En l'occurrence, vous êtes en désaccord avec le Magistère Vivant de l'Église.
Mais il y a quand même une difficulté de taille : l'ensemble de l'Église enseignante, assistée par le Christ et interprète authentique du Magistère passé, a cru pouvoir dans son unanimité morale proclamer et adhérer à Dignitatis Humanae ! En outre, ils ont affirmé explicitement que cela était compatible avec le Magistère antérieur.
Voilà une opinion pour le moins aventureuse. Rappelons ce qu'il en a été : Bien que Jean XXIII n'ait rien promulgué, il est intéressant de noter que dans son discours d'ouverture du Concile, il a déclaré que l'Eglise préféraitutiliser le remède de la miséricorde plutôt que les armes de la rigueur et jugeait plus opportun, dans les circonstances actuelles, d'exposer plus largement la force de sa doctrine que d'avoir recours aux condamnations
Paul VI qui a promulgué tous les textes conciliaires avait écrit dans l'Encyclique "Ecclesiam Suam" le 6 Août 1964, donc pendant le Concile :Elle (l'Eglise) pourrait se proposer de relever les maux qui peuvent s'y rencontrer, (dans le monde) prononcer contre eux des anathèmes et susciter contre eux des croisades...il nous semble au contraire que le rapport de l'Eglise avec le Monde...peut mieux s'exprimer sous la forme d'un dialogue
Dans son discours d'ouverture de la IVème session du Concile (celle précisément où fut promulguée la Déclaration sur la liberté religieuse) Paul VI avait déclaré :Le Concile, au lieu de porter des condamnations contre quiconque n'aura que des pensées de bonté et de paix.
Contrairement à ce qui avait été fait par tous les Conciles antérieurs et par Pie IX et Pie XII promulguant solennellement les dogmes de l'Immaculée Conception et de l'Assomption, on a évité, dans les formules de promulgation tout ce qui pourrait laisser supposer une obligation quelconque des fidèles. Voici, par exemple la formule qui a été utilisée pour la Constitution dogmatique sur l'Eglise :Tout l'ensemble et chacun des points qui ont été édictés dans cette Constitution dogmatique ont plu aux Pères. Et Nous, en vertu du pouvoir apostolique que Nous tenons du Christ, en union avec les vénérables Pères, Nous l'approuvons, arrêtons et décrétons dans le Saint-Esprit, et Nous ordonnons que ce qui a été ainsi établi en Concile soit promulgué pour la gloire de Dieu
Les Conciles antérieurs avaient tous utilisé la brève formule "Anathema sit". Dans les actes officiels du Concile, nous trouvons la notification suivante : "Répondant à une demande de nombreux Pères, le Secrétaire Général du Concile, au cours de la 125ème Congrégation générale le 16 Novembre 1964, leur a adressé, d'ordre du Pape, la notification suivante :On a demandé quelle devait être la qualification théologique de la doctrine exposée dans le schéma sur l'Eglise et soumise au vote. A cette question la commission doctrinale a donné la réponse suivante : Comme il est évident de soi, un texte de Concile doit toujours être interprété suivant les règles générales que tous connaissent. A ce propos la commission doctrinale renvoie à sa déclaration du 6 Mars 1964, dont nous transcrivons ici le texte : "Compte tenu de l'usage des Conciles et du but pastoral du Concile actuel, celui-ci définit comme devant être tenus par l'Eglise en matière de foi et de moeurs uniquement les points qu'il a déclarés tels. Quand aux autres points proposés par le Concile, en tant qu'ils sont l'enseignement du Magistère suprême de l'Eglise, tous et chacun des fidèles doivent les recevoir et s'y attacher selon l'esprit même du Concile, qui ressort soit de la matière en cause, soit de la manière dont il s'exprime, selon les normes de l'interprétation théologique
Il y a donc, selon cette notification, deux catégories d'enseignements conciliaires : - Ceux qui doivent être tenus par l'Eglise. - Les autres points. Or, c'est un fait que personne ne peut contester que ni le Concile, ni Paul VI n'ont mentionné de points "devant être tenus par toute l'Eglise". Tous les textes du Concile sans exception entrent donc dans la catégorie des "autres points". Enfin A l'Audience du mercredi 12 Janvier 1966, Paul VI avait déclaré que le Concile "avait évité de proclamer de manière extraordinaire des dogmes affectés de la note d'infaillibilité". Mais il ajoutait que le Concile avait ajouté à ses enseignements "l'autorité du Magistère suprême ordinaire" ce qui n'a pas de sens. Ceci nous confirme néanmoins que Paul VI n'a pas voulu engager l'infaillibilité de l'Eglise.