Il ne s'agit pas seulement d'opportunité
Vianney -  2008-11-06 10:15:35

Il ne s'agit pas seulement d'opportunité

...dans l'esprit de l'auteur (dont je n'ai bien entendu repris qu'un extrait) et je vais vous le montrer à l'aide d'un texte plus récent publié par la revue (extrait de l'éditorial du n° 65, été 2008) :

Dans la doctrine traditionnelle, on peut et parfois même on doit accorder un droit civil à la liberté religieuse. Toutefois, il s’agit là d’un devoir de charité et de prudence, en vue du bien commun (éviter de grands maux, procurer un grand bien à la communauté). Le fondement de ce droit est donc toujours le bien, auquel la loi ordonne. Dans la nouvelle doctrine, le droit civil à la liberté religieuse est toujours dû, car il se fonde sur la dignité de la personne humaine. Il peut seulement être limité dans le cas d’un abus. Si l’on ne considérait que le droit à la liberté religieuse en lui-même, abstraction faite de son fondement, la différence entre les deux doctrines ne serait pas si grande. La doctrine traditionnelle admet que l’État puisse — et même doive — dans certaines circonstances donner la liberté civile aux autres religions. On pourrait se demander si les circonstances de notre époque (qui rendent les États de plus en plus interdépendants) n’obligent pas à donner la liberté religieuse à toutes les religions qui respectent tant soit peu le droit naturel. Si l’on répond affirmativement, on doit conclure qu’aujourd’hui tous les États doivent accorder la liberté civile des cultes. Il y aurait sans doute en cela une erreur de jugement : car l’expérience montre que, même dans la situation internationale actuelle, il peut exister aujourd’hui des États confessionnels (l’État juif d’Israël, les États musulmans, protestants, communistes...). Mais cela serait une erreur d’appréciation de la situation internationale, une erreur de fait, non une erreur de principe. On maintiendrait la doctrine traditionnelle : seule la religion catholique a un droit naturel à la liberté religieuse, les autres religions ne peuvent faire l’objet que d’une tolérance, en raison du bien commun. En réalité, le Concile n’a pas fait cela : il a admis un nouveau fondement du droit à la liberté religieuse. Les adeptes des fausses religions ont droit à la liberté religieuse en raison de la dignité de la personne humaine. Admettre ce droit, c’est admettre implicitement la philosophie du droit nouveau, source de tout le désordre de la société moderne : c’est admettre que la dignité de l’homme passe avant la loi divine, avant l’ordination au bien commun. Et il ne s’agit pas d’un point secondaire : pour les partisans de la thèse traditionnelle, cela concerne le premier commandement du décalogue et le premier commandement de Notre-Seigneur à son Église (répandre la vraie foi) ; pour les partisans de la doctrine conciliaire (par exemple le pape Jean-Paul II), la liberté religieuse est le premier et le plus important des droits de l’homme. Le droit à la liberté religieuse est donc extrêmement subversif, et il est tout à fait impossible à un catholique d’admettre l’enseignement du Concile sur cette question sans participer activement à l’autodémolition de l’Église.

À propos de votre dernière remarque, notez que la revue méconnaît d'autant moins ces distinctions qu'elle les rappelle, dans un autre numéro (n° 13, p. 132) pour montrer, avec saint Thomas, qu'on ne peut pas contraindre les parents juifs ou infidèles à faire baptiser leurs enfants. Je manque un peu de temps en ce moment (et surtout, cher Dominique, de compétence : je ne suis qu'un élève, et pas spécialement doué) pour approfondir, mais j'ai rappelé ce matin quelques exemples tirés de la vie des saints qui paraissent confirmer par leur comportement toute la distance qui sépare les deux enseignements. V.