Malgré ce que pense le père Basile, sa solution n’est pas nouvelle dans le fond. On retrouve ici un raisonnement fréquent chez ceux qui ont essayé d’accorder la doctrine conciliaire avec la Tradition. Le voici : 1° — La doctrine traditionnelle admet que les pouvoirs civils doivent parfois tolérer les faux cultes. 2° — Aujourd’hui ce devoir de tolérance est généralisé. 3° — La liberté religieuse réclamée par Vatican II n’est rien d’autre que ce devoir de tolérance généralisé.
Pour l'essentiel, ce texte s'intéresse à une question tout-à-fait annexe : il critique le frère Basile lorsque celui-ci explique pourquoi Vatican II était le moment opportun pour développer la doctrine de la Liberté Religieuse. C'est tout-à-fait subsidiaire dans le livre du frère Basile ! La recension ne s'intéresse pas aux vraies questions qui sont l'objet du livre, et auxquelles il a le mérite de répondre par une étude fouillée des textes magistériels : - Quelle est exactement la doctrine jusqu'à Vatican II ? - Que dit le Magistère depuis Vatican II ? - Tout cela est-il compatible ? Ce défaut vient-il du fait que vous ne nous avez soumis que la conclusion de la recension du Sel de la Terre ? Si le reste de la recension contient des arguments plus intéressants, pouvez-vous non pas les recopier, mais les résumer en répondant spécifiquement aux différents points de mon message initial ? Vous n'êtes pas obligé de répondre à chacune de mes affirmations, mais répondez à celles qui vous intéressent. En plus d'être juste (si je vous le demande, c'est parce que je m'efforce moi-même de le faire), cela montrera que vous avez au-moins lu sérieusement ma prose. Un point de ce texte mérite une réponse plus spécifique :Quant à la proposition 3 ["La liberté religieuse réclamée par Vatican II n’est rien d’autre que ce devoir de tolérance généralisé"], elle est évidemment fausse. DH réclame un droit naturel, valable donc dans toutes les situations. Or le devoir de tolérance ne saurait être un droit (il est l’objet des vertus de prudence et de charité, voire de justice générale, mais non de la vertu de justice particulière), encore moins un droit naturel (puisqu’il dépend des circonstances).
Nous autres professeurs de mathématiques, nous savons bien que le mot "évident" ne démontre rien : il est très souvent le signe que l'auteur est incapable de démontrer la chose, parfois parce qu'il croit avoir compris le problème alors qu'il n'a en fait rien compris. Est-ce si absurde qu'un devoir de tolérance soit aussi un droit naturel ? L'incompréhension de l'auteur vient d'une acception trop étroite du mot "tolérance". Si ce mot ne vient rien dire d'autre que "laisser faire quelque chose qu'on aurait le droit d'empêcher", il n'y a évidemment pas de droit à la tolérance (c'est presque une tautologie). "Droit à la tolérance" a cependant un sens naturel, et c'est selon ce dernier qu'il faut le comprendre : c'est un droit à ne pas être forcé, à ne pas être empêché (vous n'êtes pas obligé s'utiliser cette expression si elle ne vous plaît pas). Mais la question de fond demeure : un "droit naturel à ne pas être forcé, à ne pas être empêché", est-ce une notion absurde ? Il existe un exemple bien connu, très similaire, admis de tous les théologiens ; il ne démontre pas l'existence du droit à la LR, mais il montre que la notion n'a rien d'absurde : Les parents ont le devoir et le droit naturel de pourvoir à l'éducation de leurs enfants, y compris en matière d'éducation religieuse. Que dire alors des parents non-catholiques ? Ont-ils un droit positif à inculquer des erreurs religieuses à leurs enfants ? Non bien sûr. Et pourtant, ils ont un droit naturel à ce qu'on ne les en empêche pas ! Cela est reconnu par les Papes. En revanche, l'exercice de ce droit peut être suspendu s'il venait à violer un autre droit supérieur (cf le cas bien connu, de la famille Mortara, sous Pie IX). Le parallèle avec le droit à la LR enseigné par Vatican II est clair, mais ce n'est qu'un parallèle.