Autre objection
Meneau -  2008-11-06 22:58:17

Autre objection


Est-ce à dire que Dignitatis Humanae n'a rien apporté de nouveau ? Pourquoi alors ces changements d'attitude, ces modifications de concordats ? (il s'agit de modifications partielles : les constitutions des pays catholiques sont restées d'inspiration catholique, il n'y a pas eu de "séparation de l'Église et de l'État", du moins pas selon le sens de cette expression reçu en France.) DH apporte bien quelque chose de nouveau. Il s'agit d'un approfondissement du problème, d'un degré de précision supplémentaire ; en un mot d'un développement homogène de la doctrine catholique.

Et pourtant, au nom de Vatican II, au nom de Dignitatis Humanae même, l'Etat espagnol a modifié la législation sur les cultes, en particulier le Fuero de los Espagnoles. Avant 1967, la religion catholique était religion d'Etat, et défendue en tant que telle. Citons l'article 6 :

La profession et la pratique de la religion catholique, qui est celle de l'Etat espagnol, jouiront de la protection officielle. Personne ne sera inquiété pour ses croyances religieuses ni pour l'exercice privé de son culte. On n'autorisera pas d'autres cérémonies ni d'autres manifestations extérieures que celles de la religion catholique.

Situation parfaitement cohérente avec l'enseignement traditionnel de l'Eglise. Pie IX et Léon XIII ont affirmé la supériorité d'un Etat catholique sur un Etat laïque ou agnostique ou indifférentiste, et même porté des condamnations doctrinales à qui affirmerait le contraire. En 1967, nouvelle loi, dont le préambule affirme explicitement :

La loi de caractère fondamental du 17/5/1958, en vertu de laquelle la législation espagnole doit s'inspirer de la doctrine de l'Eglise catholique, constitue le fondement de la présente loi. Or, comme on le sait, le deuxième Concile du Vatican a approuvé le 7/12/1965 la "Déclaration sur la liberté religieuse", disant dans son § 2, : "le droit à la liberté religieuse a son fondement dans la dignité même de la personne humaine ... Dans l'ordre juridique de la Société, il doit être reconnu de telle manière qu'il constitue un droit civil". Après cette Déclaration du Concile, la nécessité est apparue de modifier l'article 6 de la Charte des Espagnols, en vertu du principe fondamental susdit de l'Etat espagnol.»

Et pour finir, la loi elle-même est devenue :

La profession et la pratique, tant publique que privée, de toute religion seront garanties par l'Etat, sans autres limitations que celles établies à l'article 2 de cette loi

. Comment peut-on prétendre qu'il ne s'agit que de modifications mineures ? Une modification mineure qui transforme un état catholique en état laïque ? Affirmer qu'il y a progrès en la matière, c'est se placer directement sous la condamnation de Pie IX ou de Léon XIII. Et il ne s'agit pas là de répondre à des circonstances particulières ou d'assurer la paix publique : à l'époque l'Espagne est encore catholique. Encore aujourd'hui, plus des trois quarts des espagnols se disent catholique. Cordialement Meneau