La conclusion de la recension...
Vianney -  2008-11-05 21:02:50

La conclusion de la recension...

...critique parue dans le n° 30 de la revue Le Sel de la Terre, sur base de la deuxième édition (1998) de l'ouvrage du père Basile :

Malgré ce que pense le père Basile, sa solution n’est pas nouvelle dans le fond. On retrouve ici un raisonnement fréquent chez ceux qui ont essayé d’accorder la doctrine conciliaire avec la Tradition. Le voici : 1° — La doctrine traditionnelle admet que les pouvoirs civils doivent parfois tolérer les faux cultes. 2° — Aujourd’hui ce devoir de tolérance est généralisé. 3° — La liberté religieuse réclamée par Vatican II n’est rien d’autre que ce devoir de tolérance généralisé. Nous admettons la proposition 1, en remarquant qu’il s’agit d’un devoir de prudence et de charité, mais non d’un devoir de justice particulière. La vertu de justice se divise en justice générale (ou légale) qui a pour objet le bien commun, et justice particulière (qui se sous-divise en justice commutative et justice distributive) qui a pour objet le bien particulier. Pour qu’une personne possède un droit en justice, il faut que quelqu’un lui doive quelque chose en vertu de la justice particulière. Voir II-II, q. 58, a. 5 à 8. Nous contestons la proposition 2. Il faudrait montrer que dans tous les pays du monde, aujourd’hui, l’intolérance vis-à-vis des fausses religions (comme c’était le cas dans les pays d’Amérique latine jusqu’au Concile) entraîne de grands maux ou empêche de grands biens. Or l’expérience nous montre le contraire. C’est la suppression de la politique d’intolérance (pour appliquer DH) qui a entraîné de grands maux (par exemple en Amérique du Sud où les sectes protestantes progressent rapidement). Évidemment, cela se comprend seulement si l’on admet que la foi fait partie du bien commun. Ce qui est l’évidence même. Saint Thomas défend même la peine de mort contre les hérétiques en expliquant que falsifier la foi est beaucoup plus grave que falsifier la monnaie. Voir II-II, q. 11, a. 3. Tous les raisonnements du père Basile pour montrer que, depuis la deuxième guerre mondiale, le libéralisme ambiant impose que les catholiques accordent partout la tolérance religieuse ne sont que des sophismes qui se heurtent à ce dur constat de l’apostasie de millions de catholiques. Le père Basile ne prend pas du tout en compte l’influence des sectes et des sociétés secrètes dans cette prise de conscience, pas plus que dans les déclarations de l’ONU et du Conseil OEcuménique des Églises. Il prend tout cela pour des choses positives sur lesquelles on ne reviendra jamais. Quant à la proposition 3, elle est évidemment fausse. DH réclame un droit naturel, valable donc dans toutes les situations. Or le devoir de tolérance ne saurait être un droit (il est l’objet des vertus de prudence et de charité, voire de justice générale, mais non de la vertu de justice particulière), encore moins un droit naturel (puisqu’il dépend des circonstances). Et encore moins ne saurait-il être la « pierre angulaire dans l’édifice des droits humains » (DC 1988, p. 1), « le droit le plus fondamental » (OR du 28 juillet 1998, p. 4) et « en un sens, la source et la synthèse de ces droits [les droits de l’homme] » (Centesimus Annus, 1er mai 1991), ni constituer « la raison d’être de toutes les autres libertés fondamentales de l’homme » (DC 1955, p. 142), comme le prétend Jean-Paul II. Le droit (droit subjectif, tel que Dignitatis humanae l’envisage) et le devoir de justice sont corrélatifs. Une personne ne possède un droit subjectif que si quelqu’un d’autre lui doit quelque chose en justice, ce « quelqu’un d’autre » pouvant être la société (justice distributive) ou une autre personne (justice commutative) : dans les deux cas il faut un devoir de justice particulière.