Insistons-y, le seul système conforme au bien commun d’un monde où communiquent les cultures et les religions, c’est celui de placer la liberté religieuse au centre du droit des gens. Sinon on aboutit à des persécutions et à des guerres de religion. (p. 773) Concédons même, avec Jean-Paul II, que l’Église doit demander pardon pour les fautes commises à ce point de vue par les chrétiens. (p. 779)
Comment ne s'aperçoit-il pas qu'en approuvant Jean-Paul II, c'est toute l'Eglise du passé que sa déclaration met en posture d'erreur, en la personne de ses papes et de ses saints « canonisés précisément pour ce que le père Basile appelle une faute » comme le rappelle Le Sel de la Terre dans la recension que j'ai citée ? Dans une étude antérieure publiée par la même revue (n° 13), le père Pierre-Marie prouve, par de nombreux exemples, que les saints ont toujours pensé et agi au rebours de la déclaration de Vatican II. A titre d'échantillon, le pape saint Grégoire le Grand, dans sa Vie de saint Benoît :Le saint homme, en changeant de lieu, ne changea pas d’ennemi, et ses combats furent d’autant plus rudes qu’il eut pour adversaire le maître du mal en personne. Le village fortifié qu’on appelle Cassin est situé sur le flanc d’une haute montagne qui s’élargit comme pour le recevoir. Elle s’élève à près de trois milles au-dessus. A son sommet, qui se perd dans les airs, se trouvait un temple très ancien où des gens grossiers adoraient encore Apollon, comme les païens d’autrefois. Autour du temple étaient des bois consacrés au culte des démons, où une foule d’insensés continuaient à offrir des sacrifices sacrilèges. Dès que le saint fut arrivé il brisa l’idole, renversa l’autel et brûla les bois sacrés. Dans le temple même d’Apollon, il établit un oratoire à saint Martin ; il en dédia un autre à l’endroit même où était le dieu, et se mit à prêcher la foi avec ardeur et persévérance au peuple des environs.
C'est cet oratoire à saint Martin (autre célèbre briseur d'idoles) que les Américains bombardèrent lors de la seconde guerre mondiale, en le prenant pour un objectif militaire... Plus près de nous, voici l'exemple de saint Alphonse, docteur de l'Eglise (p. 132) :A la veille de la Révolution française, saint Alphonse de Liguori écrivit à tous les princes catholiques pour les avertir de leur devoir de lutter contre les ennemis de la religion. Il les conjurait, en particulier, « de ne pas hésiter à bannir de leur royaume tout prédicateur d’impiété ni à saisir à la frontière les ouvrages infectés de mauvaises doctrines. C’est leur impérieux devoir... » Saint Alphonse ne se préoccupe pas de savoir si ces prédicateurs ou ces ouvrages troublent ou non l’ordre public juste. Pour lui, comme pour tous les saints d’avant Vatican II, dès lors qu’il s’agit d’un prédicateur d’impiété, ou d’un livre de mauvaise doctrine, ils n’ont pas le droit à la liberté (même négative), et l’on doit les interdire si l’on peut.
L'étude contient des dizaines d'autres exemples plus éloquents encore. Par ailleurs, j'ai cité il y a quelques mois ceux de plusieurs inquisiteurs canonisés et quelquefois martyrisés dans l'exercice de leur apostolat. V.