit à pratiquer en réunion la religion que leur dicte leur conscience. En effet, il les a délivré d'une tentation grave de superstition, leur a montré au passage la faiblesse et la vanité de leur idole. En outre, ces gens-là agissaient-ils "selon leur conscience" ? la phrase "des gens grossiers adoraient encore Apollon, comme les païens d’autrefois" suggère qu'ils étaient officiellement convertis, mais qu'il leur restait des restes des superstitions passées : auquel cas on ne peut plus présumer au niveau légal qu'il agissaient selon leur conscience (même coupablement erronée), mais plutôt contre leur conscience ! A cela s'ajoute bien sûr ma première réponse donnée plus haut. Quant au passage de saint Alphonse, remarquons que l'acceptation stricte du mot "impiété" le rend compatible avec DH : l'impiété au sens propre s'oppose à la moralité publique et donc sort des justes limites du droit à la LR. Plus fondamentalement, il est tout-à-fait inadéquat d'appeler à la rescousse un Docteur de l'Église pour contredire le Magistère ! C'est en effet de l'approbation du Magistère que découle l'autorité d'un Docteur de l'Église. Beaucoup de théologiens pensent que saint Thomas s'est trompé sur l'Immaculée Conception, et cela n'a jamais choqué personne.